{"id":157,"date":"2010-10-04T20:34:43","date_gmt":"2010-10-04T18:34:43","guid":{"rendered":"https:\/\/plouguerneau.net\/la-vie-dans-les-manoirs-du-leon\/"},"modified":"2025-01-27T09:56:14","modified_gmt":"2025-01-27T08:56:14","slug":"la-vie-dans-les-manoirs-du-leon","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/la-vie-dans-les-manoirs-du-leon\/","title":{"rendered":"La vie dans les manoirs du L\u00e9on"},"content":{"rendered":"<div align=\"justify\"><i>Avec l&rsquo;aimable autorisation de Monsieur <b>Jean-Yves Le Goff<\/b>, auteur du texte qui suit.<\/i><\/p>\n<div align=\"center\"><span style=\"color: blue;\"><b>LA VIE dans les MANOIRS du LEON<br \/>\n(XVI\u00e8me-XVII\u00e8me)<\/b><br \/>\npar Jean-Yves LE GOFF<br \/>\nMus\u00e9e du L\u00e9on 1988<\/span><\/div>\n<p>Ces quelques notions sur la vie dans les manoirs du L\u00e9on \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la construction du ch\u00e2teau de Kerjean sont tir\u00e9es en grande partie des renseignements inclus dans deux documents d&rsquo;\u00e9poque : l&rsquo;inventaire du pillage du manoir de M\u00e9sarnou en Ploun\u00e9venter en 1594, et l&rsquo;inventaire apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s de l&rsquo;h\u00f4tel de Hamon Barbier \u00e0 Saint-Pol en 1544.<\/p>\n<p>Le mode de vie \u00e9tant li\u00e9 aux conditions \u00e9conomiques du moment, nous commencerons par donner un aper\u00e7u sur la situation \u00e9conomique de notre r\u00e9gion \u00e0 cette \u00e9poque. Puis nous verrons successivement :<\/p>\n<div>\n<ul>\n<li>Qui \u00e9taient les gentilhommes l\u00e9onards ?<br \/>\ndes gentilhommes campagnards<br \/>\ndes militaires<br \/>\ndes employ\u00e9s de l&rsquo;administration<\/li>\n<li>O\u00f9 vivaient-ils ? Les manoirs.<br \/>\n(architecture, d\u00e9coration int\u00e9rieure, mobilier, habillement, vaisselle, jardins)<\/li>\n<li>Leur alimentation<\/li>\n<li>Leurs distractions (la chasse, les r\u00e9ceptions, les jeux)<\/li>\n<li>Leur culture (leurs \u00e9tudes, leurs lectures, la musique)<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<p><span style=\"color: blue;\"><b>I &#8211; L&rsquo;\u00e9conomie du L\u00e9on aux XV\u00e8me-XVI\u00e8me si\u00e8cles.<\/b><\/span><\/p>\n<p>A partir du XV\u00e8me si\u00e8cle, la Bretagne vit une \u00e8re de paix, apr\u00e8s les troubles des Guerres de Succession de Bretagne. Les trait\u00e9s de Gu\u00e9rande (1365 et 1381) \u00e9ta\u00adblissent Jean IV sur le tr\u00f4ne ducal. La population augmente, bien qu&rsquo;elle soit d\u00e9j\u00e0 assez dense \u00e0 la fin du XIV\u00e8me si\u00e8cle (1 250 000 habitants, soit 30 \u00e0 36 par km\u00b2.<br \/>\nLe L\u00e9on, zone c\u00f4ti\u00e8re, est proportionnellement plus riche et plus peupl\u00e9 que<br \/>\nla Bretagne int\u00e9rieure. On y cultive du bl\u00e9, de l&rsquo;orge, des f\u00e8ves, des pois, dont une partie est export\u00e9e. L&rsquo;\u00e9levage de bovins est prosp\u00e8re, mais on \u00e9l\u00e8ve aussi des moutons, des porcs, des chevaux.<br \/>\nLa p\u00eache est importante. La p\u00eache en eau douce sert surtout \u00e0 la consommation locale, mais une partie est commercialis\u00e9e (surtout le saumon, tr\u00e8s abondant). La p\u00eache c\u00f4ti\u00e8re commence \u00e0 se d\u00e9velopper, puis la p\u00eache hauturi\u00e8re \u00e0 partir du XV\u00e8me si\u00e8cle.<br \/>\nL&rsquo;industrie est faite d&rsquo;une multitude de petites entreprises: pelletiers, cor\u00addonniers, pintiers, exportent vers l&rsquo;Angleterre et l&rsquo;Espagne. Les tanneries sont tr\u00e8s florissantes et le cuir breton est largement export\u00e9.<br \/>\nLa construction navale est florissante au Conquet, \u00e0 Brest, \u00e0 Morlaix, et des navires sont vendus en Ecosse, en Angleterre, en Z\u00e9lande.<br \/>\nL&rsquo;industrie textile est en pleine expension, surtout toiles de lin (les cr\u00e9es), mais aussi toiles de chanvre qui servent \u00e0 emballer le sel, les balles de laine, et \u00e0 faire des voiles.<br \/>\nAu XVI\u00e8me si\u00e8cle, ces activit\u00e9s. prennent de l&rsquo;essor. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or de la Bretagne.<br \/>\nLa production de c\u00e9r\u00e9ales augmente. L&rsquo;introduction du sarrazin, ou bl\u00e9 noir, venu d&rsquo;Asie Mineure au d\u00e9but du XVI\u00e8me si\u00e8cle, permet de garder le bl\u00e9 pour l&rsquo;exportation. La Bretagne devient un des greniers \u00e0 bl\u00e9 de l&rsquo;Europe. C&rsquo;est l&rsquo;un des facteurs de l&rsquo;essor \u00e9conomique de cette p\u00e9riode. A c\u00f4t\u00e9 on trouve toujours divers l\u00e9gumes : f\u00e8ves, pois, navets, choux, poireaux, artichaux qui apparaissent \u00e0 Saint-Pol en 1661. Le lin est toujours abondamment cultiv\u00e9.<\/p>\n<div align=\"center\"><img decoding=\"async\" title=\"Ch\u00e2teau de Penmarc'h \u00e0 Saint Fr\u00e9gant\" src=\"https:\/\/appriou.bzh\/wp-content\/uploads\/2010\/10\/manoirs_penmarch1.jpg\" \/><\/div>\n<p>L&rsquo;\u00e9levage continue \u00e0 \u00eatre florissant, surtout de bovins. Les abeilles sont tr\u00e8s r\u00e9pandues, le miel rempla\u00e7ant le sucre qui ne se diffuse qu&rsquo;\u00e0 partir du XVII\u00e8me si\u00e8cle.<br \/>\nLe cidre est introduit en Bretagne au XVI\u00e8me si\u00e8cle, venant de Normandie. Il contribue \u00e0 l&rsquo;abandon du vignoble breton.<br \/>\nLa production de toiles de lin (les cr\u00e9es) atteint son apog\u00e9e aux XVI\u00e8me -XVII\u00e8me si\u00e8cles.<br \/>\nMais l&rsquo;essentiel de l&rsquo;\u00e9conomie bretonne r\u00e9side dans son r\u00f4le commercial. La Bretagne exporte du bl\u00e9 vers l&rsquo;Espagne et le Portugal ; du cuir, du lard ,du beurre sal\u00e9, du miel, de la cire ; du poisson, export\u00e9 vers le sud de la France et l&rsquo;Espagne ; des toiles (9 \u00e0 10 millions de livres de valeur en 1690) vers<br \/>\nla Hollande, l&rsquo;Angleterre, l&rsquo;Espagne ; le papier vers l&rsquo;Angleterre et la Hollande.<br \/>\nElle importe des fruits (oranges, citrons, raisins secs, figues, olives) et de l&rsquo;huile d&rsquo;olive d&rsquo;Espagne et du Portugal ; des harengs de la Mer du Nord (Flandre, Hollande, Angleterre) ; du fer d&rsquo;Espagne ; des draps anglais ; du vin.<br \/>\nLa balance commerciale bretonne est exc\u00e9dentaire, et la bretagne s&rsquo;enrichit. En 1581-1590, l&rsquo;H\u00f4tel des Monnaies de Rennes est de loin le premier de France pour la frappe de la monnaie d&rsquo;argent. De 1551 \u00e0 1610, les deux ateliers de Rennes et de Nantes frappent 35 % de l&rsquo;argent fran\u00e7ais.<br \/>\nGrace aux exportations vers l&rsquo;Espagne, l&rsquo;argent espagnol devient si abondant<br \/>\nen Bretagne que le R\u00e9al (monnaie espagnole) va d\u00e9signer la pi\u00e8ce de 5 sous de\u00adpuis le XVI\u00e8me si\u00e8cle jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours. En raison de cette prosp\u00e9rit\u00e9, la mon\u00adnaie bretonne est tr\u00e8s recherch\u00e9e et r\u00e9siste mieux aux difficult\u00e9s mon\u00e9taires. Les prix bretons sont plus bas qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, ce qui favorise les exportations. En 1532 le denier tournois fran\u00e7ais vaut 80 % du denier breton.<br \/>\nLes \u00e9changes se font \u00e0 peu pr\u00e8s exclusivement par voie maritime. Du fait de sa situation, \u00e0 mi-chemin entre les deux grands centres commerciaux de l&rsquo;\u00e9poque (la Flandre et la Hollande au Nord, et l&rsquo;Espagne au Sud), l&rsquo;armement breton est favoris\u00e9. La Bretagne est un passage et une escale oblig\u00e9s entre ces deux r\u00e9gions. Les ports de la Baltique n&rsquo;\u00e9tant pas praticables en hiver, les \u00e9quipages font souvent escale en Bretagne pour ne gagner la Baltique qu&rsquo;entre mai et juillet.<br \/>\nLe trafic maritime \u00e9tait donc consid\u00e9rable au large de la Bretagne. A la fin du XVI\u00e8me si\u00e8cle, la flotte hans\u00e9atique est estim\u00e9e \u00e0 un bon millier de navires tota\u00adlisant 90 000 tonnes. La flotte hollandaise d\u00e9passe 2 500 navires, totalisant 240 000 tonnes. Les flottes espagnole et italienne sont au moins \u00e9gales. Au total donc plus de 7 000 navires passent au large de la Bretagne, sans compter la flotte bretonne.<br \/>\nCe nombre consid\u00e9rable de navires dans les ports bretons rapportent pour l&rsquo;ann\u00e9e 1500 pr\u00e8s de 30 000 livres de droits d&rsquo;entr\u00e9e et de sortie.<br \/>\nEn 1470 et 1484 les bateaux bretons ont, conjointement avec les Espagnols et les Portugais, pr\u00e9pond\u00e9rance au poste de Damme (acc\u00e8s de Bruges). En 1450, les registres de Bordeaux signalent dans ce port 19 navires du Nord-Ouest de la Bretagne (Le Conquet, Brest, Saint-Pol et Landerneau). En Hollande, ils fr\u00e9\u00adquentent de nombreux ports, mais surtout Arnemuiden. pr\u00e8s d&rsquo; Anvers, o\u00f9 il est enregistr\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li>en 1475-1483, 139 navires bretons par an,<\/li>\n<li>en 1483, 344 navires bretons dans l&rsquo;ann\u00e9e,<\/li>\n<li>en 1493-1499, 188 navires bretons par an (soit 80 % des mouvements du port),<\/li>\n<li>en 1518-1521, 426 navires bretons par an (soit 74 % des mouvements du port),<\/li>\n<li>en 1533, 957 navires bretons dans l&rsquo;ann\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<p>De 1491 \u00e0 1513, on trouve \u00e0 Anvers 12 bretons qui y repr\u00e9sentent leur pays, dont 8 de l&rsquo;extr\u00e8me Ouest de la Bretagne, et 4 de Blavet (Lorient).<br \/>\nEncore plus nombreux sont les navires espagnols, flamands ou anglais dont l&rsquo;\u00e9qui\u00adpage est breton, et qui font transiter par la Bretagne des produits du Nord et du Sud (vin, fruits, raisins secs, sucre de canne, huile, \u00e9pices, soieries, mousseline, tissus de Damas, gazes, laines, cuirs de Cordoue, fer d&rsquo;Espagne, li\u00e8ge, savon, parfums, teintures, ivoires, venant du Sud 1 toiles et orf\u00e8vrerie flamandes, draps des Pays-Bas, tapisseries, peaux et fourrures, \u00e9tain, morue, harengs, ambre &#8230; , venant du Nord).<br \/>\nTous ces produits alimentent de nombreuses foires dont celle de La Martyre, l&rsquo;une des plus importantes d&rsquo;Europe.<br \/>\nDes \u00e9changes culturels se font aussi. A Bruges, on copie, au XV\u00e8me si\u00e8cle, et on diffuse des r\u00e9cits de chevalerie dont on est friand. Les marins rapportent des livres, des dessins, des estampes, des gravures, qui vont servir de mod\u00e8les pour des tableaux ou des r\u00e9tables des \u00e9glises bretonnes.<br \/>\nCette richesse provoque l&rsquo;apparition de nombreux artistes en Bretagne. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque de la construction de l&rsquo;\u00e9glise du Kreisker en Saint-Pol, de la basili\u00adque du Folgoet &#8230; , et aussi des manoirs, tr\u00e8s nombreux en L\u00e9on (o\u00f9 j&rsquo;en ai recens\u00e9 au moins 1500).<br \/>\nLes nouvelles inventions p\u00e9n\u00e8trent tr\u00e8s t\u00f4t en Bretagne, ainsi que les d\u00e9cou\u00advertes, apport\u00e9es par tous ces marins et marchands. D\u00e8s 1484 il Y a des impri\u00admeries (\u00e0 Loud\u00e9ac en particulier). En 1571 on voit une tulipe \u00e0 M\u00e9sarnou en Ploun\u00e9venter, fleur introduite en Europe seulement 20 ans plus t\u00f4t, et dont l&rsquo;oignon co\u00fbta peut-\u00eatre autant que le ch\u00e2teau tant il est encore rare ! Toujours \u00e0 M\u00e9sarnou, il y a en 1570 3 horloges, quand la ville de Strasbourg se contente d&rsquo;une seule ! &#8230;<\/p>\n<p><span style=\"color: blue;\"><b>II &#8211; Les gentilshommes l\u00e9onards<\/b><\/span><\/p>\n<p>Au XVI\u00e8me si\u00e8cle, ils r\u00e9sident le plus souvent dans leur manoir, qu&rsquo;ils exploitent en faire valoir direct. Ce n&rsquo;est pas encore la vogue des r\u00e9sidences urbaines comme au si\u00e8cle suivant.<br \/>\nCes manoirs sont tr\u00e8s nombreux en L\u00e9on (environ 1500), et surtout dans la zone littorale. Ils sont beaucoup plus rares dans l&rsquo;int\u00e9rieur (ainsi on en trouve 60 en Plounevez-Lochrist, contre seulement 3 en Lampaul-Guimiliau).<br \/>\nLa terre constitue l&rsquo;essentiel de leurs revenus. Plusieurs nobles poss\u00e8dent plus d&rsquo;une seigneurie, et donc de nombreuses terres. Il est difficile de chiffrer exactement leur revenu. La moyenne semble osciller entre 5 et 10 000 livres par an au XVIII\u00e8me si\u00e8cle.<br \/>\nVoici quelques chiffres, en 1665, selon le rapport de Charles Colbert de Croissy.<\/p>\n<ul>\n<li>le marquis de Kerjean : 20 000 livres<\/li>\n<li>sa m\u00e8re Fran\u00e7oise de Parcevaux, marquise de Kerjean, h\u00e9riti\u00e8re de M\u00e9sarnou en Ploun\u00e9venter : 10 ou 12 000 livres<\/li>\n<li>le marquis de Molac : en tout en Bretagne 40 \u00e0 50 000 livres (dont 8 \u00e0 9 000 livres pour Kergounadech en Cl\u00e9der)<\/li>\n<li>le comte de Bois\u00e9on, baron de K\u00e9rouz\u00e9r\u00e9 (Sibiril) : 12 \u00e0 13 000 livres<\/li>\n<li>le baron de Penmarc&rsquo;h (Saint-Fr\u00e9gant) : 30 000 livres<\/li>\n<li>le marquis de Kergroad\u00e8s (Br\u00e9l\u00e8s) : 20 000 livres<\/li>\n<li>le marquis de Sourd\u00e9ac (marquis d&rsquo;Ouessant, seigneur de Landivisiau) : 60 000 livres<\/li>\n<li>le baron du Rusquec (Plouvorn) : 22 000 livres<\/li>\n<li>la duchesse de Erissac (dame du Chastel) : 50 000 livres<\/li>\n<li>le marquis de Carman (Kernilis), seigneur de Maill\u00e9 (Plounevez), de Coatqu\u00e9nan (Plouguerneau), etc &#8230; : 80000 livres<\/li>\n<li>le sieur de Kersauzon (Guiclan) : 15 000 livres<\/li>\n<li>le sieur de Coatjunval (Le Folgoet) : 35 000 livres<\/li>\n<li>le sieur de Kerouartz (Lannilis) : 25 000 livres<\/li>\n<li>le sieur de Penfeuntenio de Kermorus (Saint-Pol) : 20 000 livres<\/li>\n<li>Madame de Rohan, princesse de L\u00e9on : 21 000 livres<\/li>\n<li>le sieur de Kerno (Ploudaniel) : 12 000 livres<\/li>\n<li>le sieur du Poulpry (Ploudaniel) : 30 000 livres<\/li>\n<li>le sieur du Poulpry de Keranaouet (Ploumoguer), s\u00e9n\u00e9chal de Lesneven : 15 000 livres<\/li>\n<li>le sieur de Tronjoly (Cl\u00e9der) : 12 000 livres<\/li>\n<li>le marquis de Tr\u00e9vigny (Ploun\u00e9our-Trez) : 60 000 livres.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Bien entendu, ces chiffres concernent l&rsquo;ensemble des propri\u00e9t\u00e9s de ces grands seigneurs et pas seulement la seigneurie principale not\u00e9e dans la liste.<br \/>\nAu XVI\u00e8me si\u00e8cle, les revenus devaient \u00eatre moins importants, des regroupements parfois importants s&rsquo;\u00e9tant produits au XVII\u00e8me si\u00e8cle. Pour la marquise de Kerjean, Fran\u00e7oise de Parcevaux, les domaines n&rsquo;ont pas chang\u00e9 et 10 000 livres consti\u00adtuaient probablement le revenu du seigneur de M\u00e9sarnou \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la construc\u00adtion du manoir (1570), et il \u00e9tait tr\u00e8s riche&#8230;<br \/>\nMais de nombreux gentilshommes avaient des revenus beaucoup plus faibles et vivaient chichement sur leur domaine en cultivant leur terre, comme leurs voisins, paysans comme eux. C&rsquo;\u00e9taient les plus nombreux.<br \/>\nBeaucoup \u00e9taient oblig\u00e9s, pour vivre, de se consacrer \u00e0 un m\u00e9tier, surtout les cadets. Quatre possibilit\u00e9s s&rsquo;offraient \u00e0 eux : l&rsquo;\u00e9tat eccl\u00e9siastique, le m\u00e9tier des armes, l&rsquo;administration, le grand commerce.<\/p>\n<p><span style=\"color: blue;\"><i>1- Les eccl\u00e9siastiques<\/i><\/span><br \/>\nL&rsquo;\u00e9tat eccl\u00e9siastique \u00e9tait souvent r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 un cadet, ceci en g\u00e9n\u00e9ral afin d&rsquo;\u00e9viter d&rsquo;avoir \u00e0 partager les terres. Dans la succession, en effet, les 2\/3 du domaine revenait \u00e0 l&rsquo;ain\u00e9, le reste \u00e9tant partag\u00e9 entre les cadets. Il est \u00e9vident que ces derniers ne pouvaient vivre de cet h\u00e9ritage, que leur a\u00een\u00e9 leur rachetait bien souvent contre une rente. Certains de ces cadets \u00e9pousaient une h\u00e9riti\u00e8re et vivaient sur le bien de leur femme (tel Louis Barbier de Kerjean qui \u00e9pouse Jeanne de Gouzillon, h\u00e9riti\u00e8re de Kerno). D&rsquo;autres entraient dans l&rsquo;arm\u00e9e ou la marine, mais la plupart des familles avaient un de leur membre en religion.<br \/>\nAinsi Hamon Barbier, cadet de Yves Barbier, seigneur de Kerjean, entra dans les ordres au XVI\u00e8me si\u00e8cle. Tr\u00e8s ambitieux, il amassa une fortune consid\u00e9rable, qui permit \u00e0 son neveu de b\u00e2tir le ch\u00e2teau actuel. Il est mort en 1544 dans son h\u00f4tel de Saint-Pol (connu sous le nom d&rsquo;h\u00f4tel de K\u00e9roulas).<br \/>\nA K\u00e9rouz\u00e9r\u00e9 (Sibiril), au XV\u00e8me si\u00e8cle, Alain, fils cadet de Eon de K\u00e9rouz\u00e9r\u00e9 et Jeanne de Rosmadec, devint \u00e9v\u00eaque de L\u00e9on. Il est mort en 1445.<br \/>\nA M\u00e9zarnou, en Ploun\u00e9venter, Fran\u00e7ois de Parcevaux, fr\u00e8re cadet de Yves et oncle du constructeur du manoir actuel, est chanoine, official et grand vicaire de L\u00e9on vers 1520.<br \/>\nDe m\u00eame, de nombreuses filles sont religieuses.<\/p>\n<p><span style=\"color: blue;\"><i>2- L&rsquo;arm\u00e9e et la marine <\/i><\/span><br \/>\nUn des devoirs des nobles est le m\u00e9tier des armes. Ils font partie de l&rsquo;arm\u00e9e du duc de Bretagne, puis du roi, et sont dans l&rsquo;obligation de r\u00e9pondre aux convocations soit en cas de conflit, soit pour des revues. Chacun doit entretenir un \u00e9quipement militaire en rapport avec sa fortune.<br \/>\nCependant, \u00e0 cette \u00e9poque (fin XVI\u00e8me si\u00e8cle), peu nombreux \u00e9taient les militaires de m\u00e9tier, qui appara\u00eetront surtout sous Louis XIV.<br \/>\nCitons quand m\u00eame S\u00e9bastien de Rosrnadec, colonel-g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;infanterie \u00e0 la fin du XVI\u00e8me si\u00e8cle, dont le fils \u00e9pouse en 1616 l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re de Kergounadech en Cl\u00e9der. De m\u00eame Guillaume de Br\u00e9zal, de Ploun\u00e9venter, \u00e9tait capitaine des francs-archers et homme d&rsquo;armes de la garde d&rsquo;Anne de Bretagne en 1503.<br \/>\nD&rsquo;autres servaient dans la marine; ainsi Bizien M\u00e9ryan, seigneur de Kerambars, de Morlaix, \u00e9tait en 1481 capitaine du navire de guerre \u00ab\u00a0La Fran\u00e7oise\u00a0\u00bb.<br \/>\nJehan de Pontplancoet, de Plougoulm, \u00e9tait en 1486 ma\u00eetre et capitaine du navire de guerre \u00ab\u00a0Le Boeuf\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><span style=\"color: blue;\"><i>3-<\/i><\/span> Bien plus nombreux \u00e9taient les gentilshommes employ\u00e9s dans l&rsquo;administration. Ainsi, Alain de Parcevaux est capitaine de Lesneven en 1430, puis secr\u00e9taire du duc Jean V ; son petit-fils Yves de Parcevaux est s\u00e9n\u00e9chal de Lesneven en 1515 son fr\u00e8re Prigent est lieutenant de justice au si\u00e8ge de Lesneven ; leur neveu Yves de Parcevaux est conseiller au Parlement de Bretagne en 1557 ; Bernard Le Bihan de Kerouslac est s\u00e9n\u00e9chal de Morlaix de 1571 \u00e0 1594 &#8230;<\/p>\n<p><span style=\"color: blue;\"><i>4-<\/i><\/span> Moins connu est le r\u00f4le de nombreux gentilshommes comme marchands. Il leur \u00e9tait en effet permis de pratiquer le grand n\u00e9goce sans perdre leur qualit\u00e9. Il leur \u00e9tait seulement interdit de faire le commerce de d\u00e9tail.<br \/>\nAinsi, quatre nobles sont marchands \u00e0 Saint-Pol en 1448. Jean Forget, riche armateur de Morlaix, est anobli en 1429 ; Richard Quintin, de Morlaix, fait<br \/>\ndu n\u00e9goce sur mer, et en 1487 il envoie 3 ou 4 de ses bateaux participer \u00e0 la d\u00e9fense de Nantes assi\u00e9g\u00e9e par les fran\u00e7ais ; Nicolas Coatanlem, opulent arma\u00adteur morlaisien, fait construire la \u00ab\u00a0Cordeli\u00e8re\u00a0\u00bb, nef amirale de la duchesse Anne ; Bernard Le Bihan, marchand de Morlaix, ach\u00e8te le manoir de Pennel\u00e9 vers 1520 ; Pierre Guingamp, marchand de Morlaix, ach\u00e8te le manoir de P\u00e9nenvern en 1520 &#8230;<\/p>\n<p><span style=\"color: blue;\"><b>III &#8211; Les Manoirs<\/b><\/span><\/p>\n<p>A la fin de la guerre de Succession de Bretagne (1365-1381), la prosp\u00e9rit\u00e9 commence. Les gentilshommes ont de l&rsquo;argent. Ils se sentent \u00e0 l&rsquo;\u00e9troit dans leurs aust\u00e8res ch\u00e2teaux-forts (La Roche-Maurice, Lesquelen en Plabennec, Tr\u00e9mazan en Landunvez &#8230;), au confort tr\u00e8s relatif.<br \/>\nIls reb\u00e2tissent alors leur demeure et abandonnent leur ancien logis. Ainsi Jean de K\u00e9rouz\u00e9r\u00e9 abandonne-t-il sa tour de Coat-an-Tour pour b\u00e2tir vers 1425 le ch\u00e2teau actuel de Kerouz\u00e9r\u00e9 en Sibiril. A La Roche-Maurice un autre logis est \u00e9lev\u00e9 en bas du donjon. Lesquelen est abandonn\u00e9 pour le manoir de La Salle &#8230;<br \/>\nCes ch\u00e2teaux, dont seul subsiste celui de Kerouz\u00e9r\u00e9, sont encore des ch\u00e2teaux forts avec des tours, des courtines, des douves, etc &#8230;<br \/>\nEn outre, pour r\u00e9compenser d&rsquo;anciens soldats ayant contribu\u00e9 \u00e0 sa viotoire sur Charles de Blois, le duc de Bretagne Jean IV puis son fils Jean V les anoblissent, et leur donnent des terres. Eux aussi vont construire des manoirs, plus modestes.<br \/>\nIl apparait donc, \u00e0 la fin du XV\u00e8me et au XVI\u00e8me si\u00e8cle, une multitude de manoirs, sur un plan type : une cour ferm\u00e9e par 3 corps de batiments et, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e, un portail fortifi\u00ea perc\u00e9 de 2 portes, pi\u00e9tonne et charreti\u00e8re. En face de l&rsquo;entr\u00e9e, le corps de logis principal, flanqu\u00e9 d&rsquo;une tourelle d&rsquo;escalier. A c\u00f4t\u00e9, si le domaine d\u00e9passe 300 journaux, on trouve souvent un pigeonnier, sinon des boulins dans la fa\u00e7ade. Parfois une chapelle et un moulin compl\u00e8tent le domaine.<br \/>\nLe d\u00e9cor en est tout gothique : portes ogivales au XV\u00e8me si\u00e8cle puis \u00e0 arc sur\u00adbaiss\u00e9, surmont\u00e9es d&rsquo;une arcade parfois orn\u00e9e de 3 \u00e9cussons o\u00f9 \u00e9taient sculpt\u00e9es ou peintes les armoiries de la famille ; fen\u00eatres \u00e0 meneaux de pierre et au linteau moulur\u00e9 en double accolade ; lucarnes \u00e0 frontons de pierre ouvrag\u00e9s. Ce mod\u00e8le de manoir se rencontre encore tr\u00e8s souvent dans notre campagne du L\u00e9on, plus ou moins mutil\u00e9.<br \/>\nDans le courant du XVI\u00e8me si\u00e8cle, l&rsquo;influence de la Renaissance s&rsquo;introduit en L\u00e9on et se manifeste d&rsquo;abord dans le d\u00e9cor, et surtout le d\u00e9cor int\u00e9rieur.<br \/>\nPar quelles voies arrive cette influence ?<br \/>\nD&rsquo;abord et surtout par les marins et les marchands, tr\u00e8s nombreux, on l&rsquo;a vu. Ils ont voyag\u00e9 en Espagne, en Italie, en Flandre, et ils apportent des gravures, des livres, des tableaux, des \u00e9l\u00e9ments sculpt\u00e9s. Les artistes bretons s&rsquo;en inspirent, sans toutefois les copier. Les \u00e9glises (surtout les porches et les r\u00e9tables) fourmillent ainsi de ces oeuvres italiennes ou flamandes, incorpor\u00e9es dans un cadre original, et juxtapos\u00e9es les unes aux autres.<br \/>\nCette m\u00eame influence a certainement marqu\u00e9 les manoirs.<br \/>\nEn 1580, Louis Barbier, seigneur de Kerjean, ayant h\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;immense fortune de son oncle Hamon Barbier, fait reconstruire son manoir. L&rsquo;architecte qu&rsquo;il<br \/>\na engag\u00e9 va innover, et, pour la premD\u00e8re fois en Bretagne, il construit un manoir au d\u00e9cor Renaissance. Cependant, le plan reste celui du manoir l\u00e9onard (m\u00eame si le portail est plus d\u00e9coratif que d\u00e9fensif), et le gothique subsiste dans certains \u00e9l\u00e9ments (en particulier les meneaux des fen\u00eatres).<br \/>\nMais c&rsquo;en est fini du manoir gothique. A partir du d\u00e9but du XVII\u00e8me si\u00e8cle tous les manoirs seront du style Renaissance (Kergroadez en Br\u00e9l\u00e8s, Kerbabu en Lannilis, Keroual en Guilers &#8230;). Les meneaux de pierre disparaissent des fen\u00eatres, qui s&rsquo;agrandissent : les lucarnes s&rsquo;ornent de frontons triangulaires ou en demi-cercle ; les portes s&rsquo;ornent de frontons triangulaires, parfois tr\u00e8s ouvrag\u00e9s.<\/p>\n<p><span style=\"color: blue;\"><i>La d\u00e9coration int\u00e9rieure.<\/i><\/span><br \/>\nIl est plus difficile de la conna\u00eetre, cette d\u00e9coration ayant le plus souvent disparu. On peut encore voir les chemin\u00e9es, orn\u00e9es de sculptures ou d&rsquo;armoiries sculpt\u00e9es et peintes. Il y avait peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 des portraits d&rsquo;anc\u00eatres illustres &#8230;<br \/>\nLes lambris des chambres et les plafonds \u00e9taient peints, comme une chambre d&rsquo;un pavillon du manoir de K\u00e9restat (Roscoff), aux lambris peints dans le style Renaissance par un \u00e9l\u00e8ve du Primatice, qui avait une importante \u00e9cole de peinture \u00e0 Florence (fin du XVI\u00e8me si\u00e8cle).<br \/>\nA M\u00e9sarnou, on devine encore sur un mur des fresques peintes, avec en particulier un cheval ail\u00e9, peut-\u00eatre illustration de l&rsquo;une des fables d&rsquo;Esope alors tr\u00e8s en vogue, et publi\u00e9es en 1512 par Jean Mac\u00e9, \u00e9diteur \u00e0 Rennes.<br \/>\nLe ch\u00e2teau de K\u00e9rouz\u00e9r\u00e9 en Sibiril et les manoirs de Maill\u00e9 (Plounevez), de Tronjcly (Cl\u00e9der) et de Penmarch (Saint-Fr\u00e9gant) conservent encore de somptueux d\u00e9cors peints du XVII\u00e8me si\u00e8cle.<br \/>\nLes murs \u00e9taient tendus de tapisseries, qui,les d\u00e9coraient et servaient aussi d&rsquo;isolation thermique : L&rsquo;inventaire de M\u00e9sarnou signale ainsi, lors du pillage de 1594, \u00ab\u00a0de la tapisserie pour garnir et tapisser les salles que chambres&#8230; tirez \u00e0 personnages repr\u00e9sentant diverses histoires avec plusieurs vers et dictons\u00a0\u00bb.<br \/>\nL&rsquo;inventaire apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s de Hamon Barbier, dans son h\u00f4tel de Saint-Pol, en 1545, signale aussi qu&rsquo;une salle \u00e9tait tendue de six tapisseries armori\u00e9es, d&rsquo;ailleurs \u00ab\u00a0fort us\u00e9es et gast\u00e9es par la vermine\u00a0\u00bb.<br \/>\nEncore \u00e0 M\u00e9sarnou, le sol des chambres \u00e9tait recouvert de tapis brod\u00e9s de soie, d&rsquo;or et d&rsquo;argent.<\/p>\n<p><span style=\"color: blue;\"><i>Le mobilier.<\/i><\/span><br \/>\nJe me contenterai ici de citer l&rsquo;inventaire de M\u00e9sarnou en 1594 (ce manoir est alors dit \u00ab\u00a0l&rsquo;un des mieux meubl\u00e9s de Bretagne\u00a0\u00bb), et l&rsquo;inventaire de l&rsquo;h\u00e9ritage de Hamon Barbier en 1545.<br \/>\nA M\u00e9sarnou on peut voir :<\/p>\n<ul>\n<li>trois grands bahuts, fa\u00e7on de Flandre, et 18 coffres, grands et petits, fa\u00e7on de Flandre et de Rouen. Pas d&rsquo;armoires encore, qui n&rsquo;appara\u00eetront qu&rsquo;au XVII\u00e8me si\u00e8cle.<\/li>\n<li>3 douzaines de chaises garnies de cuir (soit 36 chaises), et 24 petits tabourets garnis de laine.<\/li>\n<li>3 horloges sonnantes (une au manoir, une \u00e0 la chapelle, une sur le portail).<br \/>\nDe telles horloges n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9es que vers 1550 ! Le ch\u00e2teau royal d&rsquo;Anet n&rsquo;en avait qu&rsquo;une !<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les 10 chambres du manoir renfermaient chacune 2 lits avec \u00ab\u00a0tours de ciel\u00a0\u00bb (baldaquin), couvertures et courtines en velours et en soie avec des franges en fils d&rsquo;or et d&rsquo;argent, de plusieurs couleurs, brod\u00e9s de vers et dictons avec les \u00e9cussons et armoiries brod\u00e9s en fils d&rsquo;or et d&rsquo;argent et en fils de soie de diverses couleurs. Des tapis couvraient le sol. Chaque lit poss\u00e9dait les \u00ab\u00a0garnitures pour tours de lit\u00a0\u00bb (tentures tombant du baldaquin), certaines brod\u00e9es en fils de soie de diverses couleurs, les autres en fil de laine et de serge de Caen avec franges cr\u00eap\u00e9es.<br \/>\nLa literie comprend :<\/p>\n<ul>\n<li>120 couettes de duvet avec un traversin et 2 oreillers par couette ;<\/li>\n<li>240 couvertures en fine cathelonne et drap de Londres ;<\/li>\n<li>30 douzaines (soit 360) draps de fine toile ;<\/li>\n<li>10 douzaines (soit 120) draps de \u00ab\u00a0fil de r\u00e9paration\u00a0\u00bb ;<\/li>\n<li>12 draps de \u00ab\u00a0raiseul\u00a0\u00bb ;<\/li>\n<li>18 taies d&rsquo;oreiller ouvrag\u00e9s ;<\/li>\n<li>72 taies d&rsquo;oreiller en fine toile non ouvrag\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>36 grands chandeliers de cuivre assuraient l&rsquo;\u00e9clairage des chambres. Pour les autres pi\u00e8ces on disposait de 12 chandeliers d&rsquo;\u00e9tain et 18 chaldeliers moyens en cuivre. Pour la salle \u00e0 manger, par contre, on utilisait 12 grands chande\u00adliers d&rsquo;argent.<br \/>\nLe chauffage est assur\u00e9 par les chemin\u00e9es, bien s\u00fbr, mais aussi par 24 chaudi\u00e8res et po\u00eales en bronze, 6 brasi\u00e8res en fer et 18 brasi\u00e8res en laiton et en fer. Dans la salle \u00e0 manger on trouve 6 brasi\u00e8res en argent. Une brasi\u00e8re est un bassin couvert dans lequel on met des braises. Mise sous la table, par exemple, elle permet de garger les pieds au chaud.<br \/>\n12 vases (dits sauni\u00e8res) en cuivre, en forme de grands personnages, et en fa\u00efence, ornaient les chemin\u00e9es des chambres. De m\u00eame 6 vases en argent dor\u00e9 et 6 en argent non dor\u00e9 ornaient 1ss tables de la grande salle. A propos de la fa\u00efence, Bernard Palissy venait, vers 1570, d&rsquo;en red\u00e9couvrir le secret.<br \/>\nPour la toilette, 4 grands bassins et 6 plus petits, tous en argent (soit un par chambre). En outre, 20 pots de chambre en \u00e9tain (soit un par lit).<br \/>\nDans la cuisine, sont cit\u00e9s les tr\u00e9pieds, broches, landiers, pasles (pour entretenir le feu), fourchettes, cr\u00e9maill\u00e8res, 12 po\u00e8les \u00e0 queue, 18 marmittes et pots en fer, 6 marmittes en bronze, 24 chaudrons et grands bassins en bronze.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cet ameublement somptueux de l&rsquo;un des plus riches manoirs du L\u00e9on, voyons l&rsquo;inventaire de la maison de Hamon Barbier \u00e0 Saint-Pol (en 1544).<br \/>\nDans son cabinet de travail on trouve une biblioth\u00e8que et un banc-armoire fermant \u00e0 cl\u00e9. Dans une seconde salle, un beau coffre en cypr\u00e8s avec les v\u00eatements, et une table couverte d&rsquo;un tapis tiss\u00e9 \u00ab\u00a0sem\u00e9 de bestes\u00a0\u00bb. Les autres meubles sont en bois de fr\u00e8ne ou de ch\u00eane : coffres, chaises, bancs, escabeaux, lits, tables, dressoirs et bahuts, dont plusieurs sont cisel\u00e9s. Citons aussi une \u00ab\u00a0table de Flandre\u00a0\u00bb pliante et une chaise garnie de cuir rouge. La maison comptait 6 lits avec leurs couettes, oreillers, couvertures et ciels de lit. Dans la cuisine, les habituels ustensiles en bronze, po\u00e8les, broches, pots et cr\u00e9maill\u00e8res &#8230;<br \/>\nL&rsquo;habillement du seigneur est moins connu. A M\u00e9sarnou, l&rsquo;inventaire cite seulement les habits, \u00ab\u00a0valant 18 livres et plus\u00a0\u00bb. Les dames de M\u00e9sarnou poss\u00e9daient<br \/>\nde nombreux bijoux \u00ab\u00a0liz de t\u00eate\u00a0\u00bb en or et argent (diad\u00e8mes), pierres pr\u00e9cieuses, bagues et joyaux &#8230; , et 2 chaines en or valant au moins 800 livres chacune.<br \/>\nL&rsquo;inventaire de Hamon Barbier pr\u00e9cise 1 \u00ab\u00a0une robe d&rsquo;escalatte fourr\u00e9 de visons\u00a0\u00bb, des robes de \u00ab\u00a0mygrene\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0pavenance\u00a0\u00bb, de serge d&rsquo;Arras, de frise d&rsquo;Espagne, des pourpoints de satin, de velours et de drap noir, des chaperons de drap et de camelot, des coiffes de satin noir, des casaques, des \u00ab\u00a0surcots\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0salons\u00a0\u00bb, 24 chemises, 29 bonnets de nuit &#8230;<br \/>\nLa vaisselle, dans les maisons les plus humbles, est en bois ou en terre cuite. Pas encore de fa\u00efence. Les plus riches avaient une vaisselle en \u00e9tain ou en argent.<\/p>\n<p>Voyons la vaisselle de M\u00e9sarnou.<\/p>\n<p>Le linge de table, d&rsquo;abord, comprend 30 douzaines (360) de nappes de fine ; toile de lin et 60 douzaines (720) de serviettes, pour la salle \u00e0 manger ; en outre 4 douzaines (48) nappes de \u00ab\u00a0fil de r\u00e9paration\u00a0\u00bb et 4 douzaines de serviettes plus grossi\u00e8res servent \u00e0 la cuisine.<br \/>\nDans les bahuts de la salle \u00e0 manger sont rang\u00e9s 80 coupes et 40 tasses en argent dor\u00e9, couvertes et non couvertes : 2 coupes en or massif ; une aigui\u00e8re en or massif, haute de une coud\u00e9e ; une aigui\u00e8re couverte, \u00e0 \u00e9cailles en or massif, haute de 1\/2 coud\u00e9e ; 14 aigui\u00e8res en argent dor\u00e9 ; 4 douzaines (48) d&rsquo;assiettes en argent ; une douzaine d&rsquo;\u00e9cuelles en argent ; une douzaine de cuill\u00e8res en argent ; 6 vinaigriers d&rsquo;argent \u00ab\u00a0pour servir le vinaigre \u00e0 table\u00a0\u00bb 2 flacons d&rsquo;argent \u00ab\u00a0avec leurs chaines\u00a0\u00bb. Pour le service : 6 douzaines de Vaisselle d&rsquo;argent (72) et 6 autres douzaines de vaisselle d&rsquo;argent \u00ab\u00a0pour servir le dessert\u00a0\u00bb.<br \/>\nApr\u00e8s cette vaisselle pr\u00e9cieuse, utilis\u00e9e sans doute dans les grandes occasions, la vaisselle en \u00e9tain : 4 douzaines (48) de plats de service : 20 douzaines (240) d&rsquo;assiettes ; 6 douzaines (72) d&rsquo;\u00e9cuelles ; 4 douzaines (48) de sauci\u00e8res (24 grandes et 24 plus petites) ; 12 pots \u00e0 anses appel\u00e9s coquemarts ; 4 douzaines de pots ; 2 douzaines de pintes ; 18 \u00ab\u00a0flacons\u00a0\u00bb.<br \/>\nChez Hamon Barbier, \u00e0 Saint-Pol, on trouve aussi une somptueuse vaisselle en argent et en vermeil ; 20 cuillere en argent, 6 tasses en argent, en partie dor\u00e9es et armori\u00e9es du blason des Barbier, vases, aigui\u00e8res, coupes, tasses, gobelets, bassins, ainsi que un calice et 2 burettes en argent dor\u00e9 ; n&rsquo;oublions pas que nous sommes chez un eccl\u00e9siastique.<br \/>\nLa vaisselle d&rsquo;\u00e9tain fut estim\u00e9e 87 livres 10 sols et comprenait plats, \u00e9cuelles, sauci\u00e8res, bassins, flacons, ainsi qu&rsquo;une cuve en laiton pour mettre le vin \u00e0 rafraichir l&rsquo;\u00e9t\u00e9.<br \/>\nLes jardins jouent un r\u00f4le important dans le vie d&rsquo;un manoir. L&rsquo;inventaire de M\u00e9sarnou cit\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e9tendue de jardins, vergiers, \u00e9tangs et remparts d&rsquo;\u00e9tendue de logix, jeux de pailmail, paulme, carri\u00e8res et autres exercices et d\u00e9corations de maison.\u00a0\u00bb<br \/>\nUn jardin d&rsquo;agr\u00e9ment s&rsquo;\u00e9tendait devant le portail du manoir, plant\u00e9 de fleurs. Il y avait certainement, au centre, une tulipe, luxe inoui pour l&rsquo;\u00e9poque. En effet, la culture de la tulipe ne fut introduite en Occident que vers 1570 par le docteur Del\u00e9cluze, n\u00e9 \u00e0 Arras en 1526, botaniste de l&rsquo;Universit\u00e9 de<br \/>\nLeyde aux Pays-Bas. Il \u00e9tait auparavant directeur des jardins imp\u00e9riaux \u00e0 Vienne o\u00f9 il re\u00e7ut de Busbecq, ambassadeur de Charles Quint aupr\u00e8s de Soliman le Magnifique, des bulbes de tulipe venant de Turquie. Quelques ann\u00e9es seulement apr\u00e8s leur arriv\u00e9e en Europe, on voit donc des tulipes arriver au fin fond de la Bretagne. On peut estimer que ce seul bulbe a co\u00fbt\u00e9 le m\u00eame prix que le ch\u00e2teau. Comme preuve de la pr\u00e9sence de cette fleur, preuve en tout cas qu&rsquo;on connaissait la tulipe \u00e0 M\u00e9sarnou en 1570, on peut signaler la tulipe sculpt\u00e9e au sommet de la lucarne. Ne faisant jamais rien \u00e0 moiti\u00e9, Herv\u00e9 de Parcevaux, ne pouvant quand m\u00eame pas se payer deux tulipes, met la seconde dans la pierre.<br \/>\nA l&rsquo;arri\u00e8re du manoir on trouvait le verger, le jardin potager et le jardin de plantes m\u00e9dicinales.<br \/>\nIl est cependant difficile d&rsquo;avoir beaucoup de d\u00e9tails sur les jardins \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<div align=\"center\"><img decoding=\"async\" title=\"Manoir de Coat Kenan \u00e0 Plouguerneau\" src=\"https:\/\/appriou.bzh\/wp-content\/uploads\/2010\/10\/manoirs_coatkenan.jpg\" \/><\/div>\n<p><span style=\"color: blue;\"><b>IV &#8211; Leur alimentation.<\/b><\/span><\/p>\n<p>En Bretagne, pays de polyculture, la nourriture \u00e9tait beaucoup plus \u00e9quilibr\u00e9e que dans certaines autres r\u00e9gions.<br \/>\nA cot\u00e9 du pain et des l\u00e9gumes, on trouve en effet du lait, de la viande, du lard ; du beurre, grace \u00e0 l&rsquo;abondance de l&rsquo;\u00e9levage.<br \/>\nPour les c\u00e9r\u00e9ales, citons dans le cellier de M\u00e9sarnou en 1594 6 ou 7 tonneaux de froment, 10 ou 12 tonneaux de seigle, 15 tonneaux d&rsquo;avoine, 4 tonneaux d&rsquo;orge et de bl\u00e9.<br \/>\nParmi les l\u00e9gumes, on trouve des navets, des choux, des poireaux. Les artichaux appara\u00eetront en 1661, et les pommes de terre seulement \u00e0 la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle. Les vergers fournissent pommes et poires &#8230;<br \/>\nL&rsquo;essor commercial fait appara\u00eetre des produits \u00ab\u00a0exotiques\u00a0\u00bb (oranges, citrons, raisins secs, figues, olives, huile d&rsquo;olive, un peu de sucre de canne), ainsi que des harengs de la mer du Nord.<br \/>\nLa p\u00eache fournit beaucoup de saumon, des congres, des raies, des seiches, des juliennes, des merlus, beaucoup de sardines. La morue de Terre Neuve commence \u00e0 affluer. Certains manoirs, tels M\u00e9sarnou, ont leur vivier \u00e0 poisson.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9levage est abondant. Toujours en 1594, les charniers de M\u00e9sarnou renferment 8 boeufs et 7 pourceaux gras. La basse-cour abrite 300 chapons (poulets) et 75 coqs et poules d&rsquo;Inde, sans compter les pigeons du colombier. Dans les \u00e9tables on compte 6 grands boeufs \u00e0 engraisser, 16 vaches \u00e0 lait, 15 ou 16 taureaux et<br \/>\ng\u00e9nisses.<br \/>\n&lsquo;<br \/>\nComme boisson, beaucoup de vin. Toujours \u00e0 M\u00e9sarnou, les caves abritent en 1594 5 tonneaux de vin de Gascogne et 2 tonneaux de vin d&rsquo;Anjou. Cependant le cidre commence \u00e0 s&rsquo;\u00e9tendre depuis la Normandie.<br \/>\nLe miel rempla\u00e7ant le sucre, on trouve de nombreuses ruches.<\/p>\n<p><span style=\"color: blue;\"><b>V &#8211; Les distractions<\/b><\/span><\/p>\n<p>Avant d&rsquo;entrer dans les d\u00e9tails, citons cette lettre de Madame de S\u00e9vign\u00e9 \u00e0 sa fille, dat\u00e9e du manoir des Rochers pr\u00e8s de Vitr\u00e9 le 18 septembre 1689. Elle donne une id\u00e9e du d\u00e9roulement d&rsquo;une journ\u00e9e.<\/p>\n<p><i><br \/>\n\u00ab\u00a0Vous voulez savoir notre vie, ma ch\u00e8re enfant? La voici : nous nous levons \u00e0 huit heures, la messe \u00e0 neuf ; le temps fait qu&rsquo;on se prom\u00e8ne ou qu&rsquo;on ne se prom\u00e8ne pas, souvent chacun de son c\u00f4t\u00e9 ; on d\u00eene fort bien, il vient un voisin, on parle de nouvelles ; l&rsquo;apr\u00e8s-din\u00e9e nous travaillons, ma belle-fille \u00e0 cent sortes de choses, moi \u00e0 deux bandes de tapisserie que Mme de Kerman me donna \u00e0 Chaulnes ; \u00e0 cinq heures on se s\u00e9pare, on se prom\u00e8ne, ou seule, ou en compagnie, on se rencontre \u00e0 une place fort belle, on a un livre. on prie Dieu, on r\u00eave \u00e0 sa ch\u00e8re fille, on fait des ch\u00e2teaux en Espagne, en Provence, tant\u00f4t gais, tant\u00f4t tristes. Mon fils nous lit des livres tr\u00e8s agr\u00e9ables ; nous en avons de d\u00e9votion, les autres d&rsquo;histoire ; cela amuse et nous occupe ; nous raisonnons sur ceux que nous avons lus ; mon fils est infatigable, il lit cinq heures de suite si on veut. Recevoir des lettres, y faire r\u00e9ponse, tient une grande place dans notre vie, principalement pour moi. Nous avons eu du monde, nous en aurons encore, nous n&rsquo;en souhaitons point ; quand il y en a, on en est bien aise. Mon fils a des ouvriers, il a fait parer, comme on dit ici, ses grandes all\u00e9es ; vraiment elles sont belles ; il fait sabler son parterre. Enfin, ma fille, c&rsquo;est une chose \u00e9trange comme avec cette vie toute insipide et quasi triste, les jours courent et nous \u00e9chappent en m\u00eame temps : ah ! ne parlons point de cela ; j&rsquo;y pense pourtant et il le faut. Nous soupons \u00e0 huit heures ; S\u00e9vign\u00e9 lit apr\u00e8s souper, mais des livres gais de peur de dormir ; ils s&rsquo;en vont \u00e0 dix heures, je ne me couche gu\u00e8re que vers minuit ; voil\u00e0 \u00e0 peu pr\u00e8s la r\u00e8gle de notre couvent ; il y a sur la porte : Sainte Libert\u00e9 ou Fais ce que tu voudras\u00a0\u00bb. <\/i><\/p>\n<p>Ce texte donne le d\u00e9roulement d&rsquo;une journ\u00e9e \u00e0 la fin du XVII\u00e8me si\u00e8cle. Ce ne devait pas \u00eatre tr\u00e8s diff\u00e9rent 100 ans auparavant ! repas, promenade, tapisserie, lecture, r\u00e9ceptions, conversation &#8230;<\/p>\n<p>La chasse occupe une grande place chez les hommes. Les \u00e9curies de M\u00e9sarnou renferment en 1594 46 chevaux, dont 28 grands chevaux de selle et 4 poulains<br \/>\nde 2 \u00e0 3 ans, avec leurs harnais et \u00e9qUipage. Dans la salle d&rsquo;armes, on trouve 6 filets pour la chasse au loup et au sanglier, 40 arquebuses de Milan \u00e0 m\u00e8che et 20 autres arquebuses de chasse \u00e0 rouet, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;armes de guerre : 15 paires d&rsquo;armes compl\u00e8tes, 20 mousquets grav\u00e9s et dor\u00e9s, 15 pistolets 24 \u00e9p\u00e9es et coutelas, ainsi que 2 pi\u00e8ces de fonte mont\u00e9es (canons sur essieu) et 18 fauconneaux en fonte (petits canons). Les munitions pour toutes ces armes consistent en 200 balles en fer, 85 livres de poudre \u00e0 canon de Rennes et 200 livres de poudre de Flandre &#8230;<br \/>\nLa chasse jouait encore un grand r\u00f4le dans la vie des Ch\u00e2telains de la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle. On se rassemblait entre amis et voisins pour de grandes chasses au chevreuil ou au sanglier.<\/p>\n<p><span style=\"color: blue;\"><i>Les r\u00e9ceptions.<\/i><\/span><br \/>\nOn recevait beaucoup dans les manoirs, des parents, des voisins, des amie, mais certainement aussi des marchands en escale en Bretagne, qui apportaient des nouvelles de tous ces nouveaux pays d\u00e9couverts au XVI\u00e8me si\u00e8cle, qui faisaient conna\u00eetre des objets nouveaux (dessins, tableaux, sculptures, fruits exotiques, &#8230; mais aussi tulipes et autres fleurs et plantes &#8230; )<br \/>\nLa richesse de la vaisselle, le nombre de chambres toutes \u00e9quip\u00e9es, tout laisse penser que les r\u00e9ceptions \u00e9taient somptueuses \u00e0 M\u00e9sarnou, et que l&rsquo;on pouvait y h\u00e9berger les visiteurs. On dinait, puis on chassait, pendant que les dames se promenaient dans les jardins ou brodaient ; puis on soupait jusque tard le soir. Probablement \u00e9coutait-on de la musique, des chanteurs. On dansait, peut\u00ad\u00eatre &#8230;<br \/>\nAinsi, le 4 aout 1594, Herv\u00e9 de Parcevaux re\u00e7ut-il \u00e0 sa table le sieur du Liscoet et lui offrit un joyeux festin jusque tard dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, avant que ce dernier ne l&rsquo;arr\u00eate et ne pille son manoir.<\/p>\n<p>Le jeu, aussi, \u00e9tait r\u00e9pandu. A M\u00e9sarnou on trouvait ainsi des jeux de Pail-mail et de paume. Il existait aussi certainement des jeux de tric-trac, anc\u00eatre du jacquet. Des pions de tric-trac ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts dans les fouilles du donjon de la motte f\u00e9odale de Lamber em Ploumoguer, datant du XIII\u00e8me si\u00e8cle. Etaient encore connus les d\u00e9s, les cartes &#8230;<\/p>\n<p><span style=\"color: blue;\"><i>La culture.<\/i><\/span><br \/>\nLes grands seigneurs \u00e9taient tr\u00e8s cultiv\u00e9s, souvent. C&rsquo;\u00e9tait indispensable pour tous ceux qui occupaient des postes \u00e0dministratifs irmportants. Leur niveau de culture se voit dans leurs manoirs o\u00f9 toutes les nouveaut\u00e9s peuvent se retrouver.<br \/>\nApr\u00e8s des \u00e9tudes primaires, souvent sous la direction d&rsquo;un eccl\u00e9siastique r\u00e9sidant au manoir o\u00f9 il s&rsquo;occupait de la chapelle, parfois un membre de la famille, les jeunes nobles allaient au coll\u00e8ge (Saint-Pol-de-l\u00e9on, Quimper, Nantes &#8230; ). Puis la plupart d&rsquo;entre eux allaient \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9, surtout \u00e0 Paris et Angers, mais aussi, souvent, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Ainsi, Yves de Parcevaux, de M\u00e9sarnou, re\u00e7oit, en 1551, le bonnet de docteur de l&rsquo;Universit\u00e9 de Boulogne (o\u00f9 il rencontre la Renaissance Italienne). C&rsquo;est son neveu Herv\u00e9 qui a construit le manoir actuel.<br \/>\nLes manoirs poss\u00e9daient une biblioth\u00e8que souvent importante. L&rsquo;inventaire de M\u00e9sarnou cite \u00ab\u00a0les livres et \u00e9tudes\u00a0\u00bb. sans les d\u00e9tailler malheureusement.<br \/>\nLa biblioth\u00e8que de Hamon Barbier renfermait en 1544 une soixantaine d&rsquo;ouvrages manuscrits ou imprim\u00e9s. Comme il \u00e9tait homme d&rsquo;\u00e9glise et magistrat, la majorit\u00e9 \u00e9tait compos\u00e9e d&rsquo;ouvrages de th\u00e9ologie et de jurisprudence. Aucun ouvrage en grec : il ne devait pas conna\u00eetre cette langue, pourtant r\u00e9pandue alors dans les milieux cultiv\u00e9s. La litt\u00e9rature latine \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e par Cic\u00e9ron, Aulu-Gelle, Quinte-Curce, Perse et Valerieus Maximus. Un ouvrage sur l&rsquo;histoire de Bretagne, la \u00ab\u00a0Gesta Britonum\u00a0\u00bb. Un autre sur l&rsquo;histoire naturelle : \u00ab\u00a0le Grand Herbier en Franczois\u00a0\u00bb.<br \/>\nPlusieurs nobles jouaient d&rsquo;un instrument de musique. On sait que Guy Eder de La Fontenelle, capitaine d&rsquo;une troupe de Ligueurs pendant les guerres de la Ligue (autour de 1590), qui \u00e9pousa Marie Le Chevoir, fille d&rsquo;un premier mariage de la dame de M\u00e9sarnou, jouait de la viole. Sur la chemin\u00e9e de M\u00e9sarnou est sculpt\u00e9 un joueur de bombarde. Sur la porte de Tr\u00e9bodennic en Ploudaniel, dat\u00e9e de 1584, sont repr\u00e9sent\u00e9s un joueur de flute et un joueur de tambour.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 quelques id\u00e9es sur la vie dans les manoirs du L\u00e9on \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la construction du ch\u00e2teau de Kerjean, surtout dans les manoirs les plus riches. Le mobilier de M\u00e9sarnou est \u00e0 peine imaginable et a pu \u00eatre estim\u00e9 \u00e0 plus de 7 millions de francs &#8230; Mais il faut bien dire que la grande majorit\u00e9 des nobles de la r\u00e9gion Vivaient oomme leurs paysans, en exploitant leur terre. Seules diff\u00e9rences : leur maison plus spacieuse, et quelques vieilles armes dans un coin pour pouvoir se pr\u00e9senter dans les \u00ab\u00a0montres\u00a0\u00bb &#8230;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec l&rsquo;aimable autorisation de Monsieur Jean-Yves Le Goff, auteur du texte qui suit. 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