{"id":2988,"date":"2020-05-11T18:31:00","date_gmt":"2020-05-11T16:31:00","guid":{"rendered":"https:\/\/plouguerneau.net\/?p=2988"},"modified":"2025-01-27T09:57:17","modified_gmt":"2025-01-27T08:57:17","slug":"les-epidemies-autrefois-a-plouguerneau","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/les-epidemies-autrefois-a-plouguerneau\/","title":{"rendered":"Les \u00e9pid\u00e9mies autrefois \u00e0 Plouguerneau"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-align: justify;\">Au XVIIIe si\u00e8cle, le L\u00e9on et la Bretagne sont touch\u00e9s par une s\u00e9rie d\u2019\u00e9pid\u00e9mies. Dans les ann\u00e9es 1770-80, les paroisses de Plouguerneau et de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h connaissent des \u00e9pisodes dramatiques tel celui que nous connaissons aujourd\u2019hui mais de natures diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Des \u00e9pid\u00e9mies d\u00e9sastreuses.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1643, Plouguerneau, comme d\u2019autres paroisses du L\u00e9on, est frapp\u00e9e par la peste. Les habitants y d\u00e9couvrent les affres de la terrible maladie et, mentalit\u00e9s de l\u2019\u00e9poque oblige, tentent, \u00e0 d\u00e9faut de mieux, de s\u2019en pr\u00e9venir en ayant recours \u00e0 l\u2019intercession de Dieu ou de ses saints.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Imaginative, la population institue trois processions votives \u00e0 trois moments diff\u00e9rents de l\u2019ann\u00e9e pour conjurer le mal. Elles suivaient des parcours diff\u00e9rents, ponctu\u00e9s de haltes aux chapelles, o\u00f9 on chantait les v\u00eapres et priait, avant le retour, banni\u00e8res en t\u00eate et petits saints brandis, vers l\u2019\u00e9glise du bourg. Aujourd\u2019hui, une seule procession perp\u00e9tue la tradition. Elle attire fid\u00e8les et touristes le 15 ao\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les petits saints (\u00e9glise de Plouguerneau).<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Les petits saints, en bois polychrome d\u2019une trentaine de centim\u00e8tres de hauteur, emmanch\u00e9s sur des hampes en bois, \u00e9taient 19, dont saint S\u00e9bastien, protecteur de la maladie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/plouguerneau.net\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/petitssaints.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1532\"\/><figcaption>Les petits saints, en bois polychrome<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Au XVIIIe si\u00e8cle, les \u00e9pid\u00e9mies de peste se sont taries, mais la toponymie garde les traces de ces moments douloureux. Ici et l\u00e0, on d\u00e9couvre&nbsp;: Sraed ar c\u2019horfou maro (le chemin des corps morts d\u00e9bouchant sans doute sur des fosses communes), Mez ou Park Al Lored (champ des pestif\u00e9r\u00e9s ou des l\u00e9preux), Kervaro (le village de la mort)\u2026 &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autres fl\u00e9aux vont s\u2019abattre sur le sol l\u00e9onard. Il faut dire que le L\u00e9on pr\u00e9sente une terre favorable \u00e0 leurs incursions : brassage des gens de mer en provenance de r\u00e9gions du royaume de France ou des pays m\u00e9ridionaux porteurs de maladies, le grand port de guerre de Brest, concentrant des milliers de soldats et marins d\u00e9barquant au retour d\u2019exp\u00e9ditions guerri\u00e8res, sans compter les mouvements de soldats et le logement chez l\u2019habitant, lors des conflits. A ces consid\u00e9rations s\u2019ajoutent les mauvaises conditions de vie et d\u2019hygi\u00e8ne des populations civiles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;En 1757, le typhus ou \u00ab mal de Brest \u00bb, apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e de troupes fran\u00e7aises du Canada, fait 10.000 morts \u00e0 Brest et dans ses environs. End\u00e9mique, il inaugurait tristement une s\u00e9rie d\u2019\u00e9pid\u00e9mies qui allait empoisonner la vie des L\u00e9onards.&nbsp;&nbsp; Dans les ann\u00e9es 1770 et 1780, les deux paroisses Plouguern\u00e9ennes subissent des \u00e9pid\u00e9mies r\u00e9p\u00e9titives. Plouguerneau, enregistre, en temps normal, 130 d\u00e9c\u00e8s par an (1747-1790), mais, de 1778 \u00e0 1790, 141 d\u00e9c\u00e8s par an. A Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, de 1748 \u00e0 1779, la moyenne de 6 d\u00e9c\u00e8s par an, atteint 18 de 1780 \u00e0 1790 (!)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Les paroisses endurent une surmortalit\u00e9 effrayante, en 1779 et 1781 surtout, \u00e0 l\u2019image de Plouguerneau (500 d\u00e9c\u00e8s pour ces deux ann\u00e9es) et une chute brutale de leurs populations. Soit une perte de 11,5% de sa population&nbsp;!&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le <strong>croquis<\/strong> suivant illustre les deux pics de mortalit\u00e9 qui touche la population plouguern\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/plouguerneau.net\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/1770-80.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/plouguerneau.net\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/1770-80-1024x680.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2995\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/plouguerneau.net\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/carte-\u00e9pid\u00e9mie-1.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/plouguerneau.net\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/carte-\u00e9pid\u00e9mie-1-1024x745.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3002\"\/><\/a><figcaption><br>La<strong> carte<\/strong> r\u00e9v\u00e8le la propagation de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de 1781 durant quatre mois (de juillet \u00e0 octobre. Le premier secteur touch\u00e9 se localise dans la partie occidentale du territoire paroissial puis gagne la partie m\u00e9ridionale, avant de s\u2019\u00e9tendre dans la p\u00e9riph\u00e9rie du bourg et&nbsp; dans celui-ci.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Le t\u00e9moignage de l\u2019Intendant de la Marine de Brest apporte un t\u00e9moignage riche d\u2019enseignements sur les \u00e9pid\u00e9mies de l\u2019\u00e9poque. En 1775-76&nbsp;: <em>\u00ab Les malades touch\u00e9s par la fi\u00e8vre \u00e9pid\u00e9mique pr\u00e9sentent les sympt\u00f4mes suivants : des frissons, des maux de c\u0153ur, des vomissements, des points douloureux \u00e0 la poitrine ou au ventre et dans les hypocondres ou flancs, un abattement g\u00e9n\u00e9ral, de sensibilit\u00e9 plus ou moins grande dans tous les membres, des sueurs colliquatives ou putrides, des \u00e9ruptions pourpreuses, des rougeurs au visage, des assoupissements, des d\u00e9lires, des maux de gorges souvent gangr\u00e9neux, des crachements de sang, des constipations opini\u00e2tres, des difficult\u00e9s d\u2019urine, une ardeur extr\u00eame \u00e0 la peau, une langue plus ou moins s\u00e8che, aride et br\u00fbl\u00e9e, des d\u00e9p\u00f4ts gangreneux aux fesses \u00bb.<\/em> Une telle litanie des maux que pr\u00e9sentent les malades t\u00e9moigne de souffrances physiques difficilement supportables.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes sans doute face \u00e0 une \u00e9pid\u00e9mie de typhus, mais celles de la typho\u00efde, de la dysenterie ou de la \u00ab&nbsp;tueuse&nbsp;\u00bb (la variole) sont \u00e9galement monnaie courante. Ces \u00e9pid\u00e9mies se d\u00e9roulent davantage en \u00e9t\u00e9 et en automne, saisons plus chaudes.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p> L\u2019Intendant poursuit&nbsp;: <em>\u00ab La maladie enl\u00e8ve beaucoup de monde au d\u00e9but de l\u2019invasion&nbsp;et qu\u2019elle persiste de 14 \u00e0 21 jours et l\u2019on meurt souvent entre le 5eme et le 7eme jour.\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Comment expliquer la propagation des \u00e9pid\u00e9mies&nbsp;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9pid\u00e9mies trouvent un terrain favorable au sein de populations d\u00e9favoris\u00e9es \u00e0 divers titres. La pauvret\u00e9 (410 mendiants en 1792), les d\u00e9ficiences physiques, li\u00e9es \u00e0 la consanguinit\u00e9, \u00e0 des accouchements d\u00e9licats, aux accidents de la vie aboutissent \u00e0 constituer des bataillons d\u2019individus rapidement en perdition face au mal. Ce d\u00e9labrement physique de la population est criant lors des visites m\u00e9dicales pour la conscription au d\u00e9but de la R\u00e9volution&nbsp;: 50% des jeunes Plouguern\u00e9ens, trop petits ou d\u00e9ficients physiques sont exempt\u00e9s !<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Les comportements et mentalit\u00e9s des Bas-Bretons n\u2019arrangeaient gu\u00e8re la situation \u00e9pid\u00e9mique. &nbsp;Les fameux gestes barri\u00e8res d\u2019aujourd\u2019hui \u00e9taient inconnus ou n\u00e9glig\u00e9s. Les morts, avant d\u2019\u00eatre ensevelis dans les cimeti\u00e8res, l\u2019\u00e9taient dans les \u00e9glises, ce qui amenait \u00e0 ouvrir le sol trop fr\u00e9quemment, et \u00e0 d\u00e9gager des exhalaisons insupportables des corps contamin\u00e9s. Quand le cimeti\u00e8re s\u2019imposa, avec r\u00e9ticences pour beaucoup, il devint lui-m\u00eame dangereux. Espace commun, on y enterre ses morts, mais on s\u2019y affaire pour diff\u00e9rents motifs (distractions, jeux, vente de produits). D\u2019autant que, les jours o\u00f9 le nombre de d\u00e9c\u00e8s est important, les fossoyeurs s\u2019empressent de les enterrer sommairement, ce dont profitent les chiens errants. On ajoutera la pratique dommageable mais courante de la veille du corps des d\u00e9funts. On prie, chante, se recueille mais le nombre de participants est important lesquels s\u2019attardent pour des libations nocturnes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autres comportements sont point\u00e9s du doigt&nbsp;: l\u2019absorption d\u2019eau de qualit\u00e9 m\u00e9diocre, au moment des gros travaux d\u2019\u00e9t\u00e9, l\u2019insalubrit\u00e9 des logements, la promiscuit\u00e9 des habitations, le d\u00e9faut d\u2019hygi\u00e8ne corporelle visible par la pr\u00e9sence fr\u00e9quente de poux, de la teigne, et surtout l\u2019absence de quarantaine des malades et de leurs objets contamin\u00e9s. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/plouguerneau.net\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/28-la-mort-du-tad-coz-1-1024x679.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2999\"\/><figcaption><br><strong>Photo&nbsp;:&nbsp; La mort du tad-coz<\/strong> (O. Perrin).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quelles sont les cons\u00e9quences pour la population<\/strong>&nbsp;?<\/h3>\n\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Des familles quasiment enti\u00e8res disparaissent. Paul Balcon et son \u00e9pouse Marie perdent en ao\u00fbt 1781, en l\u2019espace de quelques jours, quatre enfants avant que le p\u00e8re ne succombe \u00e9galement. Il ne subsiste au foyer que la veuve et Jean, \u00e2g\u00e9 de cinq ans. Cet exemple t\u00e9moigne de l\u2019impact de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie sur les plus jeunes&nbsp;: plus de 50% des victimes ont moins de 15 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Nous n\u2019avons pas de t\u00e9moignages sur l\u2019impact psychologique du d\u00e9c\u00e8s d\u2019un ou plusieurs membres des familles. M\u00eame si la mort \u00e0 l\u2019\u00e9poque est banale et s\u00fbrement mieux support\u00e9e qu\u2019aujourd\u2019hui, par des habitants, fatalistes, qui y voit le signe d\u2019une volont\u00e9 divine et qui n\u2019&nbsp; esp\u00e8rent gu\u00e8re de secours de la m\u00e9decine, les d\u00e9g\u00e2ts sur le mental des individus ne sont pas \u00e0 n\u00e9gliger. Le tableau de Louis Deveau exprime toute la d\u00e9tresse d\u2019un couple.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"676\" height=\"338\" src=\"https:\/\/plouguerneau.net\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/tableau-de-louis-duveau-1818-1867-la-peste-d-elliant_5098877_676x338p.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3018\"\/><figcaption>Tableau de Louis Duveau (1818-1867), \u00ab La Peste d\u2019Elliant \u00bb, 1849, huile sur toile, 154 x 267 cm, transfert de propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00c9tat au mus\u00e9e des beaux-arts de Quimper en 2013. (\u00a9 Mus\u00e9e des Beaux-Arts de Quimper)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re hagard titube, la m\u00e8re en folie, la poitrine en partie d\u00e9nud\u00e9e, tire, par des forces d\u00e9cupl\u00e9es, la charrette, et fixe le ciel vers Dieu qui l\u2019a abandonn\u00e9e. La famille a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9e et il est urgent d\u2019ensevelir les adolescents fauch\u00e9s par l\u2019Ankou.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 tout, la vie suit son cours dans les paroisses, et, de mani\u00e8re surprenante, les mariages (diff\u00e9r\u00e9s actuellement) et les bapt\u00eames\/naissances restent \u00e0 des niveaux quasi habituels, ce qui limite la casse d\u00e9mographique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une lutte d\u00e9risoire contre la mort.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Les autorit\u00e9s, comme de nos jours, se sont attel\u00e9es \u00e0 tenter de juguler les effets des \u00e9pid\u00e9mies. &nbsp;Un mouvement d\u2019\u00e9viction des s\u00e9pultures de l\u2019\u00e9glise vers le cimeti\u00e8re s\u2019engage&nbsp; sous la houlette du Parlement de Bretagne (en 1719) et du gouvernement royal (d\u00e9claration royale de 1776). Les r\u00e9ticences des Bas-Bretons, comme \u00e0 Kerlouan en 1776 o\u00f9 l\u2019odeur dans l\u2019\u00e9glise est telle que l\u2019on doit br\u00fbler r\u00e9sine et soufre, furent sanctionn\u00e9es par des amendes. <\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Le Parlement de Bretagne oblige d\u2019enterrer les d\u00e9funts dans des fosses suffisamment profondes de 6 pieds (2 m\u00e8tres). Un chirurgien, r\u00e9clam\u00e9, \u00e9lit domicile, en 1786, \u00e0 Lannilis. Il s\u2019occupe des malades lors des \u00e9pid\u00e9mies, des patients indigents, r\u00e9duit des fractures et proc\u00e8de aux accouchements des femmes en couche, avec, malgr\u00e9 tout, des taux de r\u00e9ussite assez m\u00e9diocres (1\/3 de d\u00e9c\u00e8s de b\u00e9b\u00e9s).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/plouguerneau.net\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/nomination-de-tilleux-1.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/plouguerneau.net\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/nomination-de-tilleux-1-1024x745.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3003\"\/><\/a><figcaption><br><strong>Acte de nomination du chirurgien Tilleux<\/strong> (ADF).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Mais les m\u00e9decins et chirurgiens sont peu nombreux et se localisent dans les petites villes environnantes (Lesneven et Lannilis). R\u00e9mun\u00e9r\u00e9s par les malades pour des sommes modulables selon leur degr\u00e9 de richesse, d\u2019une Livre Tournois \u00e0 quelques sous, ils ne s\u2019enrichissent gu\u00e8re. Durant la R\u00e9volution (de mars 1790 \u00e0 ao\u00fbt 1791), Tilleux s\u2019occupe de treize Plouguern\u00e9ens et \u00e0 ce titre, r\u00e9clame, au district de Lesneven, 303 L.T. pour ses honoraires, m\u00e9dicaments inclus. Le d\u00e9faut de paiement de leurs appointements pose probl\u00e8me. Le chirurgien Souffles de Lesneven, charg\u00e9 de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie d\u2019avril 1791 \u00e0 ao\u00fbt 1792, \u00e9value son travail \u00e0 1284 L.T. , somme r\u00e9clam\u00e9e, vainement, \u00e0 la ville de Lesneven, puis au d\u00e9partement. Dans un courrier, il d\u00e9voile toute son amertume et, sans revenus, ne peut honorer ses imp\u00f4ts. La profession ne semble gu\u00e8re garantir de confort financier au chirurgien <em>\u00ab travaillant pour \u00eatre utile et non pour le profit \u00bb<\/em>. Noble attitude de sa part qui n\u2019est pas sans rappeler le comportement exemplaire du corps m\u00e9dical en cette ann\u00e9e 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>En situation de crise aig\u00fce, les autorit\u00e9s, comme de nos jours, distribuent desconseils comme le pr\u00e9conise l\u2019Intendant de la Marine&nbsp;: <em>\u00ab Il faut intervenir en incitant les gens \u00e0 vomir.<\/em> <em>Les traitements seront assur\u00e9s par les pasteurs <\/em>(pr\u00eatres)<em>, des personnes charitables <\/em>(religieuses, notables)<em> et un peu plus intelligentes et, si possible, par des chirurgiens. Des paquets de m\u00e9dicaments <\/em>(les fameuses bo\u00eetes d\u2019Helv\u00e9tius qui font trop souvent d\u00e9faut&nbsp;!)<em> seront d\u00e9pos\u00e9s dans les presbyt\u00e8res&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p> Les traitements conseill\u00e9s s\u2019appuient sur les plantes (bette, l\u00e9gumes, sureau, lin \u2026)<em>, <\/em>le vinaigre, le miel, le &nbsp;beurre, le saindoux<em>.<\/em> La panoplie des th\u00e9rapeutiques est vari\u00e9e&nbsp;: <em>vomitifs <\/em>(de grains d\u2019\u00e9m\u00e9tique),<em> lavements<\/em> (contenant de l\u2019\u00e9molliente et du miel) en cas de constipation<em>, bains de pieds<\/em> <em>\u00e0 l\u2019eau chaude<\/em> pour les d\u00e9lires (aditionn\u00e9s d\u2019une limonade, de liqueur min\u00e9rale d\u2019hoffmann), se succ\u00e8dent<em>. <\/em>S\u2019y rajoutent&nbsp;les cataplasmes (d\u2019ail pil\u00e9, de ciboule, d\u2019oignon, de moutarde, de farine de seigle, de sel, de vinaigre) sur les jambes et les cuisses, les empl\u00e2tres (\u00e0 la nuque si d\u00e9lire, assoupissement, pouls in\u00e9gal), les tisanes (de fleur de sureau, de camphre), la saign\u00e9e et des gargarismes pour les maux de gorges gangr\u00e9neux (\u00e0 base de quinquina, de miel, de liqueur d\u2019hoffmann, d\u2019absinthe, de camomille, de vinaigre).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; Les traitements, en th\u00e9orie salutaires pour les malades, se compl\u00e8tent par la reprise d\u2019une alimentation normale : viande, potages, l\u00e9gumes, vin avec mod\u00e9ration, pour les&nbsp; fortun\u00e9s ; pain, soupe au beurre et \u00e0 l\u2019oseille, \u0153ufs frais, bouillies ferment\u00e9es, pour les&nbsp; pauvres. &nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les pr\u00e9jug\u00e9s du monde paysan envers un corps m\u00e9dical lointain et qu\u2019il faut r\u00e9mun\u00e9rer d\u00e9tournent de nombreux malades de ces hommes d\u00e9vou\u00e9s mais assez peu efficaces pour lutter contre la maladie.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Aussi beaucoup d\u2019habitants se tournent vers des pratiques empiriques (les louzou), les gu\u00e9risseurs, les saints locaux et les multiples fontaines de d\u00e9votion.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/plouguerneau.net\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/30-saint-Roch-\u00e9glise-du-Grouanech-1.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3000\"\/><figcaption><br><strong>Saint Roch (\u00e9glise du Grouanec<\/strong>) est invoqu\u00e9 lors des \u00e9pid\u00e9mies. En habits de p\u00e8lerin, il est accompagn\u00e9 d\u2019un chien qui lui apporte chaque matin du pain et de l\u2019ange qui le gu\u00e9rit de la peste.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les \u00e9pisodes \u00e9pid\u00e9miques au XVIIIe si\u00e8cle, se d\u00e9couvrent de mani\u00e8re indirectes (registres des s\u00e9pultures tenus par le clerg\u00e9, rares t\u00e9moignages de contemporains, \u0153uvres artistiques. Il nous manque cruellement le ressenti des populations face \u00e0 leurs drames v\u00e9cus. On en est r\u00e9duit \u00e0 des suppositions sur les mani\u00e8res dont elles supportent les fl\u00e9aux (d\u00e9sespoir, fatalisme, recours \u00e0 la religion et aux pr\u00eatres). Aujourd\u2019hui, dans un monde surm\u00e9diatis\u00e9 nous suivons quotidiennement l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, nous sommes abreuv\u00e9s de t\u00e9moignages de parents d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, de malades gu\u00e9ris, de m\u00e9decins, d\u2019experts de tout poil qui nous rassurent ou nous angoissent.<\/p>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des \u00e9pid\u00e9mies d\u00e9sastreuses. Les petits saints (\u00e9glise de Plouguerneau). Le croquis suivant illustre les deux pics de mortalit\u00e9 qui touche la population plouguern\u00e9enne. 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