{"id":411,"date":"2011-11-01T16:20:47","date_gmt":"2011-11-01T15:20:47","guid":{"rendered":"https:\/\/plouguerneau.net\/laffaire-du-neptune-1792\/"},"modified":"2011-11-01T16:20:47","modified_gmt":"2011-11-01T15:20:47","slug":"laffaire-du-neptune-1792","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/laffaire-du-neptune-1792\/","title":{"rendered":"L&rsquo;affaire du Neptune &#8211; 1792"},"content":{"rendered":"<div align=\"justify\">\n<div align=\"center\"><b><span style=\"color: blue;\"><span style=\"font-size: medium;\">L\u2019AFFAIRE DU <b><i>Neptune<\/i><\/b>, janvier-avril 1792.<\/span><\/p>\n<p><i>Jean-Pierre Hirrien<\/i><\/p>\n<p><\/span><\/b><\/div>\n<p>Janvier 1792\u00a0: Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, terre des Paganiz*.<\/p>\n<p>L\u2019hiver s\u2019est install\u00e9 sur Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h. Les temp\u00eates se succ\u00e8dent \u00e0 des rythmes in\u00e9gal\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Depuis plusieurs jours les nuages gris et bas am\u00e8nent des pluies incessantes auxquelles se m\u00ealent des vents rageurs et changeants. Les habitants de la petite commune de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h (1) se calfeutrent dans leurs chaumi\u00e8res qui peuplent la dune et la campagne voisine.<br \/>\nPourtant, en ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e 1792, Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h va conna\u00eetre un \u00e9v\u00e9nement d\u2019une ampleur telle qu\u2019une partie du L\u00e9on en sera perturb\u00e9e durant plusieurs mois.<\/p>\n<p>La vie sur cette portion du littoral l\u00e9onard est loin d\u2019\u00eatre une sin\u00e9cure. La nature ne m\u00e9nage pas les Paganiz, que l\u2019on peut apercevoir maniant la houe ou la charrue dans leurs lopins de terre. Car cette terre est bien ingrate\u00a0: trop souvent sableuse, on l\u2019amende avec le go\u00e9mon r\u00e9colt\u00e9 sur les gr\u00e8ves voisines. Du sable\u00a0! Il y en a partout\u00a0! Les habitants ont du subir, comme plusieurs paroisses du littoral l\u00e9onard, les assauts de ses blondes \u00e9tendues marines qui envahissent progressivement au d\u00e9but du XVIII\u00e8 si\u00e8cle les deux-tiers de la paroisse. Mais en 1726, le fl\u00e9au atteint son paroxysme\u00a0: le site d\u2019Iliz Koz o\u00f9 se trouve l\u2019\u00e9glise paroissiale dispara\u00eet sous des tonnes de sable.<br \/>\nLes ann\u00e9es s\u2019\u00e9coulent lentement, toujours au m\u00eame rythme\u00a0: celui des labours, des semailles, des r\u00e9coltes, des battages. Parfois, les habitants compl\u00e8tent leurs ressources par la cueillette des coquillages et crustac\u00e9s, la p\u00eache en mer et plus rarement par le petit cabotage gr\u00e2ce aux havres du Korejou et de Porz Malo.<br \/>\nL\u2019hiver, la mer, parsem\u00e9e d\u2019\u00e9cueils en tous genres, se d\u00e9cha\u00eene r\u00e9guli\u00e8rement. Le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1792 n\u2019avait pas d\u00e9rog\u00e9 \u00e0 la r\u00e8gle\u00a0: la temp\u00eate durait depuis plusieurs jours.<br \/>\nAlors, les habitants du littoral redoublent d\u2019attention car il n\u2019est pas rare de voir un caboteur ou un gros cul* se fracasser sur la c\u00f4te toute proche. Elle leur apporte l\u2019ed ar mor ou moisson de la mer, qui redonne quelques espoirs aux habitants de vivre un peu moins mal.<br \/>\nCe n\u2019est pas un hasard si le pens\u00e9* se d\u00e9pose sur les gr\u00e8ves, mais la volont\u00e9 de Dieu.<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Mais que s\u2019est-il donc pass\u00e9 \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h\u00a0? <\/span><\/b><\/p>\n<p>Dans la nuit du 22 au 23 janvier 1792, un navire anglais, le <b><i>Neptune<\/i><\/b>, non pas de la Compagnie des Indes anglaises, comme l\u2019a cru (2), mais un navire marchand, s\u2019\u00e9choue sur la gr\u00e8ve de <i>\u00ab\u00a0Grand Guennoc\u00a0\u00bb<\/i> ou <i>\u00ab\u00a0Grankedoc\u00a0\u00bb<\/i> (la gr\u00e8ve o\u00f9 il y a des crabes). Le moment de l\u2019ann\u00e9e n\u2019\u00e9tonne pas, outre mesure, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019essentiel des naufrages en L\u00e9on, se situe entre novembre et mars, p\u00e9riode des temp\u00eates.<br \/>\nComme le note Jean Page, capitaine de navire marchand \u00e0 Plouguerneau, <i>\u00ab\u00a0la c\u00f4te est isol\u00e9e, d\u00e9serte, situ\u00e9e \u00e0 l\u2019ouverture de la Manche &amp; expos\u00e9e sans cesse \u00e0 des mers affreuses, surtout en hyver\u00a0\u00bb<\/i><br \/>\nSelon la d\u00e9claration du 27 janvier de son capitaine Stephan Baker, au greffe de l\u2019Amiraut\u00e9 de Roscoff, le <b><i>Neptune<\/i><\/b> jauge 218 tonneaux.<\/p>\n<div align=\"center\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" title=\"Pilleurs de mer (O. Penguilly-L'Haridon, 1811-1872)\" src=\"https:\/\/appriou.bzh\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/jphirrien_neptune_penguillylharidon.jpg\" width=\"450\" height=\"284\" \/><br \/>\n<span style=\"font-size: xx-small;\"><i>Pilleurs de mer (O. Penguilly-L&rsquo;Haridon, 1811-1872)<\/i><\/span><\/div>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Une cargaison de r\u00eave.<\/span><\/b><\/p>\n<p>Les cales du <b><i>Neptune<\/i><\/b> contiennent <i>\u00ab\u00a0du fer en planche, des draps mouchet\u00e9s, des balles d\u2019\u00e9tamine, des saumons de plomb, des couteaux en corne marbr\u00e9e\u2026\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nBref, la cargaison, mirifique, \u00e9valu\u00e9e ainsi que le navire \u00e0 1,8 millions de livres, se compose essentiellement de textiles (coupons de tissus, draps, flanelle, toiles en coton, calemande, du lin), comme l\u2019attestent les proc\u00e8s-verbaux des hommes de loi qui \u00e9voquent des \u00e9toffes inconnues par les receleurs mais aussi par les acheteurs, de quincailleries (couteaux souvent pliants, ciseaux, limes, rasoirs), de fer blanc (en feuilles, en planches) sans n\u00e9gliger la vaisselle\u00a0: assiettes, soucoupes, tasses, soupi\u00e8re (dans quelles proportions\u00a0? un inventaire recense <i>\u00ab\u00a031 paniers de fa\u00efence\u00a0\u00bb<\/i>). Une partie de la vaisselle peut provenir \u00e9galement de la cabine du capitaine pour la vaisselle de Chine, les fourchettes et certains couteaux.<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Un choc pour un naufrage<\/span><\/b><\/p>\n<p>Le capitaine Baker nous \u00e9claire sur les conditions du drame. Il quitte Hull le 17 janvier. Il doit rejoindre Nice et l\u2019Italie (G\u00eanes et Livourne)<br \/>\nLe 18, il se trouve en Manche et rencontre des vents forts, une mer grosse et de la brume. Soumis \u00e0 des vents changeants, Baker estime, le 22, \u00eatre <i>\u00ab\u00a0vis-\u00e0-vis d\u2019Ouessant\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nLe navire ne progresse gu\u00e8re. <i>\u00ab\u00a0Ce soir, vers 7 heures le temps est tr\u00e8s sombre, brumeux, le navire se trouve \u00eatre entour\u00e9 de tous les c\u00f4t\u00e9s\u00a0\u00bb<\/i>. Baker a saisi le danger. Il essaye de tirer des <i>\u00ab\u00a0bord\u00e9es\u00a0\u00bb<\/i> pour se d\u00e9gager. Mais vers 20 heures, le <b><i>Neptune<\/i><\/b> touche avec violence une roche.<br \/>\nLa situation \u00e0 bord est d\u00e9licate, voire d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e\u00a0: <i>\u00ab\u00a0il faut se r\u00e9soudre \u00e0 abandonner le navire\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nDans de telles conditions, il n\u2019y a plus de choix possible. Le capitaine et l\u2019\u00e9quipage d\u00e9cident d\u2019embarquer dans un canot et s\u2019\u00e9loignent rapidement \u00e0 la rame des lieux du naufrage. Ils ne se dirigent pas vers la c\u00f4te voisine mais vers le large. Sont-ils perdus dans la brume\u00a0? Pr\u00e9f\u00e8rent-ils quitter une zone ultra dangereuse\u00a0? Toujours est-il que le temps a du \u00eatre long car ils rament quatorze heures avant de d\u00e9barquer \u00e0 Roscoff\u00a0! L\u2019\u00e9quipage est ext\u00e9nu\u00e9. Baker semble d\u00e9sorient\u00e9\u00a0: il d\u00e9clare ne savoir o\u00f9 se trouve son navire et para\u00eet embarrass\u00e9 de ne pas disposer d\u2019un interpr\u00e8te. C\u2019est certainement pour aplanir le probl\u00e8me linguistique qu\u2019on lui recommande le n\u00e9gociant anglais Mac Culloch, install\u00e9 \u00e0 Roscoff.<br \/>\nBaker est un opini\u00e2tre. D\u00e8s le lendemain, il engage un \u00e9quipage et loue un bateau de p\u00eacheur. Accompagn\u00e9 de trois marins anglais, il part \u00e0 la recherche de son bateau, sans r\u00e9sultat. Le 24 janvier, il r\u00e9cidive, cette fois appuy\u00e9 par son second Maxwell, le sieur Stalard, commis, monsieur Mac Culloch, et un guide de Plouescat. Chemin faisant, ils interrogent les marins rencontr\u00e9s et apprennent qu\u2019un navire s\u2019est ab\u00eem\u00e9 \u00e0 quelques lieues, pr\u00e8s de Plouguerneau. Ils arrivent effectivement sur les lieux du naufrage o\u00f9 ils <i>\u00ab\u00a0d\u00e9couvrent le navire en possession des gens du pays\u00a0\u00bb<\/i>. Il est facile d\u2019imaginer la stup\u00e9faction de Baker et de ses compagnons face \u00e0 un tel spectacle\u00a0!<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Le jour se l\u00e8ve sur Granquennoc<\/span><\/b><\/p>\n<p>Le 23 janvier, le jour se l\u00e8ve lentement, quand, vers les 8 heures du matin le lieutenant Olivier Baron et quatre pr\u00e9pos\u00e9s des douanes nationales* bas\u00e9s au Korejou, se rendent sur la plage o\u00f9 la mer a conduit le <b><i>Neptune<\/i><\/b>. La nouvelle a couru rapidement. En effet, ils sont bient\u00f4t rejoints par le maire de Plouguerneau, Jean-Ren\u00e9 Abjean, celui de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, Vincent Le Borgne, le juge de paix du canton, Yves Cabon, son greffier, Gabriel Breton, les assesseurs du juge, les procureurs des deux communes, et les officiers municipaux de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h. La pr\u00e9sence de tous ces \u00e9lus t\u00e9moigne de l\u2019importance de la situation.<br \/>\nIl y a, d\u00e9j\u00e0, foule sur la gr\u00e8ve et d\u2019autres individus ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 les officiels et les administratifs. La diffusion de l\u2019\u00e9v\u00e8nement a du \u00eatre massive.<br \/>\nVoici ce que relatent les autorit\u00e9s\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0Nous nous sommes occup\u00e9s \u00e0 repousser une multitude de personnes abondantes sur le rivage \u00e0 emp\u00eacher la spoliation des effets, des marchandises composant la cargaison du dit b\u00e2timent\u00a0\u00bb.<\/i><br \/>\nLe bouche \u00e0 oreille fonctionne admirablement. D\u2019ailleurs, les t\u00e9moins questionn\u00e9s par les autorit\u00e9s affirment \u00eatre sur les lieux du bris parce qu\u2019ils ont <i>\u00ab\u00a0appris que\u00a0\u00bb,<\/i> ou encore <i>\u00ab entendu dire que\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nPourtant, le naufrage est, somme toute, un \u00e9v\u00e8nement assez banal pour les contemporains, habitu\u00e9s \u00e0 suivre les affres des petits caboteurs venant r\u00e9guli\u00e8rement se fracasser sur la c\u00f4te. Mais cette fois la navire est d\u2019une autre facture\u00a0: le <b><i>Neptune<\/i><\/b>, lui, selon les acteurs du pillage appara\u00eet <i>\u00ab\u00a0grand et beau\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nLa venue du <b><i>Neptune<\/i><\/b> repr\u00e9sente une v\u00e9ritable aubaine pour les saltins* et laisse envisager de larges possibilit\u00e9s de pillage. Chacun peut esp\u00e9rer tirer profit d\u2019un tel bateau en s\u2019attaquant au bois, qui fait cruellement d\u00e9faut dans le pays, aux diverses ferrailles, aux voiles, aux cordages, aux v\u00eatements, et bien entendu \u00e0 la cargaison dont on s\u2019interroge f\u00e9brilement sur son contenu.<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Comment couvrir un naufrage\u00a0?<\/span><\/b><\/p>\n<p>Les \u00e9lus et administratifs prennent la direction du b\u00e2timent \u00e9chou\u00e9 et montent \u00e0 bord. Il est 9- 10 heures du matin. Apr\u00e8s avoir visit\u00e9 le navire, ils constatent que le capitaine et l\u2019\u00e9quipage font d\u00e9faut, mais \u00e9galement que <i>\u00ab\u00a0les chambres ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9grad\u00e9es &amp; pill\u00e9es, toutes les armoires, coffres, tiroirs forc\u00e9s, vid\u00e9s, le tout bris\u00e9, tous les lits vid\u00e9s\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nLes premi\u00e8res constatations faites, les autorit\u00e9s vont s\u2019atteler \u00e0 \u00e9valuer les d\u00e9g\u00e2ts et \u00e0 agir pour tenter de sauver ce qui peut l\u2019\u00eatre. La couverture du naufrage est du ressort du juge de paix, mais les autres rouages municipaux doivent, dans la situation pr\u00e9sente, lui apporter leur concours. De plus, on le verra un peu plus loin, il en va de la sant\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie locale\u00a0!<br \/>\nLes notables r\u00e9quisitionnent, comme le veut la loi, des man\u0153uvres, des charrettes et un magasin situ\u00e9 \u00e0 Kergoff, afin de pr\u00e9server la cargaison du <b><i>Neptune<\/i><\/b> et de mettre \u00e0 l\u2019abri les marchandises r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es. Onze lourds attelages, accompagn\u00e9s de gardes, s\u2019\u00e9gr\u00e8nent sur les dunes et les chemins boueux en direction du hameau voisin. On entrepose chez Jean-Marie Melguen <i>\u00ab\u00a020 caisses dont on ignore le contenu, 30 paniers de fayance, 22 flammons (barres) de plomb, 2 caisses de fer blanc\u00a0\u00bb<\/i>. Sans doute, les sauveteurs d\u00e9siraient-ils sauvegarder une partie de la cargaison, mais \u00e9galement all\u00e9ger le navire.<br \/>\nLe pauvre <b><i>Neptune<\/i><\/b> <i>\u00ab est en enti\u00e8re perdition. Nous avons recouru de le tr\u00e9ner sur le sable. Comme le seul exp\u00e9dient actuel, \u00e0 force de peine et de fatigue nous y sommes parvenus environ des cinq heures du soir, apr\u00e8s avoir d\u00e9verqu\u00e9 les voiles &amp; d\u00e9greyer le b\u00e2timent, de l\u2019avis &amp; \u00e0 l\u2019aide de Jean Page, capitaine de barque &amp; sindic des bureaux des classes de la marine\u00a0\u00bb<\/i>. L\u2019op\u00e9ration est surprenante et a du n\u00e9cessiter des moyens consid\u00e9rables en hommes et animaux, \u00e0 moins que l\u2019on ait appel\u00e9 \u00e0 la rescousse des bateaux et que le travail se soit r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 mar\u00e9e haute et non basse\u00a0(?). Car plus tard, vers 22 heures, on est en <i>\u00ab\u00a0basse mer\u00a0\u00bb<\/i>. Le fait d\u2019\u00f4ter les voiles, les m\u00e2ts n\u2019\u00e9tonne pas\u00a0: il s\u2019agit d\u2019\u00e9viter que le navire ne reprenne la mer, seul\u00a0!<br \/>\nLe <b><i>Neptune<\/i><\/b> est au plus mal : d\u00e9pourvu de gouvernail, coque perc\u00e9e en plusieurs endroits, il fait eau de partout et surtout<i> \u00ab\u00a0il continue \u00e0 s\u2019ouvrir\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nLa journ\u00e9e a \u00e9t\u00e9 bien longue pour tout ce joli monde. On se retire de <i>\u00ab\u00a0la chambre du b\u00e2timent entre 11 heures et minuit\u00a0\u00bb<\/i>, non sans avoir mis en place une garde pour la nuit et pour celle du 24 au 25 janvier. Elle est confi\u00e9e \u00e0 quatre douaniers<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">L\u2019\u00e9conomie locale et les bris\u00a0: les salaires des riverains r\u00e9quisitionn\u00e9s durant la R\u00e9volution pour le sauvetage des navires naufrag\u00e9s.<\/span><\/b><br \/>\nLorsque les autorit\u00e9s r\u00e9quisitionnent charrettes, bateaux, main<br \/>\nd\u2018\u0153uvre et magasins, des r\u00e9mun\u00e9rations sont pr\u00e9vues pour d\u00e9dommager tout individu impliqu\u00e9 dans l\u2019op\u00e9ration.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><span style=\"font-size: small;\">Travail des man\u0153uvres (hommes)<\/span><\/td>\n<td><span style=\"font-size: small;\">:<\/span><\/td>\n<td><span style=\"font-size: small;\">2 francs par jour<\/span><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><span style=\"font-size: small;\">Travail des man\u0153uvres (femmes)<\/span><\/td>\n<td><span style=\"font-size: small;\">:<\/span><\/td>\n<td><span style=\"font-size: small;\">1 fr 25 centimes<\/span><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><span style=\"font-size: small;\">Travail des man\u0153uvres (enfants)<\/span><\/td>\n<td><span style=\"font-size: small;\">:<\/span><\/td>\n<td><span style=\"font-size: small;\">75 cts<\/span><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><span style=\"font-size: small;\">Garde des marchandises<\/span><\/td>\n<td><span style=\"font-size: small;\">:<\/span><\/td>\n<td><span style=\"font-size: small;\">1 fr 50 cts<\/span><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><span style=\"font-size: small;\">Charroi<\/span><\/td>\n<td><span style=\"font-size: small;\">:<\/span><\/td>\n<td><span style=\"font-size: small;\">3 frs 10 cts<\/span><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><span style=\"font-size: small;\">R\u00e9mun\u00e9ration du juge de paix<\/span><\/td>\n<td><span style=\"font-size: small;\">:<\/span><\/td>\n<td><span style=\"font-size: small;\">12 frs<\/span><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><span style=\"font-size: small;\">R\u00e9mun\u00e9ration du greffier<\/span><\/td>\n<td><span style=\"font-size: small;\">:<\/span><\/td>\n<td><span style=\"font-size: small;\">8 frs<\/span><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>La r\u00e9quisition des riverains est loin d\u2019\u00eatre n\u00e9gligeable en terme de revenus pour des populations souvent d\u00e9s\u0153uvr\u00e9es en hiver. Les naufrages ont lieu essentiellement lors des mes du (les mois noirs) et une famille proposant les services du p\u00e8re, de la m\u00e8re et de quelques enfants peut se faire un petit p\u00e9cule, toujours le bienvenu, et plus si le travail dure plusieurs jours. Les officiels sont largement gagnants par des \u00e9moluments attractifs.<br \/>\nIl n\u2019est pas rare, en cas d\u2019absence des consignataires, du capitaine du navire ou du propri\u00e9taire, que le sauvetage s\u2019\u00e9ternise afin d\u2019arrondir le total vers\u00e9 \u00e0 chacun des participants. Lorsque le navire est en piteux \u00e9tat et quasiment irr\u00e9cup\u00e9rable, les marchandises p\u00e9rissables ou g\u00e2t\u00e9es, les d\u00e9bris divers du bateau sont vendus aux ench\u00e8res ce qui permet le paiement des intervenants. Les petits malins du coin, qui en ont les moyens, et les autres sp\u00e9culateurs des bourgades voisine ou m\u00eame plus lointaines, avertis par affiches, se frottent les mains devant les bonnes affaires \u00e0 r\u00e9aliser. Le solde revient au propri\u00e9taire ou \u00e0 ses repr\u00e9sentants.<br \/>\nLes objets non r\u00e9clam\u00e9s par leur propri\u00e9taire, conserv\u00e9s un an et un jour, se partagent entre l\u2019Etat et \u00e9ventuellement les inventeurs (ou sauveteurs).<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Une meute de pillards s\u2019acharne sur le <b><i>Neptune<\/i><\/b><\/span><\/b><\/p>\n<p>Le <b>24 janvier<\/b>, on l\u2019a vu, le capitaine Baker \u00e9tait venu se rendre compte de l\u2019\u00e9tat du <b><i>Neptune<\/i><\/b>. Les nouvelles sont catastrophiques pour lui. Outre le fait que son b\u00e2timent soit <i>\u00ab fort endommag\u00e9, avec un trou devant, le gouvernail perdu\u00a0\u00bb<\/i>, il d\u00e9plore, malgr\u00e9 les<br \/>\ngardes arm\u00e9s, le pillage des marchandises et du <i>\u00ab\u00a0grayement\u00a0\u00bb<\/i>. Ce qui signifie que les pillards ne rel\u00e2chent pas leur \u00e9treinte sur le bateau. Baker retourne \u00e0 Roscoff, non sans avoir laiss\u00e9 sur place le sieur Stalard, pour d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>Le <b>25 janvier<\/b>, la pr\u00e9dation se poursuit. <i>\u00ab\u00a0Un grand ballot, une caisse charg\u00e9s sur une charrette\u00a0\u00bb<\/i> disparaissent. Le sang du juge de paix ne fait qu\u2019un tour\u00a0: cong\u00e9diant tous les charretiers, il rameute les officiers municipaux et notables de la <i>\u00ab\u00a0paroisse\u00a0\u00bb<\/i> de Plouguerneau et mobilise 80 fusiliers de la m\u00eame commune auquel il adjoint 20 hommes de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h. L\u2019ensemble de ces secours arrive pr\u00e8s du <b><i>Neptune<\/i><\/b> dans l\u2019apr\u00e8s-midi. Le b\u00e2timent est encercl\u00e9 par les hommes requis et quelques marchandises sont saisies.<br \/>\nPendant ce temps, dans le magasin de Kergoff, Jean-Marie Melguen et Ren\u00e9 Cabon ne devaient gu\u00e8re \u00eatre perturb\u00e9s par la tournure f\u00e2cheuse que prenaient les \u00e9v\u00e8nements \u00e0 Granquennoc.<br \/>\nN\u00e9anmoins, le m\u00eame soir, entre 22h30 et 23 heures, les deux hommes entendent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du magasin de Kergoff un tumulte inqui\u00e9tant. Une sourde rumeur, des cris, la porte qui vole en \u00e9clats. Les deux hommes \u00e9teignent pr\u00e9cipitamment les lumi\u00e8res et se cachent dans un recoin. Ils signaleront au juge de paix que <i>\u00ab\u00a0les pillards les ont menac\u00e9\u00a0\u00bb<\/i> et que <i>\u00ab\u00a0malgr\u00e9 leurs efforts un attroupement d\u2019individus en fureur, hommes, femmes ou filles confondus au nombre de 120, attaquent le magasin, apr\u00e8s avoir d\u00e9mont\u00e9 la porte au moyen de leviers et pillent\u00a0\u00bb<\/i>. La multitude d\u2019assaillants, face aux deux <i>\u00ab\u00a0courageux\u00a0\u00bb<\/i> Plouguern\u00e9ens ne permettait pas \u00e0 ces derniers de jouer les h\u00e9ros. Les pillards se d\u00e9cha\u00eenent et s\u2019emparent <i>\u00ab\u00a0de cinq caisses, un ballot, trois paniers de fayence, quatre \u00e0 moiti\u00e9\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nLe magasin de Kergoff avait montr\u00e9 ses limites en mati\u00e8re s\u00e9curitaire face \u00e0 des riverains incontr\u00f4lables que rien ne rebutait. Dans de telles conditions, douze hommes sont d\u00e9p\u00each\u00e9s \u00e0 Kergoff, afin de soutenir Melguen. Mais surtout les officiels envisagent s\u00e9rieusement de substituer le magasin de Kergoff par le presbyt\u00e8re de Plouguerneau.<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Des autorit\u00e9s compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9es\u00a0: <i><i>\u00ab\u00a0Le navire est aux brigands\u00a0!\u00a0\u00bb<\/i><\/i><\/span><\/b><\/p>\n<p>Le bilan des trois jours pass\u00e9s est affligeant pour le capitaine Baker, l\u2019armateur et les autorit\u00e9s locales compl\u00e8tement d\u00e9bord\u00e9es par la tournure des \u00e9v\u00e8nements. <i>\u00ab\u00a0En trois jours et trois nuits l\u2019essentiel a \u00e9t\u00e9 pill\u00e9\u00a0\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>Le <b>26 janvier au matin<\/b>, <i>\u00ab\u00a0neuf barreaux et neuf caisses\u00a0\u00bb<\/i> sont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es sur le <b><i>Neptune<\/i><\/b> et conduits, sous escorte de\u00a0fusiliers, au presbyt\u00e8re de Plouguerneau. L\u2019apr\u00e8s-midi dix-huit autres caisses sont sauv\u00e9es de la cupidit\u00e9 des pillards <i>\u00ab\u00a0Armoricains\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nPourtant, cette journ\u00e9e allait \u00eatre celle de tous les dangers et de toutes les surprises. Le retour des autorit\u00e9s sur les lieux du naufrage, va tourner pour elles au cauchemar.<br \/>\nPourquoi cela\u00a0? Les <i>\u00ab\u00a0brigands\u00a0\u00bb<\/i> et les curieux sont tr\u00e8s nombreux\u00a0sur la gr\u00e8ve : plusieurs centaines, voire des milliers. Un proc\u00e8s-verbal relate <i>\u00abqu\u2019ils venaient de toutes les paroisses voisines, ils accouraient en bandes. Le nombre grossissait continuellement. Ils ne respectaient rien, ils d\u00e9vastaient, emportaient tout. Depuis longtemps, il se commet de pareils ravages et on n\u2019y apporte pas de rem\u00e8des\u00a0\u00bb<\/i>. En fait, des centaines de riverains de Kerlouan, de Guiss\u00e9ny, de Ploun\u00e9our-Trez et des communes voisines occupent la plage ce jour l\u00e0.<br \/>\nL\u2019avantage du nombre ainsi que l\u2019habitude de la violence donnent des ailes \u00e0 certains.<br \/>\nHommes et femmes pr\u00e9sents sur les lieux sont peu impressionnables et vont manoeuvrer comme de v\u00e9ritables \u00e9meutiers, <i>\u00ab\u00a0semblables \u00e0 des lions furieux\u00a0\u00bb<\/i>. D\u2019abord, <i>\u00ab\u00a0l\u2019ennemi\u00a0\u00bb<\/i> est encercl\u00e9 car si l\u2019on suit le juge de paix\u00a0: <i>\u00ab\u00a0une grande affluence du peuple nous environne, malgr\u00e9 nos efforts\u00a0\u00bb<\/i>. Puis, la populace prend ombrage du d\u00e9part des charrettes, charg\u00e9es d\u2019objets et de marchandises, de la gr\u00e8ve. Alors, <i>\u00ab\u00a0les pillards ont arr\u00eat\u00e9 les charrettes &amp; cheveaux, coup\u00e9 leurs attelages, pill\u00e9 les voitures, t\u00e9rac\u00e9 tout, \u00e0 coup de battons qu\u2019\u00e0 coups de pierres\u00a0\u00bb<\/i>. Cependant, une charrette r\u00e9ussit \u00e0 d\u00e9poser trois ballots de marchandises chez le juge de paix en empruntant des petits ribins* et des chemins discrets.<br \/>\nLes 60 hommes mis sur pied par la municipalit\u00e9 pour apporter le calme ne suffisent manifestement pas \u00e0 apaiser les saltins. <i>\u00ab\u00a0On pille continuellement, ils sont entre la vie et la mort\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nPeu \u00e0 peu, les menaces, les cris, <i>\u00ab\u00a0en langue bretonne\u00a0\u00bb<\/i>, les gesticulations belliqueuses se transforment en jets de pierres et brutalit\u00e9s. G. Breton, le greffier du juge de paix et le maire de Plouguerneau, Abjean, sont agress\u00e9s physiquement. Le premier est ross\u00e9 par les pilleurs et l\u2019intervention du maire de Plouguerneau, aid\u00e9 de quelques notables qui viennent \u00e0 la rescousse, lui \u00e9vite de conna\u00eetre un sort plus f\u00e2cheux. Mais, <i>\u00ab\u00a0entre la vie et la mort, couch\u00e9 sur le sable\u00a0\u00bb<\/i>, il y laisse sa redingote et son chapeau\u00a0! Le second, <i>\u00ab\u00a0recevait tant de coups de pierres qu\u2019il se trouvait dans un \u00e9tat prochain de perdre la vie\u00a0\u00bb<\/i>. Il ne doit son salut qu\u2019\u00e0 l\u2019assistance de son fr\u00e8re et d\u2019un charretier. Quant au procureur de la commune, Corolleur, <i>\u00ab\u00a0il fuit \u00e0 toutes jambes\u00a0\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>Le d\u00e9sarroi des autorit\u00e9s am\u00e8ne le maire de Plouguerneau \u00e0 contacter les administrateurs du district de Lesneven. Mis au courant, ceux-ci et la municipalit\u00e9 de Lesneven l\u00e8vent 60 hommes de leur garde nationale*. Elle se met rapidement en route et arrive \u00e0 Plouguerneau dans la nuit du 26 au 27 janvier.<\/p>\n<p>Le <b>27 janvier<\/b>, la populace a repris ses aises sur les lieux du naufrage. Le pr\u00e9pos\u00e9 des douanes nationales au port du Korejou, Olivier Baron d\u00e9clare : <i>\u00ab\u00a0Il y a une grande affluence de peuple de diff\u00e9rentes paroisses\u00a0\u00bb<\/i>. Il \u00e9voque le chiffre impressionnant de 1500 personnes\u00a0!<br \/>\nLaconique et fataliste, Olivier Baron ajoute\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Ce jour\u00a0le navire est aux brigands\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nPourtant, vers les dix heures du matin, un cort\u00e8ge imposant d\u00e9bouche sur la gr\u00e8ve de Granquennoc. Les officiers municipaux de Plouguerneau et de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, les fusiliers des deux communes et surtout la garde nationale de Lesneven d\u00e9boulent de la dune et se dirigent vers le <b><i>Neptune<\/i><\/b>. Cela fait beaucoup de monde et la soldatesque devrait en imposer aux pilleurs. Et c\u2019est l\u00e0 que tout bascule\u00a0! Les forces de l\u2019ordre adoptent une attitude d\u00e9plorable et scandaleuse. Les opinions divergent sur les responsabilit\u00e9s.<br \/>\nLe commandant de la garde nationale Le Feuvre <i>\u00ab par sa fuite impr\u00e9vue\u00a0et quelques autres aussi l\u00e2ches que lui\u00a0\u00bb<\/i> selon les officiels du cru, <i>\u00ab\u00a0ranime la fureur des pillards\u00a0\u00bb<\/i> et entra\u00eene la d\u00e9bandade du reste de la garde, des officiers municipaux, des notables et des fusiliers <i>\u00ab\u00a0de peur de se voir \u00e9gorger\u00a0\u00bb<\/i>. Tout autre est le son de cloche de Le Feuvre\u00a0: il reproche aux officiers municipaux, aux fusiliers, au juge de paix de ne pas \u00eatre pr\u00e9sents lors de leur arriv\u00e9e, comme pr\u00e9vu, et l\u2019absence de soutien des forces locales. Cependant, courageusement le commandant fait front face aux centaines de pilleurs. Il divise ses troupes en deux groupes, l\u2019un sur les dunes et l\u2019autre sur <i>\u00ab\u00a0les hauteurs\u00a0\u00bb<\/i>. Il ne peut <i>\u00ab\u00a0publier la loi martiale, et essuie d\u2019une grande quantit\u00e9 d\u2019hommes, des coups de pierres, de b\u00e2tons, de fer, auxquels ils ripostent de la m\u00eame mani\u00e8re\u00a0\u00bb<\/i>. La peur et la <i>\u00ab\u00a0fatigue tant de nuit que de jour\u00a0\u00bb<\/i>, allusion \u00e0 leur arriv\u00e9e nocturne, les incitent \u00e0 un prudent repli strat\u00e9gique vers le bourg.<br \/>\nLa journ\u00e9e ne fut gu\u00e8re glorieuse pour personne, hormis les saltins toujours impunis.<br \/>\nPourtant deux lascars, Jean Tr\u00e9baol et Guillaume Jestin, transportant des paquets d\u2019\u00e9toffe et un paquet de lin, sont arr\u00eat\u00e9s tard dans la nuit. Il a fallu cinq jours pour proc\u00e9der aux premi\u00e8res captures de malfaiteurs. Que sont-ils devenus\u00a0? Nous n\u2019avons pas de trace de ces deux voleurs dans les archives.<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">La revanche des autorit\u00e9s<\/span><\/b><\/p>\n<p>Le 28 janvier trois correspondants du <b><i>Neptune<\/i><\/b> se manifestent. Messieurs Pies (ou Picq) et Mac Culloch accompagn\u00e9s de Louis-Michel Le Floc\u2019h d\u00e9fendent les int\u00e9r\u00eats du capitaine Baker et \u00e0 ce titre se d\u00e9placent sur les lieux du naufrage pour s\u2019assurer de la diligence des op\u00e9rations afin de sauver le navire, si cela est encore possible, et de mettre en lieu s\u00fbr la belle cargaison. En g\u00e9n\u00e9ral ces correspondants ou consignataires sont bas\u00e9s dans les ports d\u2019une certaine importance (en L\u00e9on\u00a0: Roscoff, Morlaix, Brest). Dans ce cas ils sont d\u2019origine anglaise pour les deux premiers nomm\u00e9s, mais demeurent \u00e0 Roscoff. Autrement, ils se recrutent parmi les Fran\u00e7ais. Ils sont le plus souvent issus du milieu maritime.<br \/>\nIls se pr\u00e9sentent aux autorit\u00e9s locales de Plouguerneau. Le maire, les officiers municipaux et le juge de paix Testard de Lesneven, accompagn\u00e9s de fusiliers, leur proposent de les guider vers le <b><i>Neptune<\/i><\/b>. La pr\u00e9sence de Testard para\u00eet incompr\u00e9hensible par le fait qu\u2019il op\u00e8re en dehors de sa juridiction. Ils demeureront plusieurs jours dans les parages et <i>\u00ab\u00a0sauvent ce qu\u2019ils ont pu\u00a0\u00bb<\/i>. Ce petit groupe n\u2019est pas seul \u00e0 cheminer vers Granquennoc. En effet le d\u00e9tachement de la garde nationale de Lesneven les suit, bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 laver l\u2019affront de la veille. Il est 11h30 du matin.<br \/>\nLe maire Abjean en t\u00eate de ce dr\u00f4le de cort\u00e8ge, deux drapeaux, l\u2019un rouge, l\u2019autre blanc, claquant au vent, tout ce beau monde se d\u00e9ploie alors\u00a0<i>\u00ab\u00a0sur les hauteurs\u00a0\u00bb<\/i> qui dominent la gr\u00e8ve, face aux pillards. On peut imaginer le caract\u00e8re solennel de l\u2019\u00e9v\u00e9nement et les r\u00e9actions d\u2019hostilit\u00e9s des hommes et des femmes se pressant autour du <b><i>Neptune<\/i><\/b>. Pass\u00e9s les premiers instants de surprise, le peuple des pilleurs, peu impressionn\u00e9, se rebiffe dans un tohu-bohu de gesticulations agressives, de menaces et invectives qui fusent de toutes parts vers le groupe symbolisant l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019entrave \u00e0 la pr\u00e9dation.<br \/>\nPourtant, <i>\u00ab\u00a0la loi martiale est promulgu\u00e9e aux approches du b\u00e2timent\u00a0\u00bb<\/i>. Les correspondants et Testard poursuivent \u00e0 cheval des pillards qui se d\u00e9barrassent de leurs charges sur le sable. Les soldats investissent la plage et montent sur l\u2019\u00e9pave. Testard, sabre \u00e0 la main, commande les op\u00e9rations et d\u00e9couvre <i>\u00ab\u00a0vingt-deux hommes de diff\u00e9rentes paroisses qui ont fait quelques r\u00e9sistances\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nEt c\u2019est l\u00e0 que l\u2019affaire tourne litt\u00e9ralement \u00e0 la bouffonnerie\u00a0: en effet le juge de paix se contente de prendre les noms de vingt des pilleurs et ordonne l\u2019arrestation de seulement quatre d\u2019entre eux. Sur les vingt individus recens\u00e9s, quatre sont de Ploun\u00e9our-Trez, treize de Kerlouan, deux de Land\u00e9da et un de Guiss\u00e9ny. Trois exercent la profession de domestiques. Trois s\u2019\u00e9chappent par\u00a0 <i>\u00ab\u00a0dessus le bord\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nLa faiblesse du nombre d\u2019individus saisis provient de l\u2019inqui\u00e9tude des autorit\u00e9s face \u00e0 la tournure possible des \u00e9v\u00e8nements. A ce moment les t\u00e9moins \u00e9voquent sur la gr\u00e8ve la pr\u00e9sence de 600 \u00e0 6000 individus\u00a0(!) et <i>\u00ab\u00a0le d\u00e9tachement n\u2019est pas assez consid\u00e9rable\u00a0\u00bb<\/i> pour s\u2019emparer des vingt-deux pillards surpris sur le <b><i>Neptune<\/i><\/b>. De plus, on craint <i>\u00ab\u00a0les difficult\u00e9s de la route &amp; les risques d\u2019\u00eatre attaqu\u00e9s par les associ\u00e9s de tous les malfaiteurs\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nSur la plage, <i>\u00ab\u00a0riches et pauvres, gens de la mer et de la terre, nobles, bourgeois, menu peuple, tous se c\u00f4toyaient sur le rivage pour participer \u00e0 la cur\u00e9e\u00a0\u00bb<\/i>. Cette multitude, \u00e9nerv\u00e9e, vocif\u00e9rante, utilisant violences verbale et gestuelle, a certainement contribu\u00e9 \u00e0 conforter le mythe des naufrageurs, d\u00e9signant les Paganiz comme des bandits organis\u00e9s en bandes, attirant par toute une s\u00e9rie de stratag\u00e8mes les navires d\u00e9sempar\u00e9s \u00e0 la c\u00f4te.<br \/>\nLe front de la d\u00e9linquance rassemble toutes les cat\u00e9gories sociales\u00a0: nobles mais aussi bourgeois et membres de l\u2019ex Tiers \u00e9tat. Faut-il y voir une indigence quasi g\u00e9n\u00e9rale m\u00eame chez ceux qui, \u00e0 priori, devraient \u00eatre mieux lotis et plus fortun\u00e9s\u00a0? A l\u2019\u00e9poque les petits hobereaux vivent avec difficult\u00e9s sur leurs terres et Plouguerneau compte de nombreux mendiants. Alors, la venue du <b><i>Neptune<\/i><\/b> est per\u00e7ue comme une v\u00e9ritable aubaine par les habitants du Pays Pagan.<\/p>\n<p>La journ\u00e9e du 28 a d\u00e9montr\u00e9 que les autorit\u00e9s commen\u00e7aient \u00e0 adopter une s\u00e9rie de mesures \u00e0 l\u2019encontre des maraudeurs. Laissant une garde de dix hommes pr\u00e8s de l\u2019\u00e9pave, les correspondants, les autorit\u00e9s officielles et les gardes nationaux conduisent \u00e0 Plouguerneau les quatre pilleurs arr\u00eat\u00e9s sur le <b><i>Neptune<\/i><\/b>. Il y a l\u00e0 Yves Castel, J. Fav\u00e9, J. Gac et J. Hily, quatre <i>\u00ab\u00a0d\u00e9linquants\u00a0\u00bb<\/i> bien penauds ne sachant pas exactement ce qui vient de leur tomber sur la t\u00eate. Ils ont, le plus simplement du monde, essay\u00e9 de profiter d\u2019un bris comme tout un chacun ou presque le fait sur la c\u00f4te, depuis des temps imm\u00e9moriaux, comme le p\u00e8re ou le grand-p\u00e8re.<br \/>\nEmprisonn\u00e9s chez l\u2019aubergiste Thomas, ils subissent la surveillance du Sieur Le Feuvre avant d\u2019\u00eatre transf\u00e9r\u00e9s, sous bonne escorte, dans un autre lieu. Ensuite, ils seront dirig\u00e9s vers la prison de Lesneven.<br \/>\nLa troupe cantonn\u00e9e \u00e0 Plouguerneau ne reste pas inactive et lance une s\u00e9rie de patrouilles dans les environs du bourg. Elles s\u2019av\u00e8rent couronn\u00e9es de succ\u00e8s. Quelques individus louches se glissent dans les mailles des filets des gardes nationaux ou des fusiliers. Comme ces deux hommes <i>\u00ab\u00a0charg\u00e9s d\u2019effets provenants du <b><i>Neptune<\/i><\/b>, cach\u00e9s dans un mulon de paille de bl\u00e9 noir, et conduits au corps de garde\u00a0\u00bb<\/i> (l\u2019auberge pr\u00e8s du presbyt\u00e8re), ou encore Yves Bod\u00e9nez et Claude Le Gloanec qui guident un cheval \u00e0 poil blanc &amp; noir sur lequel s\u2019empilent des paquets d\u2019\u00e9toffe, des coupons, des paquets de couteaux et de rasoirs. Toutes les marchandises sont confisqu\u00e9es et d\u00e9pos\u00e9es au presbyt\u00e8re, mais les quatre voleurs ne semblent gu\u00e8re inqui\u00e9t\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<p>Le <b>29 janvier <\/b>les quatre pilleurs arr\u00eat\u00e9s sur le <b><i>Neptune<\/i><\/b> et le cheval des comparses Bod\u00e9nez et Le Gloanec sont achemin\u00e9s \u00e0 Lesneven.<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Que faire du <b><i>Neptune<\/i><\/b> et des marchandises\u00a0?<\/span><\/b><\/p>\n<p><b>A partir du 29 janvier <\/b>rien de bien particulier ne se produit. L\u2019intervention de la force arm\u00e9e, les premi\u00e8res arrestations ont certainement calm\u00e9 les ardeurs des saltins. Mais sans doute n\u2019y a-t-il plus grand-chose \u00e0 piller sur l\u2019\u00e9pave.<br \/>\nLes autorit\u00e9s enclenchent la proc\u00e9dure habituelle en mati\u00e8re de couverture d\u2019un bris. Deux professionnels, Jean Page, capitaine de navire marchand et Ren\u00e9 Laurans, charpentier de mer, sollicit\u00e9s par le juge de paix pour donner leurs avis sur le <b><i>Neptune<\/i><\/b>, formulent un jugement est sans appel\u00a0: l\u2019\u00e9tat de <i>\u00ab\u00a0d\u00e9labrement, le d\u00e9faut de ressources et moyens pour le relever\u00a0\u00bb<\/i>, l\u2019expose \u00e0 la perte totale aux mar\u00e9es d\u2019\u00e9quinoxe et a \u00eatre d\u00e9pouill\u00e9 par les <i>\u00ab\u00a0Armoricains\u00a0\u00bb<\/i>. Une solution s\u2019impose : la vente de l\u2019\u00e9pave.<br \/>\nUne autre mission incombe aux autorit\u00e9s\u00a0: le recensement des marchandises et effets sauv\u00e9s ces derniers jours. Le tout est stock\u00e9 au presbyt\u00e8re de Plouguerneau. Pour s\u00e9curiser de mani\u00e8re optimale les lieux, deux fermetures et deux jeux de clefs sont confi\u00e9s au juge de paix et au maire de Plouguerneau (parfois c\u2019est le receveur des douanes en poste \u00e0 Land\u00e9da, Dumont, qui est cit\u00e9). On a rapatri\u00e9 vers le bourg les objets du magasin de Kergoff (des saumons de plomb).<br \/>\nLe magasin renferme un bric-\u00e0-brac assez imposant\u00a0: diverses pi\u00e8ces d\u2019\u00e9toffes (d\u2019\u00e9tamine, \u00e0 carreaux, ray\u00e9es, de diff\u00e9rentes couleurs, des draps, des toiles de coton, de flanelle, de calemande), des balles, de la fa\u00efence dans une trentaine de paniers, des saumons de plomb, des caisses de fer blanc, des paquets de fer en planches, des feuilles de fer blanc, du lin. Les couleurs sont assez surprenantes pour les textiles\u00a0: du style vert fond de bouteille, gris de fer, lie de vin ou merde d\u2019oie\u00a0!<br \/>\nCertaines marchandises ont s\u00e9journ\u00e9es dans l\u2019eau de mer. Pour les rendre pr\u00e9sentables et les pr\u00e9server, elles sont lav\u00e9es \u00e0 l\u2019eau douce par une escouade de femmes qui seront, bien entendu, r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es. Cette op\u00e9ration se d\u00e9roule, en pr\u00e9sence des correspondants du navire, les 30 et 31 Janvier.<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Le temps des perquisitions.<\/span><\/b><\/p>\n<p>Les officiels ne n\u00e9gligent pas, non plus, l\u2019art du renseignement, de la d\u00e9lation et des perquisitions. Ainsi, le 31 janvier, vers 10h30, selon\u00a0<i>\u00ab\u00a0lavis qui nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9\u00a0\u00bb<\/i>, des pi\u00e8ces d\u2019\u00e9toffes du <b><i>Neptune<\/i><\/b> sont d\u00e9couvertes dans une garenne \u00e0 K\/v\u00e9ogan et \u00e0 la Croix de la Lande. Les deux correspondants, pr\u00e9sents, aper\u00e7oivent deux hommes qui d\u00e9talent \u00e0 leur vue.<br \/>\nLe 1er f\u00e9vrier, les autorit\u00e9s sont par monts et par vaux. Le juge de paix, Cabon, le maire de Plouguerneau, Abjean, les correspondants, multiplient les actions coups de poing. Ils passent d\u2019un hameau \u00e0 l\u2019autre (K\/n\u00e9ac\u2019h, Derbez, Traon, K\/vidut, K\/veogan), fouillent ici un courtil, l\u00e0 une grange, plus loin une garenne. Il faut \u00eatre perspicace car ces diables de pilleurs sont malins. Ils ont la ma\u00eetrise de la dissimulation et enterrent le produit de leurs maraudes.<br \/>\nA chaque visite domiciliaire, le propri\u00e9taire est, comme par hasard, absent. Si des objets du bris sont intercept\u00e9s, ils n\u2019appartiennent \u00e0 personne ou peut-\u00eatre aux domestiques qui, \u00e9videmment, vaquent \u00e0 leurs occupations\u00a0! Enfin, plusieurs individus s\u2019enfuient curieusement \u00e0 la vue des autorit\u00e9s. Bref, des comportements classiques pour des pilleurs \u00e0 la conscience assez peu tranquille. Les objets r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s sont les m\u00eames que ceux entrepos\u00e9s au presbyt\u00e8re, mais s\u2019y ajoute des couteaux pliants et des couteaux de table. Les perquisitions se poursuivent les jours suivants\u00a0: les 2, 3, 4 f\u00e9vrier.<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Mais o\u00f9 est donc pass\u00e9 le <b><i>Neptune<\/i><\/b>\u00a0?<\/span><\/b><\/p>\n<p>Les restes du navire, carcasse et agr\u00e8s, devaient, le dimanche 4 f\u00e9vrier, \u00eatre vendus aux ench\u00e8res. Lorsque les officiels arrivent sur la gr\u00e8ve il ne subsiste plus rien du b\u00e2timent naufrag\u00e9. Pourtant deux fusiliers surveillaient en th\u00e9orie l\u2019\u00e9pave. Ils se sont enfuis et le navire semble avoir \u00e9t\u00e9 aspir\u00e9 par les flots rageurs. La disparition, bien curieuse, r\u00e9v\u00e8lerait-elle une complicit\u00e9 entre les deux hommes et certains de leurs coreligionnaires pour s\u2019approprier quelques \u00e9l\u00e9ments suppl\u00e9mentaires du bateau ou des marchandises\u00a0? La pratique est des plus courantes \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque et de nombreuses archives attestent la collusion entre les autorit\u00e9s et les malfrats. Beno\u00eetement les autorit\u00e9s pensent que le navire n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 bien amarr\u00e9 et que l\u2019action du vent et de la mar\u00e9e conjugu\u00e9e avait permis \u00e0 la mer de d\u00e9vorer le <b><i>Neptune<\/i><\/b>.<\/p>\n<div align=\"center\"><img decoding=\"async\" title=\"Pilleurs de mer \u00e0 Kerlouan. 1860. F.H. Lalaisse.)\" src=\"https:\/\/appriou.bzh\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/jphirrien_neptune_lalaisse.jpg\" width=\"450\" height=\"284\" \/><br \/>\n<span style=\"font-size: xx-small;\"><i>Pilleurs de mer \u00e0 Kerlouan. 1860. F.H. Lalaisse).<\/i><\/span><\/div>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Que faire du reste de la cargaison du <b><i>Neptune<\/i><\/b>\u00a0?<\/span><\/b><\/p>\n<p>Entre temps, les deux correspondants du <b><i>Neptune<\/i><\/b> ont obtenu la mainlev\u00e9e* des marchandises et du b\u00e2timent, sauf qu\u2019il n\u2019y a plus de bateau et que seules demeurent dans le presbyt\u00e8re de Plouguerneau quelques dizaines de caisses de marchandises. Le 8 f\u00e9vrier (ou le 14\u00a0?), elles sont achemin\u00e9es vers le port de Roscoff. Le capitaine Fran\u00e7ois Provost de Brest, sur le <i><b>Comte d\u2019Hector<\/b>&lt;\u00a0\/i&gt; se charge de cette mission. S&rsquo;agit-il de les vendre aux ench\u00e8res comme cela se pratique habituellement apr\u00e8s une fortune de mer ou au contraire de rapatrier la cargaison vers l\u2019Angleterre ? \u00bb<\/i><\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Remords de pilleurs.<\/span><\/b><\/p>\n<p>Toute cette agitation avait s\u00e9rieusement remu\u00e9 les communes du littoral et surtout les riverains du secteur de Plouguerneau qui commenc\u00e8rent \u00e0 s\u2019inqui\u00e9ter de la tournure des \u00e9v\u00e8nements. Le d\u00e9tachement de la garde nationale de Lesneven s\u2019activant dans les environs n\u2019\u00e9tait certainement pas \u00e9tranger aux craintes des populations que d\u2019autres soldats de \u00ab\u00a0la ville\u00a0\u00bb ne viennent perquisitionner dans les champs, les courtils et les chaumi\u00e8res. A moins que les pr\u00eatres aient pouss\u00e9 leurs concitoyens \u00e0 rendre les marchandises vol\u00e9es. Sous l\u2019Ancien R\u00e9gime les monitoires* oeuvrent dans ce sens. Toujours est-il que, les 2, 3, 4, 6 et 9 f\u00e9vrier des pilleurs pris de remords se mettent \u00e0 rapporter des objets pill\u00e9s, <i>\u00ab\u00a0pi\u00e8ces, coupons, \u00e9toffes\u00a0\u00bb<\/i> chez le maire ou le juge de paix\u00a0! Le 6, la restitution est m\u00eame estim\u00e9e <i>\u00ab\u00a0abondante\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nLe 2 f\u00e9vrier, Laurent Balannec, de K\/gounvel, inaugure (il faut dire qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 visit\u00e9 la veille\u00a0!) les restitutions de pi\u00e8ces de gros draps, de couteaux pliants <i>\u00ab\u00a0que le dit Laurent Balannec d\u00e9clare avoir sauv\u00e9 pendant le pillage, son dessein a toujours \u00e9t\u00e9 de restituer les premiers effets comme les derniers, qu\u2019il n\u2019a pris que parce qu\u2019il voyait qu\u2019une grande multitude de gens s\u2019emparaient des effets et marchandises du dit navire pr\u00e9tendant et disant que de pareils effets devaient appartenir aux gens du canton\u00a0\u00bb<\/i>. Le 3 f\u00e9vrier, Claude Caraez du Marric, \u00e0 Lannilis, ram\u00e8ne <i>\u00ab\u00a013 soucoupes, quatre petites boules, une couverture, deux assiettes de fayence \u00e0 soupe, du tissu, des \u00e9toffes de coton &amp; velours et un livre d\u2019\u00e9chantillons\u00a0Bradoch Edge &amp; Crompton de diverses couleurs\u00a0\u00bb<\/i>, au presbyt\u00e8re.<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">L\u2019affaire du <b><i>Neptune<\/i><\/b> prend une dimension internationale.<\/span><\/b><\/p>\n<p>Si sur le terrain, certains pilleurs s\u2019orientaient vers de meilleurs sentiments, par contre en haut lieu l\u2019affaire du <b><i>Neptune<\/i><\/b> occupait la sc\u00e8ne internationale. En effet, le gouvernement anglais demandait des explications sur le naufrage et sur le pillage du navire. Embarrass\u00e9es, les autorit\u00e9s fran\u00e7aises font intervenir les ministres de l\u2019Int\u00e9rieur et de la Marine. La peur d\u2019un incident majeur avec les Anglais est alors r\u00e9elle. Les derniers soubresauts de la R\u00e9volution d\u00e9plaisaient de plus en plus au gouvernement britannique et cette affaire du <b><i>Neptune<\/i><\/b> tombait au plus mauvais moment. Il en allait <i>\u00ab\u00a0de l\u2019honneur, de l\u2019\u00e9quit\u00e9 et de l\u2019int\u00e9r\u00eat de la France. Le pillage est un proc\u00e9d\u00e9 des c\u00f4tes barbaresques\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nVoici la lettre du ministre de la Marine adress\u00e9e \u00e0 l\u2019ordonnateur de la Marine de Brest.<\/p>\n<table border=\"1\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>&nbsp;<\/p>\n<div align=\"justify\"><b><span style=\"color: blue;\">Lettre du ministre de la Marine \u00e0 l\u2019ordonnateur de la Marine de Brest.<\/span><\/b> (Archives de la marine de Brest, 1 E 243, lettre N\u00b0345)<\/p>\n<p>La lettre est dat\u00e9e du 20 f\u00e9vrier 1792.<br \/>\n<i>\u00ab\u00a0J\u2019apprends par une lettre de Mr de K\u00e9r\u00e9on qu\u2019un navire anglais richement charg\u00e9 ayant \u00e9prouv\u00e9 plusieurs avaries s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 la c\u00f4te de Plouguerneau, qu\u2019on a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de d\u00e9charger pour le r\u00e9parer et que la cargaison ayant \u00e9t\u00e9 mise dans une chapelle(1), les habitants de cette c\u00f4te se sont attroup\u00e9s, ont forc\u00e9 les gardiens de ce d\u00e9p\u00f4t, et en ont enlev\u00e9 pour la valeur de 600.000 livres en \u00e9toffes et autres marchandises.<br \/>\nJe suis surpris que vous ne m\u2019ayez pas inform\u00e9 d\u2019un fait aussi important, je vous prie de m\u2019en donner le plut\u00f4t possible une connaissance exacte et d\u00e9taill\u00e9e, et de m\u2019instruire des mesures qui auraient \u00e9t\u00e9 prises sans doute pour parvenir \u00e0 recouvrer les effets vol\u00e9s, de punir les auteurs d\u2019un d\u00e9lit aussi grave, il est d\u2019autant plus important de suivre cette affaire avec activit\u00e9 que l\u2019Angleterre portera probablement des plaintes tr\u00e8s fortes contre une violation si coupable du droit des gens.<br \/>\nVous voudrez bien en cons\u00e9quence faire tout ce qui pourra d\u00e9pendre de vous pour acc\u00e9l\u00e9rer les poursuites devant les tribunaux qui doivent en conna\u00eetre, et vous concertez avec les corps administratifs sur les moyens de parvenir \u00e0 recouvrer les marchandises et indemniser les propri\u00e9taires.<br \/>\nIl ne faut rien n\u00e9gliger pour rendre justice, punir les coupables, prendre les mesures pour pr\u00e9venir les vols et pillages des effets naufrag\u00e9s, qui \u00e0 ce qu\u2019on m\u2019assure se r\u00e9p\u00e8tent souvent sur les c\u00f4tes dont les habitants consid\u00e8rent presque comme leur propri\u00e9t\u00e9 les navires qui ont le malheur de s\u2019y perdre et tout ce qu\u2019ils contiennent. Un d\u00e9sordre si r\u00e9voltant doit \u00eatre s\u00e9v\u00e8rement r\u00e9prim\u00e9.<br \/>\nJe vous prie de vous occuper s\u00e9rieusement de cet objet et de me rendre compte exactement de ce qui sera relatif et particuli\u00e8rement du navire anglais dont j\u2019ignore le nom. J\u2019\u00e9cris sur cet objet \u00e0 Messieurs les administrateurs du directoire du d\u00e9partement et je les pr\u00e9viens que je vous ai charg\u00e9 de vous concerter avec eux\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nSign\u00e9 le ministre de la marine De Bertrand.<\/p>\n<p>(1) Nous n\u2019avons pas d\u2019indications sur cette chapelle\u00a0: plusieurs sites sont susceptibles de convenir, tels Saint-Michel, Saint-Laurent ou les vestiges de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h. Les archives municipales de Plouguerneau signalent \u00e9galement le vol des <i>\u00ab\u00a0marchandises entrepos\u00e9es dans une chapelle sur le bord du village\u00a0\u00bb<\/i>. Le conseil municipal de Brest, par une lettre du 28 f\u00e9vrier, relate <i>\u00ab\u00a0la spoliation presque totale des effets et marchandises par des paysans \u00e0 main arm\u00e9e, dans une chapelle voisine du lieu du naufrage\u00a0\u00bb<\/i>.<\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Les autorit\u00e9s sup\u00e9rieures entrent \u00e9galement en contact avec le directoire du d\u00e9partement du Finist\u00e8re, par lettre dat\u00e9e du 20 f\u00e9vrier. Ce nouvel \u00e9chelon administratif exercera avec z\u00e8le le suivi de l\u2019affaire du <b><i>Neptune<\/i><\/b>.<br \/>\nLe ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, BC Cahier, exige d\u2019\u00eatre inform\u00e9 des d\u00e9veloppements de l\u2019affaire et, \u00e0 cette fin, \u00e9change un courrier suivi avec les administrateurs du Finist\u00e8re qui se tiennent en liaison avec le conseil municipal brestois. Cahier, lui-m\u00eame, fournit des nouvelles du naufrage \u00e0 Louis XVI en personne. En fait, l\u2019affaire avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9localis\u00e9e vers de nouvelles autorit\u00e9s, citadines et sup\u00e9rieures, par m\u00e9fiance envers les administrations rurales et complaisantes.<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Dandin\u00a0: un commissaire z\u00e9l\u00e9 et efficace.<\/span><\/b><\/p>\n<p>Aussi \u00e0 cet effet, un ancien officier municipal, juge de paix de Brest, Jacques Dandin, \u00e9tait nomm\u00e9, par le directoire du d\u00e9partement du Finist\u00e8re, commissaire du d\u00e9partement. Il intervient \u00e0 Plouguerneau le 6 mars 1792, soit un mois et demi apr\u00e8s le naufrage\u00a0! Il para\u00eet curieux de confier cette t\u00e2che \u00e0 un juge de paix d\u2019une autre juridiction que celle o\u00f9 s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 le bris. La pr\u00e9sence active du juge de paix de Lesneven, Testard, avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9e le 28 janvier, lorsqu\u2019il \u00e9cartait les saltins, sabre \u00e0 la main, de l\u2019\u00e9pave du <b><i>Neptune<\/i><\/b>. Sans doute la mani\u00e8re de mener les op\u00e9rations par le juge de paix Cabon attisait m\u00e9fiance et suspicion, d\u2019o\u00f9 son \u00e9viction. Le d\u00e9faut de r\u00e9activit\u00e9, la mollesse et la lenteur des officiels locaux pesaient lourd pour la poursuite des investigations. Le directoire du d\u00e9partement est bien conscient de l\u2019incongru de la situation, mais il passe outre et autorise Dandin \u00e0 agir \u00e9nergiquement. L\u2019homme b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un capital de sympathie de la part des autorit\u00e9s brestoises et d\u00e9partementales\u00a0: il est d\u00e9crit z\u00e9l\u00e9, infatigable, sage. Sa mission est claire\u00a0: il doit rechercher les effets, les marchandises provenant du naufrage du <b><i>Neptune<\/i><\/b> et il peut requ\u00e9rir l\u2019appui des officiers municipaux de Plouguerneau et de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, du juge de paix, celui des administrateurs du district de Lesneven et de la force arm\u00e9e (garde nationale, fusiliers et gendarmerie).<br \/>\nAccompagn\u00e9 de 168 hommes et de deux repr\u00e9sentants du district de Lesneven, les commissaires-adjoints Brichet et Rolland, il traque voleurs et receleurs jusqu\u2019\u00e0 mi avril 1792. Il ne n\u00e9glige pas les informateurs locaux, tels Herv\u00e9 Foricher du bourg de Plouguerneau et Fran\u00e7ois Labat de Kervily, capables de <i>\u00ab\u00a0lui donner les noms et les demeures des personnes chez lesquelles on trouverait des marchandises provenant du navire anglais le <b><i>Neptune<\/i><\/b>\u00a0\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>Dandin et ses hommes auraient perquisitionn\u00e9 tous azimuts. Connaissant les habitudes des Paganiz qui sont loin d\u2019\u00eatre des novices dans l\u2019art du camouflage ou s\u2019appuyant sur Foricher et Labat, mais aussi sur <i>\u00ab\u00a0les pr\u00eatres de l\u2019endroit\u00a0\u00bb<\/i>, ils d\u00e9couvrent, enfouis dans les terres et dans les sables des dunes, balles, coffres, futailles, caisses et paniers. Les archives municipales de Plouguerneau pr\u00e9cisent que Dandin suit attentivement l\u2019inventaire du 20 mars <i>\u00ab\u00a0des effets, marchandises que nous avons r\u00e9unies et que les dits fournisseurs y ont assist\u00e9 ponctuellement\u00a0\u00bb<\/i> (les consignataires\u00a0?). D\u2019ailleurs, le recouvrement d\u2019une partie de la cargaison ne correspond pas uniquement aux saisies mais \u00e9galement \u00e0 d\u2019autres objets remis par les pilleurs impressionn\u00e9s, comme au d\u00e9but f\u00e9vrier, par l\u2019occupation militaire du territoire communal.<br \/>\nEntre temps, le 20 mars, le juge de paix Dandin retourne \u00e0 Brest. Le 14 avril, il re\u00e7oit d\u2019excellentes nouvelles pour honorer et terminer sa mission. En effet, il est pr\u00e9venu <i>\u00ab\u00a0par les communes de Lannilis, Plouguerneau, Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, Guiss\u00e9ny, Kerlouan, Ploun\u00e9our-Trez, qu\u2019il y avait sur leurs maisons curiales (les mairies) quantit\u00e9s de marchandises restitu\u00e9es, provenant du dit navire\u00a0\u00bb<\/i>. Il repart sur la zone du pillage le jour m\u00eame en compagnie de 28 cavaliers, d\u2019un d\u00e9tachement de troupe d\u2019infanterie et d\u2019hommes de diff\u00e9rentes armes. Il gagne la maison curiale de Plouguerneau, lieu du d\u00e9p\u00f4t, o\u00f9 <i>\u00ab\u00a0nous avons trouv\u00e9 quantit\u00e9 des dites marchandises, mais toutes n\u2019y \u00e9taient pas encore envoy\u00e9es\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nDandin ordonne \u00e0 quelques escouades de rapatrier les marchandises manquantes, emball\u00e9es, sur Plouguerneau. Lorsqu\u2019il proc\u00e8de \u00e0 l\u2019inventaire des biens r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s, en pr\u00e9sence de Jean- Corneille Pasquier, capitaine g\u00e9n\u00e9ral de la r\u00e9gie des douanes de Pontusval et de Claude- Marie Dumont receveur des douanes \u00e0 l\u2019Aber-Wrac\u2019h, il note 14 barriques, 7 balles en ballots, deux grandes et une petite harasses (\u00a0?) ou paniers et 500 livres de lin. Cette fois Dandin d\u00e9cide que les marchandises seront stock\u00e9es \u00e0 Brest <i>\u00ab\u00a0dans le d\u00e9p\u00f4t destin\u00e9 \u00e0 cet effet\u00a0\u00bb<\/i>. Le 15 avril 1792, <i>\u00ab\u00a0Pierre-Marie Mingant et Fran\u00e7ois Le Roux, notables et officiers municipaux sont pr\u00e9sents aux emballages des effets de restitution\u00a0\u00bb<\/i>. Comme les v\u00e9hicules pour le transport lui font d\u00e9faut, il alerte la municipalit\u00e9 de Plouguerneau qui consent \u00e0 pr\u00eater neuf charrettes. On ne sait ce que sont devenues les marchandises. Par contre, les neuf charrettes refont parler d\u2019elles en mai 1792, car les notables de la commune se plaignent de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9dommag\u00e9s, \u00e0 raison de 6 livres par jour et par charrette.<br \/>\nPourtant, m\u00eame si Dandin recouvre une partie des marchandises pill\u00e9es, il est raisonnable de consid\u00e9rer, comme on le verra plus loin, qu\u2019une fraction notable des marchandises a certainement pu passer au travers des mailles du filet de la troupe d\u00e9ploy\u00e9e sur Plouguerneau.<br \/>\nC\u2019est certainement lors de ces op\u00e9rations, qui dur\u00e8rent plus d\u2019un mois, que H. Le Loaec, portant <i>\u00ab\u00a0un fusil \u00e0 coup charg\u00e9\u00a0\u00bb<\/i>, Louis Thomas, Laurent Le Breton, m\u00e9nager du bourg de Plouguerneau, \u00ab\u00a0pr\u00e9venus de complicit\u00e9 de vols, d\u2019enl\u00e8vements et de ventes des effets et marchandises\u00a0\u00bb, sont arr\u00eat\u00e9s ou d\u00e9clar\u00e9s pr\u00e9sum\u00e9s coupables. Le Breton r\u00e9colte d\u2019un mandat d&rsquo;amener le 15 mai. Il ne r\u00e9pond pas. Le 18 mai un mandat d&rsquo;arr\u00eat est d\u00e9livr\u00e9 \u00e0 son encontre par le juge de paix de Lesneven.<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Un commerce souterrain\u00a0: le temps des bonnes affaires.<\/span><\/b><\/p>\n<p>De nombreuses marchandises manquaient \u00e0 l\u2019appel des autorit\u00e9s locales et de Dandin malgr\u00e9 leurs actions \u00e9nergiques et tous les pilleurs n\u2019\u00e9tant pas revenus \u00e0 de meilleurs sentiments, la question que l&rsquo;on peut se poser est la suivante : quelles destinations prennent les objets et les marchandises issus des rapines des Paganiz\u00a0?<br \/>\nLes voleurs qui jouent petits bras, tels Alain-Jean et Fran\u00e7ois Jacobin, auraient certainement conserv\u00e9s pour leurs usages personnels les deux assiettes et le petit morceau d\u2019\u00e9toffe rouge qu\u2019ils dissimulaient sur eux s\u2019ils n\u2019\u00e9taient, ce 29 janvier, du c\u00f4t\u00e9 du Diouris, tomb\u00e9s sur la garde nationale qui retournait \u00e0 Lesneven.<br \/>\nIl est clair que le bois du bateau (la coque, les m\u00e2ts et vergues, les futailles), la ferraille et les m\u00e9taux (cercles des tonneaux, ancres, cha\u00eenes, canons s\u2019ils existent, gueuses, plaques de cuivre&#8230;), les habits, les textiles sont r\u00e9utilisables imm\u00e9diatement ou transform\u00e9s par des mains habiles dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 rien ne se jette et tout se recycle.<br \/>\nC\u2019est le cas de Gwenol\u00e9 Bl\u00e9as de Poulloussol, en Plouguerneau. Le 2 f\u00e9vrier, il reconna\u00eet avoir soustrait de la cargaison du <b><i>Neptune<\/i><\/b> un coupon de grosse \u00e9toffe dont <i>\u00ab\u00a0il a fait deux paires de culottes \u00e0 ses enfants\u00a0\u00bb<\/i>, sans oublier <i>\u00ab\u00a0un morceau de b\u0153uf qu\u2019il a consomm\u00e9 dans son m\u00e9nage\u00a0\u00bb<\/i>. Petit malin, il propose deux assignats de 150 (livres) chacun pour d\u00e9dommager l\u2019armateur du navire\u00a0!<br \/>\nMais lorsqu\u2019un pilleur a la chance de poss\u00e9der plusieurs coupons de tissu ou d&rsquo;\u00e9toffe, que peut-il en faire apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre g\u00e9n\u00e9reusement servi pour sa famille et son entourage\u00a0? Il est de notori\u00e9t\u00e9 publique que les saltins, comme le confirme le conseil municipal de Brest, camouflent le produit de leurs vols <i>\u00ab\u00a0dans des cachettes de maisons regard\u00e9es au-dessus de soup\u00e7on ou enfoui dans les champs\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nPourtant, il n&rsquo;y a pas de petits profits. Aussi une \u00e9conomie souterraine s\u2019active et une cha\u00eene de vente se d\u00e9ploie qui doivent permettre de tirer avantages des bienfaits apport\u00e9s par les flots. A nouveau, les archives fournissent des exemples ne manquant pas de sel sur ces trafics illicites.<br \/>\nLe juge de paix de Ploudalm\u00e9zeau enqu\u00eatant, le 7 juin 1792, suite \u00e0 une d\u00e9nonciation de Marguerite Count, veuve Camblant, de Coat-M\u00e9al, au domicile de Jean Kernoel, \u00e0 Kl\u00e9guer en Plouguin, rep\u00e8re dans une armoire une pi\u00e8ce de monnaie suspecte de 30 sous. Le brave agriculteur \u00e2g\u00e9 de 53 ans est soup\u00e7onn\u00e9, avec son <i>\u00ab\u00a0complice\u00a0\u00bb<\/i> Jean Prigent, de fabriquer de la fausse monnaie. Un litige, mais lequel\u00a0(?), doit l\u2019opposer \u00e0 la veuve acari\u00e2tre qui s\u2019adresse au juge dans le noir dessein de nuire \u00e0 Kernoel. Poursuivant plus en avant son enqu\u00eate, le juge met la main sur des tissus qu\u2019il pr\u00e9sume provenir de la cargaison du <b><i>Neptune<\/i><\/b>. L\u2019affaire ayant fait grand bruit, nombreux doivent \u00eatre les hommes de loi et les autorit\u00e9s du L\u00e9on \u00e0 ne pas ignorer le pillage. Il consigne dans son proc\u00e8s-verbal\u00a0: <i>\u00ab\u00a0avons d\u00e9couvert vingt aulnes* de pluches de couleur grise de cendre, deux aulnes de pluche couleur prunelle ray\u00e9e noire, une aulne et demi de bergopzoom bleu, trois-quarts turquoise bleu, deux aulnes de pluche couleur de chair, trois aulnes de draps anglais rouge, une d\u2019\u00e9toffe gris de fer, un couteau, une fourchette souffl\u00e9e en argent\u00a0\u00bb<\/i>. Conduit au tribunal de Brest, Kernoel d\u00e9clare, le 30 juin, avoir achet\u00e9 ces \u00e9toffes au Grouanec pour la somme de 90 livres, \u00e0 un nomm\u00e9 Joseph Le Jeune, dit Yoan, 30 ans, potier de son \u00e9tat, et demeurant pr\u00e8s de la chapelle Bergot, en Lannilis. Mais le couteau et la fourchette ont \u00e9t\u00e9 acquis \u00e0 un homme <i>\u00ab\u00a0dont il ne conna\u00eet ni le nom ni la demeure. Il ignore d\u2019o\u00f9 proviennent ces \u00e9toffes, n\u2019ayant jamais vu dans une boutique de pareilles marchandises. Il ne se faisait pas de r\u00e9flexion sur les moyens que Le Jeune avait d\u00e9ploy\u00e9s pour se les procurer. Il acheta quelques morceaux d\u2019\u00e9toffes pr\u00e9voyant le besoin de s\u2019habiller ainsi que ses enfants, sur la rumeur publique que plusieurs personnes en achetaient sans difficult\u00e9s\u00a0\u00bb<\/i>. Joseph Le Jeune interrog\u00e9 le 18 juillet livre une autre explication des faits. C\u2019est son fr\u00e8re et homonyme le v\u00e9ritable voleur\u00a0! Emprisonn\u00e9 le 19 juillet, celui-ci affirme <i>\u00ab\u00a0n\u2019avoir rien poss\u00e9d\u00e9 ni vendu\u00a0\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>Dans de telles conditions, d\u00e9m\u00ealer l\u2019\u00e9cheveau des t\u00e9moignages s\u2019av\u00e8re probl\u00e9matique. Les r\u00e9ponses sont le plus souvent \u00e9vasives et biais\u00e9es et ne v\u00e9hiculent que peu de renseignements.<br \/>\nUn autre personnage se d\u00e9voile par la magie des archives\u00a0: le sieur Jean-Marie Dagorn, 25 ans, domicili\u00e9 \u00e0 Saint-Pol-de-L\u00e9on et chirurgien de profession. Ce monsieur des plus convenables est impliqu\u00e9 dans l\u2019affaire du <b><i>Neptune<\/i><\/b> comme acqu\u00e9reur, lui aussi, de marchandises du vaisseau anglais.<br \/>\nMembre de la garde nationale, il se rend \u00e0 Brest, pour participer \u00e0 la f\u00eate de la f\u00e9d\u00e9ration du 14 juillet 1792. Ses p\u00e9r\u00e9grinations sont surprenantes. Il a du tra\u00eener en chemin car on le retrouve un mois et demi plus tard, le 1er septembre exactement, \u00e0 Lesneven, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de la Nation. Une perquisition a lieu dans sa chambre (pour quel motif\u00a0?), et les autorit\u00e9s locales s\u2019aper\u00e7oivent qu\u2019il ne dispose pas de passeport. Il est incarc\u00e9r\u00e9 pour ce d\u00e9lit. Poussant un peu plus loin ses investigations, l\u2019assesseur du juge de paix remarque dans ses bagages la pr\u00e9sence <i>\u00ab\u00a0d\u2019une pi\u00e8ce d\u2019\u00e9toffe verte ray\u00e9e de 21 aunes et demies qui para\u00eet de fabrication anglaise\u00a0\u00bb<\/i>. Dagorn soutient se l\u2019\u00eatre procur\u00e9e \u00e0 Kergadavarn, en Plouguerneau, le 31 ao\u00fbt, <i>\u00ab\u00a0\u00e0 un homme du village, au moment o\u00f9 il s\u2019appr\u00eatait \u00e0 descendre de cheval pour allumer sa pipe\u00a0\u00bb<\/i>. Il se l\u2019octroie pour 24 livres.<br \/>\nLe chirurgien r\u00e9ussit \u00e0 pr\u00e9senter sa patente de n\u00e9gociant \u00e0 titre d\u2019identification, puis son passeport aimablement achemin\u00e9 par son capitaine. Le juge du tribunal du district de Lesneven, J. B. Legall, et un jury constitu\u00e9 de huit citoyens, examinent, d\u00e9but septembre, le cas du chirurgien. Lib\u00e9r\u00e9 le 12 septembre, son d\u00e9lit para\u00eet bien l\u00e9ger car on lui restitue l\u2019\u00e9toffe incrimin\u00e9e ! A d\u00e9faut d\u2019autres explications, sa notori\u00e9t\u00e9 (on le conna\u00eet un peu partout\u00a0: \u00e0 Morlaix, Lannion, Lesneven\u2026), sa prestance (il est d\u00e9crit sous les traits d\u2019un bel homme de cinq pieds de haut, aux yeux bleus, \u00e0 la bouche, au nez et menton bien faits, v\u00eatu d\u2019une veste noire, d\u2019une culotte de peau, de bottes), son z\u00e8le patriotique, d\u00e9terminent son \u00e9largissement.<br \/>\nQuels enseignements retirer de ces quelques exemples\u00a0? Incontestablement, la diffusion du produit de la rapine s\u2019effectue \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale, un peu partout, et dans les villes.<br \/>\nLe profil des acheteurs d\u00e9note un certain \u00e9clectisme. De plus, l\u2019une des caract\u00e9ristiques essentielles des individus compromis dans ce commerce illicite est leur mobilit\u00e9. Les naufrages et les bris suscitent des r\u00e9seaux de trafics \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Une cha\u00eene de l\u2019\u00e9coulement des larcins s\u2019\u00e9difie rapidement. En amont des paysans, des domestiques, des p\u00eacheurs, captent marchandises et objets divers, tandis qu\u2019en aval les receleurs et les acheteurs r\u00e9alisent de bonnes transactions. Le panel de ces derniers est particuli\u00e8rement vari\u00e9\u00a0: pratiquement toutes les couches de la population en possession de quelques liquidit\u00e9s briguent les marchandises d\u00e9coulant d\u2019un bris. Que l\u2019on soit agriculteur, forgeron, potier ou chirurgien, et d\u00e9sireux de r\u00e9aliser une affaire, on aborde, de mani\u00e8re fortuite ou d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e les interm\u00e9diaires habituels qui peuplent les campagnes de l\u2019\u00e9poque, \u00e0 savoir les aubergistes, les cabaretiers, les commer\u00e7ants, les charretiers, les ma\u00eetres de barques et les officiels. A Plouguerneau, l\u2019auberge de la veuve Grignou est r\u00e9put\u00e9e pour faciliter l\u2019\u00e9coulement de marchandises douteuses. L\u2019auberge, lieu de sociabilit\u00e9, surtout masculin, o\u00f9 l\u2019on se d\u00e9tend, o\u00f9 l\u2019on consomme force alcools, favorise naturellement l\u2019\u00e9vocation des \u00e9v\u00e8nements locaux. Un bris et un pillage ne passent jamais sous silence. Elle relie les vendeurs, les receleurs, les acheteurs. Ceux-ci n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 n\u00e9gocier \u00e9toffes et autres objets issus des pillages, encourag\u00e9s par la modicit\u00e9 des prix.<br \/>\nLes pr\u00e9dateurs s\u2019appuient sur des populations mouvantes qui tissent ais\u00e9ment des relations fructueuses dans le but de monnayer les marchandises recel\u00e9es, dans des d\u00e9lais raisonnables.<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Une justice laxiste.<\/span><\/b><\/p>\n<p>Les pr\u00e9venus arr\u00eat\u00e9s le 29 janvier sur le <b><i>Neptune<\/i><\/b> sont questionn\u00e9s le 7 f\u00e9vrier par les membres du tribunal de district de Lesneven.<br \/>\nY. Castel est \u00e2g\u00e9 de trente ans. Valet domestique, il sert Guillaume Habasque \u00e0 Pont ar Groas en Ploun\u00e9our-Trez. J. Fav\u00e9 a 35 ans, J. Gac 27 ans, J. Hily 30 ans. Ils viennent tous les trois de Kerlouan et se classent dans la cat\u00e9gorie des laboureurs. Ce terme, \u00e0 l\u2019\u00e9poque ne correspond pas forc\u00e9ment \u00e0 de riches paysans. On l\u2019utilise pour diverses cat\u00e9gories d\u2019individus travaillant la terre. L\u2019origine g\u00e9ographique ne peut surprendre. L\u2019ensemble du pays Pagan rapidement mis au courant de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, des centaines de riverains et d\u2019habitants du M\u00e9nez* convergent vers le lieu du naufrage par curiosit\u00e9, dans un monde o\u00f9 le quotidien est bien monotone, mais \u00e9galement par espoir de lucre.<br \/>\nLe proc\u00e8s-verbal du juge de paix Cabon, vis\u00e9 par le tribunal de Lesneven <i>\u00ab\u00a0contre diff\u00e9rents particuliers cherchant \u00e0 piller ou ayant pill\u00e9 \u00e0 la gr\u00e8ve de Grand Gu\u00e9doc\u00a0\u00bb<\/i>, exprime un double int\u00e9r\u00eat, d\u2019abord par la description des tenues vestimentaires des quatre hommes, puis par la perception de leur <i>\u00ab\u00a0crime\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nIls parlent tous les quatre en breton, obligeant les hommes de loi \u00e0 avoir recours \u00e0 un interpr\u00e8te.<br \/>\nYves Castel, <i>\u00ab\u00a0le bonnet bleu \u00e0 la main, grand de cinq pieds, porte culotte, justin* brun, gilet blanc, guettres brunes, sabots aux pieds, a les joues rondes bien color\u00e9es\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nA la question\u00a0: pourquoi il se trouve sur les lieux du naufrage\u00a0? Il r\u00e9pond tranquillement\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Ayant appris qu\u2019un grand et beau navire \u00e9tait \u00e9chou\u00e9 sur les cottes de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, il s\u2019y est rendu par curiosit\u00e9. Qu\u2019il dit avoir entr\u00e9 dans le navire \u00e9tait le m\u00eame motif qu\u2019il y avait port\u00e9, qu\u2019il n\u2019y a absolument rien pris\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nJean Fav\u00e9, lui est habill\u00e9 <i>\u00ab\u00a0d\u2019une culotte blanche, de bas de laine grise \u00e0 cotte, de sabots aux pieds, d\u2019un gillet justin bleu, d\u2019un justin brun\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nQuand on lui demande les raisons de sa pr\u00e9sence sur l\u2019\u00e9pave, voici ce qu\u2019il pr\u00e9tend\u00a0: <i>\u00ab\u00a0je suis venu de Kerlouan \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h par curiosit\u00e9, ayant entendu dire que le navire \u00e9tait tr\u00e8s grand et tr\u00e8s beau\u00a0\u00bb<\/i>. Evidemment il d\u00e9barquait ici dans le seul but de rompre avec le train-train habituel et une vie de labeur particuli\u00e8rement ennuyeuse. Comme son comparse, Castel, il n\u2019avait rien vol\u00e9\u00a0!<br \/>\nJean Gac porte <i>\u00ab\u00a0un gillet blanc, une culotte de toile blanche, un justin brun sans manche, Il a la barbe blonde, les yeux bleus, le teint color\u00e9, le bonnet bleu \u00e0 la main\u00a0\u00bb<\/i>. Lui aussi est entr\u00e9 dans le navire par curiosit\u00e9 et n&rsquo;a rien chapard\u00e9.<br \/>\nLe dernier prisonnier, Jean Hily, est affubl\u00e9 <i>\u00ab\u00a0de guettres de m\u00eame couleur, de sabots, d&rsquo;un gillet brun, d&rsquo;un palletot de toile\u00a0\u00bb<\/i>. Le visage est color\u00e9, la barbe rouge et il tient \u00e9galement le fameux bonnet bleu des Paganiz \u00e0 la main. Le paletot de toile s\u2019identifie peut-\u00eatre au kab an aod, futur kabig, promis \u00e0 un bel avenir. Il se d\u00e9douane de sa pr\u00e9sence sur l&rsquo;\u00e9pave en reprenant les m\u00eames propos que ses camarades d&rsquo;infortune et en rajoutant <i>\u00ab\u00a0qu&rsquo;il ignore pourquoi il a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nTous adoptent un syst\u00e8me de d\u00e9fense na\u00eff, arguant de la rumeur, de la curiosit\u00e9, de l\u2019absence de participation aux exactions et de leur incompr\u00e9hension au motif de leur incarc\u00e9ration.<br \/>\nCe syst\u00e8me de d\u00e9fense a-t-il \u00e9t\u00e9 payant? On peut le croire car les pr\u00e9venus ont \u00e9t\u00e9 \u00e9largis. Le tribunal fut accus\u00e9 <i>\u00ab\u00a0de vains simulacres de proc\u00e9dure envers les coupables\u00a0\u00bb<\/i>. Il r\u00e9plique que ses membres <i>\u00ab\u00a0ne peuvent faire de proc\u00e9dures, qu\u2019il n\u2019y a pas de lois dans ce sens, qu\u2019ils ne peuvent empi\u00e9ter sur les droits des magistrats\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0! Quant aux trois autres pr\u00e9venus\u00a0: Le Loaec, Thomas, Le Breton, on ne sait s\u2019ils furent poursuivis pour vols et recels de marchandises.<br \/>\nEn fait, comme on vient de le d\u00e9couvrir, l\u2019enqu\u00eate fut longue, une tradition s\u00e9culaire \u00e0 l\u2019indulgence face aux pillages des navires pr\u00e9valait\u00a0: l\u2019inventaire de l\u2019amiraut\u00e9 de L\u00e9on, couvrant la p\u00e9riode allant de Louis XIV \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, ne mentionne qu\u2019une condamnation \u00e0 mort pour baraterie* et quelques peines de gal\u00e8res pour d\u00e9pouillement de cadavres. Dans l\u2019ensemble, selon Mr Cabantous, les sanctions sont avant tout p\u00e9cuniaires et d\u2019un faible montant (souvent moins de 20 livres). Les emprisonnements ne touchent que 13% des inculp\u00e9s et pour des p\u00e9riodes limit\u00e9es. Le contraste est saisissant entre les sentences rendues \u00e0 l\u2019encontre des faussaires, des voleurs de pain, de v\u00eatements ou autres contrebandiers et celles des pilleurs c\u00f4tiers.<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Les dessous d\u2019une affaire.<\/span><\/b><\/p>\n<p>Cette affaire de droit commun se double de rivalit\u00e9s entre les diverses administrations \u00e9tablies par la R\u00e9volution. Des r\u00e9formes administratives et judiciaires avaient \u00e9t\u00e9 engag\u00e9es afin de simplifier et de clarifier des domaines qui durant l\u2019Ancien R\u00e9gime s\u2019enchev\u00eatraient et portaient \u00e0 discussion. Mais leur application semble laborieuse et surtout des dissensions se font jour entre des administrations de tendances oppos\u00e9es dans l\u2019approche de la R\u00e9volution ou jalouses de leurs pr\u00e9rogatives.<br \/>\nLa demande d\u2019explications du Royaume-Uni concernant le naufrage du <b><i>Neptune<\/i><\/b> et surtout son pillage, mobilise les ministres de l\u2019Int\u00e9rieur et de la Marine, mais \u00e9galement de multiples rouages administratifs et judiciaires afin de mieux appr\u00e9hender cette t\u00e9n\u00e9breuse affaire.<br \/>\nAinsi le procureur g\u00e9n\u00e9ral-syndic du d\u00e9partement exige des \u00e9claircissements de la part du juge de paix de Lesneven et des administrateurs du district de Lesneven, dont d\u00e9pend Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, d\u2019autant plus naturellement qu\u2019ils sont soup\u00e7onn\u00e9s de ti\u00e9deur envers la R\u00e9volution. Ils garantissent qu\u2019ils <i>\u00ab\u00a0recherchent les coupables et fripons\u00a0avec empressement\u00bb<\/i>, se flattent <i>\u00abd\u2019une conduite irr\u00e9prochable et ce sont les m\u00e9chants qui cherchent \u00e0 nuire, calomnier\u00a0\u00bb<\/i>. Les administrateurs du district ajoutent que les officiers municipaux et le juge de paix du canton de Plouguerneau, Cabon, se sont bien d\u00e9plac\u00e9s sur les lieux du naufrage (le 23 janvier), et ont constat\u00e9 que le la coque du navire \u00e9tait perc\u00e9e en plusieurs endroits. Mais ils se renseignent sur la d\u00e9marche \u00e0 suivre et si l\u2019Amiraut\u00e9 couvre le bris. Or elle est moribonde (elle est supprim\u00e9e en mai 1792) et les administrateurs font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019article 5 de la loi du 9 ao\u00fbt 1791, relative \u00e0 la police de la navigation et des ports de commerce qui stipule que c\u2019est au juge de paix de s\u2019int\u00e9resser aux bris, de requ\u00e9rir la force arm\u00e9e de la municipalit\u00e9 si n\u00e9cessaire, de se transporter sur les lieux du naufrage pour sauver le navire et les marchandises et enfin de rapporter les proc\u00e8s-verbaux.<br \/>\nLa m\u00eame m\u00e9fiance pr\u00e9vaut dans la lettre du 3 mai 1792 de l\u2019accusateur public pr\u00e8s le tribunal criminel du d\u00e9partement du Finist\u00e8re adress\u00e9e au juge de paix du canton de Plouguerneau. Il lui reproche <i>\u00ab son inaptie, la loi qu\u2019il ne conna\u00eet pas et qu\u2019il est incapable d\u2019ex\u00e9cuter quand bien m\u00eame il l\u2019aurait sous les yeux\u00a0\u00bb<\/i>. Mais aussi <i>\u00ab\u00a0\u00a0de ne pas avoir d\u00e9livr\u00e9 une copie du proc\u00e8s-verbal de l\u2019\u00e9chouement, de la dilapidation, du pillage, de la spoliation des marchandises du navire le <b><i>Neptune<\/i><\/b> \u00e0 messieurs les commissaires envoy\u00e9s par le directoire du d\u00e9partement \u00e0 Plouguerneau dans le courant du mois de mars. Cette copie aurait du \u00eatre r\u00e9dig\u00e9e conjointement avec la municipalit\u00e9 de Plouguerneau et de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h\u00a0\u00bb<\/i>. Il s\u2019agit des commissaires Brichet et Rolland qui accompagnaient le juge Dandin de Brest. De plus, il s\u2019\u00e9tonne que le juge refuse de s\u2019expliquer sur les spoliations. Il enfonce encore davantage le magistrat \u00e0 propos des 23 hommes intercept\u00e9s sur le <b><i>Neptune<\/i><\/b>, dont seulement quatre furent arr\u00eat\u00e9s, et qu\u2019il a bien fallu rel\u00e2cher car <i>\u00ab\u00a0l\u2019\u00a0esp\u00e8ce de proc\u00e8s-verbal du juge de paix \u00e9tait cousu de nullit\u00e9s, de fautes de formes et inintelligible\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nPlus grave encore, Cabon aurait \u00e9t\u00e9 complice des pilleurs. L\u2019accusateur public pr\u00e8s le tribunal criminel du d\u00e9partement dans la lettre pr\u00e9c\u00e9dente s\u2019emporte du fait que le juge de paix, n\u2019a pas fait compara\u00eetre devant la justice l\u2019un de ses domestiques pour spoliation et pillage. Il rajoute que <i>\u00ab\u00a0les commissaires ont \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9 par le proc\u00e9d\u00e9 le plus malhonn\u00eate au point de les troubler dans leurs op\u00e9rations\u00a0\u00bb<\/i>. Qu\u2019entend-t-il par l\u00e0\u00a0? Il est furieux de l\u2019attitude de Cabon et il le menace ouvertement de saisir le tribunal criminel.<br \/>\nLe commissaire provisoire Jossic pr\u00e8s l\u2019administration \u00e0 Quicquelleau (proche de Lesneven), surench\u00e9rit et, lui aussi, incrimine le juge de paix Cabon et certains magistrats de Plouguerneau d\u2019avoir tremp\u00e9 dans le pillage. On ne sait si une quelconque action a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre de Cabon.<br \/>\nC\u2019est pour mieux superviser le naufrage du <b><i>Neptune<\/i><\/b> et affronter les diverses turpitudes s\u2019y rattachant que des \u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs \u00e0 Plouguerneau sont appel\u00e9s \u00e0 la rescousse, comme le juge de paix Testard et la garde Nationale de Lesneven, sans oublier le juge de paix Dandin de Brest, escort\u00e9 des commissaires de Lesneven et de Brest. Efficacit\u00e9 oblige.<br \/>\nUne telle strat\u00e9gie provient du comportement honteux adopt\u00e9 par les autorit\u00e9s locales lors des naufrages et que d\u00e9nonce Cambry lorsqu\u2019il assure que les b\u00e2timents <i>\u00absont pill\u00e9s par les commissaires qu\u2019on a charg\u00e9s de sauver\u00a0\u00bb<\/i>.<br \/>\nD\u2019ailleurs les archives du Service Historique de la Marine de Brest rec\u00e8lent de multiples exemples de douaniers, garde-c\u00f4tes se servant sans aucun scrupule sur les navires naufrag\u00e9s au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle. Les hommes changeaient mais les vilaines habitudes persistaient.<\/p>\n<p>Cette mauvaise volont\u00e9 des autorit\u00e9s locales \u00e0 collaborer avec celles qui leur sont sup\u00e9rieures se justifie ais\u00e9ment. Les notables ruraux voient dans l\u2019irruption de ces rouages lointains, une intrusion inhabituelle des gens de la ville qui rognent sur leurs propres domaines de responsabilit\u00e9s. A l\u2019\u00e9poque, les d\u00e9cisions se prennent surtout dans les villes, les gardes nationaux, les gendarmes maintenant l\u2019ordre r\u00e9sident \u00e9galement dans les cit\u00e9s voisines. Leur irruption, \u00e0 chaque fois, est mal per\u00e7ue. De plus, les notables des campagnes, appuy\u00e9s par le monde paysan, appr\u00e9hendent diff\u00e9remment la mani\u00e8re de mener la R\u00e9volution et surtout de r\u00e9gler des probl\u00e8mes religieux de plus en plus sensibles.<br \/>\nLa coupure est r\u00e9elle \u00e0 Plouguerneau entre une population alli\u00e9e \u00e0 ses notables, soutenant les pr\u00eatres r\u00e9fractaires, et le monde des villes dont sont souvent originaires les cur\u00e9s jureurs.<br \/>\nMais, sans doute la peur de repr\u00e9sailles de certains pilleurs \u00e0 l\u2019encontre des autorit\u00e9s a jou\u00e9 en faveur d\u2019une certaine neutralit\u00e9 voire d\u2019une bienveillance compr\u00e9hensible dans des campagnes o\u00f9 tout le monde se conna\u00eet, o\u00f9 les moindres faits et gestes de chacun ne passent pas inaper\u00e7us.<\/p>\n<p><b><span style=\"color: blue;\">Quel bilan pour l\u2019affaire du <b><i>Neptune<\/i><\/b>\u00a0?<\/span><\/b><\/p>\n<p>Que retenir de l\u2019affaire du <b><i>Neptune<\/i><\/b>\u00a0? Le naufrage du navire est sans commune mesure avec les fortunes de mer habituelles enregistr\u00e9es sur la c\u00f4te du pays Pagan. Le navire appara\u00eet assez imposant, de valeur marchande exceptionnelle, et de surcro\u00eet, de nationalit\u00e9 anglaise. On est loin du petit caboteur qui se brise, de temps \u00e0 autre, sur les r\u00e9cifs constellant la c\u00f4te Pagane, et que vont piller quelques dizaines de saltins.<br \/>\nDu c\u00f4t\u00e9 de la populace, il n\u2019y a gu\u00e8re de r\u00e9elles surprises. La mobilisation est sans pr\u00e9c\u00e9dent. Les riverains ne sont pas tous des pilleurs, comme le souligne Cambry, mais cependant la Paganie est la zone la plus active en terme de pr\u00e9dation marine du littoral l\u00e9onard. Ces mauvaises habitudes sont inscrites dans les mentalit\u00e9s et dans les habitudes s\u00e9culaires des habitants du secteur. Alors, rien de frappant \u00e0 d\u00e9couvrir sur la gr\u00e8ve de Ganquennoc des milliers de pilleurs, avertis par le fameux bouche \u00e0 oreille qui rameute rapidement toute une frange de la population des communes environnantes. L&rsquo;ardeur des Paganiz sera d&rsquo;ailleurs favoris\u00e9e par la dur\u00e9e dans le temps de l&rsquo;immobilisation du <b><i>Neptune<\/i><\/b> \u00e0 Granquennoc. La f\u00e9brilit\u00e9 envers l\u2019\u00e9pave est \u00e0 relier \u00e0 la paup\u00e9risation de nombreux individus, toutes classes sociales confondues, \u00e0 un quotidien violent que l\u2019on reproduit, certes, vis \u00e0 vis du navire, mais \u00e9galement des autorit\u00e9s et, pour finir, par une sorte de d\u00e9douanement moral permettant aux pilleurs de s\u2019activer sur les lieux du naufrage sans aucun \u00e9tat d\u2019\u00e2me. D\u2019ailleurs, l\u2019\u00e9tude des proc\u00e8s-verbaux des juges de l\u2019\u00e9poque s\u2019av\u00e8re parfaitement explicite.<br \/>\nLes saltins\u00a0<i>\u00ab\u00a0sauvent des flots, enl\u00e8vent des flots\u00a0\u00bb<\/i> les objets que les hommes de loi leur reprochent d\u2019avoir d\u00e9rob\u00e9s. Cette manne, l\u2019ed ar mor, est un don de Dieu, une compensation \u00e0 leur mis\u00e8re sur terre, et leur qu\u00eate est loin d\u2019\u00eatre ressentie comme un acte d\u00e9lictueux.<br \/>\nDu c\u00f4t\u00e9 des autorit\u00e9s la mobilisation d\u00e9note quelques ambigu\u00eft\u00e9s que l\u2019on ne peut omettre de signaler.<br \/>\nLes autorit\u00e9s locales, officiers municipaux, maires, juges de paix, semblent faire preuve de bonne volont\u00e9, surtout dans la sauvegarde des biens r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s sur le <b><i>Neptune<\/i><\/b>, mais ne s\u2019engagent que timidement lorsqu\u2019il faut braver des populations agressives et des gens que l\u2019on rencontre chaque jour. Indulgence\u00a0? Peur des foules\u00a0? Crainte de repr\u00e9sailles\u00a0? Complicit\u00e9 pour certains\u00a0? Sans doute un peu de tout cela, ce qui d\u00e9termine le recours aux \u00e9chelons sup\u00e9rieurs, au niveau du district de Lesneven, de sa garde nationale, de sa gendarmerie, mais aussi du d\u00e9partement. En effet, l\u2019affaire a eu un impact insoup\u00e7onnable, d\u00e9passant largement le cadre de la petite commune de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h. L\u2019incident diplomatique avec le Royaume-Uni se profile au-del\u00e0 de la Manche, entra\u00eenant l\u2019intervention des minist\u00e8res de la Marine et de l\u2019Int\u00e9rieur. Ils somment les responsables administratifs et judiciaires d\u2019entamer rapidement des actions \u00e9nergiques, mais \u00e9galement de fournir des explications relatives au naufrage et au pillage du <b><i>Neptune<\/i><\/b>. La venue du juge Dandin et de sa troupe am\u00e8nera \u00e0 la raison quelques Paganiz. Effarouch\u00e9s, ils restituent une partie de leur butin. L\u2019occupation militaire par des soldats issus des villes voisines sur le propre terrain des pilleurs devenait efficace.<br \/>\nDe nombreuses zones d\u2019ombre subsistent dans ce travail d\u2019investigation. Il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 possible de r\u00e9soudre certaines \u00e9nigmes concernant le sort du navire et de certains objets saisis par les autorit\u00e9s.<br \/>\nCes interrogations et myst\u00e8res int\u00e8grent le l\u00e9gendaire habituel du monde de la mer. Pourtant, Ren\u00e9 Ogor, originaire de Plouguerneau et plongeur \u00e9m\u00e9rite a lev\u00e9 une partie du voile qui recouvrait l\u2019affaire du <b><i>Neptune<\/i><\/b>. Ayant obtenu une indication pr\u00e9cieuse, par Denez Abernot, concernant un certain <i>\u00ab\u00a0 rocher du galion\u00a0\u00bb<\/i>, \u00e0 quelques encablures de la gr\u00e8ve blanche, il d\u00e9couvrit, en 1987, des vestiges d\u2019un bateau et divers objets qu\u2019il transportait. Apr\u00e8s les v\u00e9rifications qui s\u2019imposaient, il en d\u00e9duisit qu\u2019il existait une forte probabilit\u00e9 que ses d\u00e9couvertes se rattachaient au <b><i>Neptune<\/i><\/b>.<\/p>\n<div align=\"CENTER\">*********************<\/div>\n<p>(1) La commune de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h est supprim\u00e9e en 1792. Les PV contiennent souvent le terme de paroisse \u00e0 la place de commune.<br \/>\n(2) Selon les archives d\u00e9partementales 10L156, le <b><i>Neptune<\/i><\/b> \u00e9tait un navire de la Compagnie des Indes anglaises qui revenait des Indes, pour une cargaison \u00e9valu\u00e9e \u00e0 1,8 millions de livres. Nous-m\u00eames y avons cru jusqu\u2019au moment o\u00f9 le doute s\u2019est install\u00e9. Apr\u00e8s avoir contact\u00e9 le service anglais g\u00e9rant les archives de la Compagnie et qui m\u2019a aimablement r\u00e9pondu, il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 que l\u2019information \u00e9tait erron\u00e9e. Aucun b\u00e2timent de ce nom n\u2019est recens\u00e9 \u00e0 cet endroit et ce jour l\u00e0. M\u00eame constat pour Ren\u00e9 Ogor. Un nouveau document permet de certifier d\u00e9finitivement que le <b><i>Neptune<\/i><\/b> n\u2019est pas un navire de la Compagnie des Indes.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<div align=\"justify\"><span style=\"font-size: small;\"><br \/>\n<b>Les sources\u00a0: <\/b><br \/>\n&#8211; Archives d\u00e9partementales du Finist\u00e8re\u00a0: 578 E d\u00e9p\u00f4t 1 (d\u00e9lib\u00e9rations du conseil municipal 1792-an IX)<br \/>\n-S\u00e9rie L de la R\u00e9volution dans le Finist\u00e8re (juges de paix des cantons de Plouguerneau 72L6, de Ploudalm\u00e9zeau 92L6\u00a0; 17L7). 10L156.<br \/>\n&#8211; SHM de Brest (Service Historique de la Marine).<br \/>\nAfin de mieux s\u2019impr\u00e9gner des mentalit\u00e9s de l\u2019\u00e9poque, l\u2019orthographe et la nature des mots ont, dans l\u2019ensemble, \u00e9t\u00e9 respect\u00e9s. Pour assurer une meilleure compr\u00e9hension et donner au r\u00e9cit une approche plus vivante, que les proc\u00e8s-verbaux consult\u00e9s ne fournissent pas toujours, nous avons parfois regroup\u00e9 des extraits de textes puis\u00e9s dans des sources diff\u00e9rentes. Tous les extraits d\u2019archives sont indiqu\u00e9s en italique.<br \/>\nCertains noms de lieux gardent le K barr\u00e9 (K\/) usit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque dans les \u00e9critures.<br \/>\n<\/span><\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><b>Bibliographie.<\/b><br \/>\nCabantous A.\u00a0 : Les c\u00f4tes barbares, Fayard, 1993.<br \/>\nCambry\u00a0J. : Voyage dans le Finist\u00e8re. Coop Breizh, 1993.<br \/>\nLiz\u00e9 P.\u00a0: r\u00e9pertoires des naufrages, 1977.<br \/>\nHirrien J-P: Naufrages et pillages en L\u00e9on. 2000. Skol Vreizh.<\/p>\n<p><b>Glossaire.<\/b><\/p>\n<p><b>Aulne<\/b>: unit\u00e9 de mesure servant pour les \u00e9toffes. Elle correspond \u00e0 environ 1,20 m.<br \/>\n<b>Armoricains\u00a0<\/b>: ce terme para\u00eet r\u00e9guli\u00e8rement pour d\u00e9signer les pillards. Peut-\u00eatre faut-il y voir de la part des autorit\u00e9s, plus francis\u00e9s, leur volont\u00e9 de se d\u00e9marquer de populations frustres, et surtout bretonnantes.<br \/>\n<b>Baraterie<\/b>\u00a0: pr\u00e9judice caus\u00e9 volontairement par le capitaine ou un membre de l\u2019\u00e9quipage au propri\u00e9taire d\u2019une cargaison ou \u00e0 l\u2019armateur.<br \/>\n<b>Douanes nationales<\/b>\u00a0: Elles viennent d\u2019\u00eatre constitu\u00e9es et se substituent \u00e0 l\u2019Amiraut\u00e9 et \u00e0 la Ferme. On trouve des douaniers au Korejou, \u00e0 l\u2019Aber-Wrac\u2019h, \u00e0 Ploun\u00e9our-Trez\u2026<br \/>\n<b>Garde nationale\u00a0<\/b>: milice cr\u00e9\u00e9e en juillet 1789, compos\u00e9e de bourgeois, dont la mission est le maintien de l\u2019ordre.<br \/>\n<b>Gros cul\u00a0<\/b>: navire marchand au tonnage assez cons\u00e9quent.<br \/>\n<b>Justin\u00a0<\/b>: ici veste pour un homme.<br \/>\n<b>Mainlev\u00e9e\u00a0<\/b>: acte qui arr\u00eate les effets d\u2019une saisie.<br \/>\n<b>Monitoire\u00a0<\/b>: un commandement de l\u2019Eglise enjoint aux fid\u00e8les de dire ce qu\u2019ils savent sur les vols et pillages des navires naufrag\u00e9s sous peine d\u2019excommunication. Le monitoire est port\u00e9 trois dimanches cons\u00e9cutifs dans la paroisse li\u00e9e \u00e0 l\u2019affaire (aux pr\u00f4nes de la grand- messe). Les r\u00e9sultats de cette proc\u00e9dure restent dans l\u2019ensemble m\u00e9diocre par le petit nombre de t\u00e9moins qui r\u00e9pondent.<br \/>\n<b>M\u00e9nez<\/b>\u00a0: int\u00e9rieur des terres, par opposition au littoral.<br \/>\n<b>Paganiz<\/b>\u00a0: habitants du Pays Pagan. Territoire l\u00e9onard du littoral, s\u2019\u00e9tendant de Goulven \u00e0 l\u2019Aber-Wrac\u2019h.<br \/>\n<b>Pens\u00e9\u00a0<\/b>: \u00e9pave.<br \/>\n<b>Ribins\u00a0<\/b>: petits chemins connus des habitants.<br \/>\n<b>Saltins<\/b>\u00a0: pilleurs.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019AFFAIRE DU Neptune, janvier-avril 1792. Jean-Pierre Hirrien Janvier 1792\u00a0: Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, terre des Paganiz*. L\u2019hiver s\u2019est install\u00e9 sur Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h. Les temp\u00eates se succ\u00e8dent \u00e0 des rythmes in\u00e9gal\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es. 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