{"id":517,"date":"2012-04-13T14:46:08","date_gmt":"2012-04-13T12:46:08","guid":{"rendered":"https:\/\/plouguerneau.net\/les-laveuses-de-nuit\/"},"modified":"2025-01-27T10:03:45","modified_gmt":"2025-01-27T09:03:45","slug":"les-laveuses-de-nuit","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/les-laveuses-de-nuit\/","title":{"rendered":"Les laveuses de nuit"},"content":{"rendered":"<div align=\"justify\">Le texte ci-dessous est issu de l&rsquo;ouvrage <b>Les lavandi\u00e8res : l\u00e9gende bretonne<\/b> de Gabrielle d&rsquo;\u00c9thampes (18..-19..) \u00e9dit\u00e9 en 1877 chez Bourguet-Calas (Paris)<\/p>\n<div align=\"center\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/appriou.bzh\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/lavoirs_leslavandieres.jpg\" \/><br \/>\n<span style=\"font-size: xx-small;\">Yan d&rsquo;Argent, Les Lavandi\u00e8res de la nuit, 1861, Mus\u00e9e des Beaux-Arts de Quimper<\/span><\/p>\n<p><b>LES LAVEUSES DE NUIT <\/b><\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y avait quatre ou cinq jours qu&rsquo;Hector de Charvignay avait quitt\u00e9 le ch\u00e2teau ; le baron ne le voyant pas revenir \u00e9tait plong\u00e9 dans une tristesse mortelle ; ses nuits se passaient sans sommeil, ses jours \u00e9taient tortur\u00e9s par l&rsquo;angoisse et la douleur.<\/p>\n<p>Le cinqui\u00e8me jour, vers dix heures du soir, le baron venait de regagner ses appartements ; fatigu\u00e9 outre mesure et des nuits d&rsquo;insomnie et des journ\u00e9es pass\u00e9es dans les pleurs, il cherchait \u00e0 trouver un peu de repos, \u00e0 d\u00e9faut du sommeil qui lui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 pourtant si n\u00e9cessaire, quand il fut tenu forc\u00e9ment \u00e9veill\u00e9 par les accents d&rsquo;une voix m\u00e9lancolique et pure qui chantait non loin le refrain plaiutif d&rsquo;une chanson du pays.<\/p>\n<p>\u2014Encore ! murmura le baron en s&rsquo;ensevelissant sous ses couvertures comme s&rsquo;il e\u00fbt esp\u00e9r\u00e9 fuir ces accents qui devenaient plus distincts \u00e0 mesure qu&rsquo;ils se rapprochaient. Entendrai-je toujours cette voix qui ravive tous mes remords ?<\/p>\n<p>\u2014 Tu dors, baron de Charvignay, cria la voix si douce tout \u00e0 l&rsquo;heure et maintenant mena\u00e7ante et terrible, tu dors et ta fille pleure !<\/p>\n<p>\u2014 Ma fille ! s&rsquo;\u00e9cria-t-il malgr\u00e9 lui.<\/p>\n<p>\u2014 Ta fille qui t&rsquo;a \u00e9t\u00e9 ravie et que tu ne reverras jamais peut-\u00eatre. C&rsquo;est l\u00e0 une juste punition de tes crimes, auxquels tu ne songes pas \u00e0 mettre un terme. Ne cherches-tu pas chaque jour \u00e0 te d\u00e9faire d&rsquo;un noble et digne jeune homme qui ne t&rsquo;a fait d&rsquo;autre mal que de partager avec toi son pain, sa demeure, sa fortune ? N&rsquo;est-ce pas dans l&rsquo;intention de le faire p\u00e9rir que, surmontant tes terreurs, tu es all\u00e9 \u00e0 minuit chercher le poignard dont je ne sais quel parchemin t&rsquo;avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l&rsquo;existence ? Mais d&rsquo;autres quo toi connaissaient ce pr\u00e9cieux secret et l&rsquo;arme du magicien est entre les mains d&rsquo;une de tes victimes. Cette victime, ai-je besoin de te la nommer ? Ne sais-tu pas qu&rsquo;elle se trouve parmi les Laveuses de nuit de l&rsquo;Etang-du-Diable ? Ne sais-tu pas qu&rsquo;elle a jur\u00e9 de se venger quand l&rsquo;heure en serait venue ?<\/p>\n<p>\u2014 Ma fille, ma fille ! Rendez-moi ma fille !<\/p>\n<p>\u2014 Rends \u00e0 Olivier les biens enfouis dans la cachette secr\u00e8te ; abandonne le toit de ses anc\u00eatres, fuis bien loin de ce pays en jurant de respecter \u00e0 jamais les jours du dernier K\u00e9roulan ; \u00e0 ce prix, tu la reverras, ton H\u00e9l\u00e8ne. Seulement, elle sera pauvre, elle n&rsquo;aura ni position ni honneurs, mais si elle a la vie sauve, que peux-tu d\u00e9sirer de plus ?&#8230; Ah! je sais, je sais quel est ton voeu secret. Baron de Charvignay, retiens bien les paroles de celle qui ne t&rsquo;a jamais tromp\u00e9 ! Entre ta fille et Olivier, il y a un ab\u00eeme ; H\u00e9l\u00e8ne de Charvignay ne sera jamais comtesse de K\u00e9roulan. Au lieu de te bercer d&rsquo;illusions chim\u00e9riques, accepte mes conditions. Veux-tu donc que ton H\u00e9l\u00e8ne, dont tu es si fier et qui est aujourd&rsquo;hui au pouvoir des Lavandi\u00e8res, soit, elle aussi, condamn\u00e9e \u00e0 laver \u00e9ternellement son suaire a l&rsquo;\u00e9tang-du-Diable ?<\/p>\n<p>Le baron se sentit frissonner jusqu&rsquo;\u00e0 la moelle des os ; il ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>La voix recommen\u00e7a sa triste chanson, elle s&rsquo;\u00e9loigna peu \u00e0 peu; bient\u00f4t on ne l&rsquo;entendit plus que comme un murmure, puis elle s&rsquo;\u00e9teignit tout a fait.<\/p>\n<p>\u2014 Ma fille ! ma pauvre fille ! r\u00e9p\u00e9tait M. de Charvignay en proie au plus navrant d\u00e9sespoir, qu&rsquo;est-elle devenue ? Qu&rsquo;en a-t-on fait ? Ch\u00e8re enfant, elle appelle \u00e0 son secours et son p\u00e8re est forc\u00e9 de rester sourd \u00e0 sa voix. Ah ! mon H\u00e9l\u00e8ne<br \/>\nbien-aim\u00e9e, si ton p\u00e8re fut coupable, il est encore plus malheureux !<\/p>\n<p>Le baron cacha sa t\u00eate dans ses mains et il pleura. Il pleura, lui l&rsquo;\u00eatre insensible par excellence, il pleura sa fille pour laquelle il e\u00fbt donn\u00e9 mille fois sa vie parce que c&rsquo;\u00e9tait la sa seule affection !<\/p>\n<p>Olivier avait \u00e9t\u00e9, lui aussi, r\u00e9veill\u00e9 par les accents de la voix myst\u00e9rieuse qui, selon le dire des gens du manoir, n&rsquo;appartenait \u00e0 personne. Il s&rsquo;\u00e9tait lev\u00e9, et, engag\u00e9 par la beaut\u00e9 de la nuit, il \u00e9tait sorti du ch\u00e2teau, heureux de pouvoir \u00e9chapper \u00e0 des visions importunes.<\/p>\n<p>La campagne \u00e9tait solitaire et d\u00e9serte, le silence n&rsquo;\u00e9tait interrompu que par des coups de battoir qui se r\u00e9percutaient au loin.<\/p>\n<p>Machinalement Olivier prit le chemin de l&rsquo;\u00c9tang-du-Diable.<\/p>\n<p>On les disait profond\u00e9ment m\u00e9chantes, les Lavandi\u00e8res, mais comment Marguerite, autrefois si aimante et si douce, aurait-elle pu cesser d&rsquo;\u00eatre bonne? Non, m\u00eame parmi ces cr\u00e9atures si redoutables au paysan breton, si terribles pour les voyageurs \u00e9gar\u00e9s qui tombent dans leur repaire, Marguerite devait avoir conserv\u00e9 son aimable caract\u00e8re, elle devait \u00eatre bonne toujours, pauvre<br \/>\nMarguerite!&#8230;<\/p>\n<p>Olivier approchait de l&rsquo;\u00c9tang-du-Diablo et les coups de battoir se faisaient entendre de plus en plus distincts : c&rsquo;\u00e9tait bien de l\u00e0 qu&rsquo;ils parlaient. Bient\u00f4t, \u00e0 travers les branchages du petit sentier, il vit les \u00e9toiles scintiller dans l&rsquo;eau et quelque chose de blanc pench\u00e9 sur le lavoir. \u00c9tait-ce Marguerite?<\/p>\n<p>Olivier s&rsquo;arr\u00eata, le coeur lui battait avec force ; il ne se sentait plus le courage d&rsquo;avancer.<\/p>\n<p>Pourtant, ayant repris un peu de calme, il fit quelques pas encore et se trouva \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;\u00e9tang. Soit que la Lavandi\u00e8re ne l&rsquo;aper\u00e7\u00fbt pas, soit qu&rsquo;elle feign\u00eet de ne pas le voir, elle continua de savonner avec ardeur, sans prendre garde \u00e0 sa<br \/>\npr\u00e9sence.<\/p>\n<p>\u2014 Marguerite ! cria-t-il d&rsquo;une voix si forte que tous les \u00e9chos du bois en tressaillirent.<\/p>\n<p>La Lavandi\u00e8re poussa un cri d&rsquo;effroi et s&rsquo;enfuit. Mais, quelque pr\u00e9cipitation qu&rsquo;elle e\u00fbt mis \u00e0 s&rsquo;\u00e9loigner, Olivier avait eu le temps de voir son visage ; ce n&rsquo;\u00e9tait point Marguerite. Marguerite avait une couronne de blonds cheveux; de longues tresses noires encadraient les joues de celle-ci.<\/p>\n<p>\u2014 Que je suis enfant ! se dit-il ; ne sais-je pas que ma pauvre Marguerite est morte et que les morts ne quittent pas leur tombe !<\/p>\n<p><i>Marguerite ma mie<br \/>\nA de bien blonds cheveux&#8230; <\/i><\/p>\n<p>chanta, en ce moment, une voix douce et peu \u00e9loign\u00e9e.<\/p>\n<p>\u2014 Mon Dieu ! comme c&rsquo;est bien l\u00e0 sa voix, murmura Olivier en joignant les mains.<\/p>\n<p>\u2014 Ren\u00e9e ! Uence ! Alix ! cria-t-on par trois fois.<\/p>\n<p>Puis une forme blanche glissa, l\u00e9g\u00e8re, entre les arbres du sentier. Olivier crut voir un objet briller dans sa main.<\/p>\n<p>L&rsquo;apparition s&rsquo;arr\u00eata \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la Chaise-au-Diable et attendit.<\/p>\n<p>Olivier attendait, lui aussi; il semblait qu&rsquo;une main invisible le clou\u00e2t au milieu de ce sentier.<\/p>\n<p>Un bruit de feuilles froiss\u00e9es se fit entendre et deux ombres sortirent du bois.<\/p>\n<p>\u2014 Nous voici, soeur, dirent-elles.<\/p>\n<p>\u2014 Marguerite ! murmura Olivier, c&rsquo;est Marguerite.<\/p>\n<p>\u2014 Regardez, dit la premi\u00e8re apparition en montrant l&rsquo;objet qu&rsquo;elle tenait dans ses mains, et partagez ma joie, mes soeurs, c&rsquo;est la clef du tr\u00e9sor.<\/p>\n<p>\u2014 Mon Dieu ! pensa encore Olivier, mais celle-l\u00e0 aussi a sa voix ; laquelle est donc Marguerite?<\/p>\n<p>Olivier n&rsquo;avait pas peur, et pourtant il \u00e9tait p\u00e2le et la sueur perlait sur son front.<\/p>\n<p>\u2014 La clef du tr\u00e9sor ! r\u00e9p\u00e9t\u00e8rent les deux ombres ; mais le tr\u00e9sor o\u00f9 est-il ? C&rsquo;est l\u00e0 ce qu&rsquo;il nous importe de savoir.<\/p>\n<p>\u2014 Oh! ne craignez rien, mes soeurs, nous le trouverons quand nous devrions passer les nuits \u00e0 le chercher<\/p>\n<p>\u2014 Nous avons mis pr\u00e8s de trois ans \u00e0 trouver cette clef, ma soeur.<\/p>\n<p>\u2014 Et quand nous en mettrions quatre pour d\u00e9couvrir le lieu o\u00f9 est enfoui le tr\u00e9sor, regretterais-tu l&#8217;emploi de ton temps si l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de la maison de K\u00e9roulan est \u00e0 ce prix, dis, Alix ?<\/p>\n<p>\u2014 Qu&rsquo;entends-je ? se dit Olivier; oh ! je fais un r\u00eave !<\/p>\n<p>\u2014 Vous savez, mes soeurs, reprit le premier fant\u00f4me, que le comte Renaud V de K\u00e9roulan, grand-p\u00e8re du comte M\u00e9riadec, avait enfoui de l&rsquo;or et des pierreries en quantit\u00e9 dans une cachette connue de lui seul ; mais vous ignorez de quelle mani\u00e8re j&rsquo;ai appris l&rsquo;existence de ce tr\u00e9sor : \u00e9coutez-donc ce que je vais dire.<\/p>\n<p>\u00ab Le comte Renaud de K\u00e9roulan n&rsquo;avait qu&rsquo;un fils, et ce fils il l&rsquo;avait donn\u00e9 au roi. Pendant que ce jeune homme \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e, le vieillard tomba dangereusement malade, et se voyant pr\u00e8s de mourir, il se fit apporter une feuille de parchemin sur laquelle il \u00e9crivit son testament. Dans ce testament, il disait le lieu o\u00f9 il avait enfoui une grande partie de ses richesses, et \u00e0 quel chiffre \u00e9norme elles montaient. Il confia ses volont\u00e9s derni\u00e8res au chapelain du ch\u00e2teau et mourut en b\u00e9nissant son fils absent.<\/p>\n<p>\u00ab Quand celui-ci revint, le vieux pr\u00eatre \u00e9tait mort aussi. Parmi ses papiers on en trouva un qui apprenait la remise que le comte Renaud lui avait faite de son testament ; quant au testament, il fut impossible de le retrouver. Qu&rsquo;\u00e9tait-il devenu ?<\/p>\n<p>\u00ab Nul ne pourrait le dire ; ce qui est bien certain, c&rsquo;est qu&rsquo;aucun des K\u00e9roulan n&rsquo;a eu connaissance du tr\u00e9sor.<\/p>\n<p>\u2014 Comment donc sais-tu, toi, qu&rsquo;il y en a un ?<\/p>\n<p>\u2014 Je vais le le dire. Une nuit, \u2014 il y a trois ans de cela, \u2014 je p\u00e9n\u00e9trai dans la biblioth\u00e8que du ch\u00e2teau avec l&rsquo;intention d&rsquo;y choisir quelques livres. Je me trouvai soudain en pr\u00e9sence de M. de Charvignay, lequel \u00e9tait \u00e9tendu sur un fauteuil et dormait profond\u00e9ment. Une de ses mains s&rsquo;appuyait sur une table o\u00f9 se trouvait une grande confusion de papiers et de livres. Je m&rsquo;avan\u00e7ai, et, \u00e0 la clart\u00e9 de la lune qui brillait \u00e0 travers la grande fen\u00eatre, je distinguai parmi les papiers \u00e9pars un morceau de parchemin dont je me saisis vivement, guid\u00e9e par je ne sais quel<br \/>\ninstinct. Je m&rsquo;approchai de la fen\u00eatre et j&rsquo;essayai de d\u00e9chiffrer les caract\u00e8res de ce fragment qui me semblait fort ancien. A peine eus-je jet\u00e9 les yeux sur les premi\u00e8res lignes qu&rsquo;un cri de bonheur s&rsquo;\u00e9chappa de mes l\u00e8vres : c&rsquo;\u00e9tait le testament du comte Renaud !<\/p>\n<p>\u2014 Entre les mains du baron de Charvignay, juste ciel !<\/p>\n<p>\u2014 Mais puisque tu as eu ce testament en ta possession, comment se fait-il que tu ignores la cache secr\u00e8te?<\/p>\n<p>\u2014 Oh! rien de plus simple \u00e0 expliquer; sans doute quelque \u00e9tincelle \u00e9tait tomb\u00e9e de la bougie \u2014 \u00e9teinte alors \u2014 du baron sur les papiers \u00e9pars devant lui, car de la feuille dont je m&rsquo;\u00e9tais empar\u00e9e avec tant d&rsquo;ardeur, il ne restait rien qui put<br \/>\nm&rsquo;int\u00e9resser ; c&rsquo;est-\u00e0-dire que j&rsquo;appris bien l&rsquo;existence du tr\u00e9sor, mais nullement le lieu o\u00f9 il se trouvait ; le reste du testament avait \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9.<\/p>\n<p>\u2014 Oh! malheur! malheur! s&rsquo;\u00e9cri\u00e8rent les deux autres voix avec un accent si lugubre qu&rsquo;Olivier fort int\u00e9ress\u00e9 par cet entretien, se sentit frissonner jusqu&rsquo;au fond de l&rsquo;\u00e2me.<\/p>\n<p>\u2014 Pourtant ce parchemin seul \u00e9tait br\u00fbl\u00e9. Peut-\u00eatre le baron s&rsquo;\u00e9tait-il r\u00e9veill\u00e9 \u00e0 temps pour arr\u00eater l&rsquo;incendie de ses papiers et s&rsquo;\u00e9tait-il rendormi ensuite.<\/p>\n<p>\u2014 Ou peut-\u00eatre avait-il mis lui-m\u00eame le feu au testament de crainte que quelqu&rsquo;un ne le vit.<\/p>\n<p>\u2014 Peut-\u00eatre ! Ce qui est certain, c&rsquo;est que ce Charvignay qui a d\u00e9j\u00e0 tant fait de mal \u00e0 K\u00e9roulan et qui lui en fera encore, je le crains, poss\u00e8de le secret du tr\u00e9sor, et que ce tr\u00e9sor il le d\u00e9robera si le comte Olivier le chasse un jour du ch\u00e2teau. Un autre malheur menace le dernier K\u00e9roulan.<\/p>\n<p>\u2014 Oh ! il y a bien des malheurs qui le menacent, le pauvre jeune homme !<\/p>\n<p>Les trois ombres se parl\u00e8rent quelques minutes \u00e0 voix basse. Olivier eut beau pr\u00eater l&rsquo;oreille, il ne recueillit aucun son.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;un des fant\u00f4mes blancs s&rsquo;agita tout \u00e0 coup et prpnon\u00e7a ces paroles d&rsquo;une voix sourde :<br \/>\n\u2014 L&rsquo;heure de la vengeance est proche.<\/p>\n<p>\u2014 Paix, Ren\u00e9e, ne parlons pas de vengeance. Et, d&rsquo;ailleurs, tu t&rsquo;es cruellement veng\u00e9e d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>\u2014 Cruellement, dis-tu ? Mais cet homme a voulu faire p\u00e9rir Olivier, mais il a allum\u00e9 l&rsquo;incendie&#8230;<\/p>\n<p>\u2014 Chut! interrompit vivement la douce voix qui vibrait si harmonieusement \u00e0 l&rsquo;oreille d&rsquo;Olivier. Je le crois, mes soeurs, oh! oui, je le crois, car je ne sais quel pressentiment dit \u00e0 mon \u00e2me : K\u00e9roulan va revivre et, gr\u00e2ce \u00e0 cette pr\u00e9cieuse<br \/>\nclef, son r\u00e8gne sera plus beau que jamais. Cette clef avait sans doute \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e au chapelain avec le testament et perdue avec lui. Je l&rsquo;ai trouv\u00e9e, \u00e0<br \/>\nl&rsquo;instant m\u00eame, sur le seuil de la biblioth\u00e8que. Je suppose qu&rsquo;ordinairement le baron la portait sur lui, et qu&rsquo;il la d\u00e9posait sous son chevet pendant la nuit. Aujourd&rsquo;hui, elle sera tomb\u00e9e de ses v\u00eatements et il auru oubli\u00e9 de la placer \u00e0 l&rsquo;endroit accoutum\u00e9 ; Dieu l&rsquo;a permis ainsi pour qu&rsquo;elle p\u00fbt arriver dans nos mains. Il faut dire aussi que ce malheureux est comme fou de d\u00e9sespoir depuis<br \/>\nque sa fille, son H\u00e9l\u00e8ne dont il a tant d&rsquo;orgueil, est au pouvoir des m\u00e9chantes Lavandi\u00e8res !<\/p>\n<p>\u2014 Qu&rsquo;il prenne garde d&rsquo;y tomber lui aussi, et surtout qu&rsquo;il ne s&rsquo;avise plus devenir \u00e0 la Chaise-au-Diable d\u00e9terrer des tr\u00e9sors. Oh ! si je l&rsquo;avais vu!&#8230; Il aurait tordu \u00e0 en mourir l&rsquo;un de nos grands linceuls.<\/p>\n<p>\u2014 Ren\u00e9e, Ren\u00e9e, que tu es m\u00e9chante ! Va, ta place est bien parmi les Laveuses de l&rsquo;\u00c9tang-du-Diable !<\/p>\n<p>\u2014 Que je meure si je comprends quelque chose \u00e0 tout ceci, se disait Olivier. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour, j&rsquo;ai toujours trait\u00e9 de fable absurde les fant\u00f4mes et les Lavandi\u00e8res, en existe-t-il donc r\u00e9ellement ?&#8230; Et si l&rsquo;une d&rsquo;elles n&rsquo;\u00e9tait pas Marguerite, s&rsquo;int\u00e9resseraient-elles tant \u00e0 ma famille, \u00e0 moi-m\u00eame ? Il y a l\u00e0-dessous un myst\u00e8re, un myst\u00e8re que je d\u00e9couvrirai, foi de K\u00e9roulan.<\/p>\n<p>Les trois ombres blanches qui, jusqu&rsquo;alors, \u00e9taient demeur\u00e9es cach\u00e9es derri\u00e8re les saules qui bordaient le lavoir, s&rsquo;approch\u00e8rent tout \u00e0 fait de l&rsquo;Etang : chacune d&rsquo;elles prit un lavoir en main. C&rsquo;\u00e9taient donc bien des Lavandi\u00e8res : mais laquelle \u00e9tait Marguerite, la blonde, la douce Marguerite ? La lune qui s&rsquo;\u00e9tait cach\u00e9e sous un nuage, reparut plus brillante ; ses rayons tomb\u00e8rent d&rsquo;aplomb sur la figure d&rsquo;une des Laveuses de Nuit. Olivier poussa un cri et s&rsquo;\u00e9lan\u00e7a les bras tendus.<\/p>\n<p>\u2014 Marguerite ! Marguerite ! prof\u00e9ra-t-il.<\/p>\n<p>Les trois fant\u00f4mes r\u00e9pondirent par un grand cri.<\/p>\n<p>En deux bonds, le jeune homme fut \u00e0 la place o\u00f9 il avait vu les Lavandi\u00e8res, mais il n&rsquo;y avait plus rien que leurs battoirs et un suaire.<\/p>\n<p>Olivier se frappa le front \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n<p>\u2014 S\u00fbrement je deviendrai fou ! s&rsquo;\u00e9cria-t-il, elles \u00e9taient l\u00e0, j&rsquo;en suis s\u00fbr. D&rsquo;ailleurs, n&rsquo;ai-je pas entendu leur long entretien ? Par o\u00f9 ont-elles pu dispara\u00eetre et si vite ?<\/p>\n<p>Il repr\u00eet, r\u00eaveur, le chemin du ch\u00e2teau. Vingt fois il se retourna, croyant voir derri\u00e8re lui l&rsquo;ombre de Marguerite.<\/p>\n<p>C&rsquo;est qu&rsquo;une voix pure et m\u00e9lodieuse le suivait en chantant tout au long une touchante ballade que lui-m\u00eame il avait apprise \u00e0 Marguerite et que<br \/>\ntous deux ils savaient seuls au pays, il en \u00e9tait certain.<\/p>\n<p>Cependant devant lui, autour de lui, la campagne \u00e9tait d\u00e9serte.<\/p>\n<p>Quand Olivier, bris\u00e9 d&rsquo;\u00e9motion, rentra chez lui, il entendit comme les accords mourants d&rsquo;une harpe, et les derni\u00e8res paroles de la ballade vibr\u00e8rent \u00e0 son oreille.<\/p>\n<p>Il parcourut deux ou trois chambres voisines. Elles \u00e9taient silencieuses et d\u00e9sertes. Olivier \u00e9tait Breton; il ne douta plus que toutes ces visions ne fussent des visions fantastiques.<\/p>\n<p>Il se mit \u00e0 genoux et, comme il n&rsquo;avait oubli\u00e9 aucune des croyances de son enfance, il pria pour les \u00e2mes en peine qui errent dans les landes et sur les gr\u00e8ves bretonnes. Il se sentit plus calme apr\u00e8s avoir pri\u00e9.<\/p>\n<p>T\u00e9l\u00e9charger le texte int\u00e9gral : <a href=\"https:\/\/appriou.bzh\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/lavoirs_leslavandieres.pdf\" target=\"blank\">ici<\/a>, source Gallica.fr<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le texte ci-dessous est issu de l&rsquo;ouvrage Les lavandi\u00e8res : l\u00e9gende bretonne de Gabrielle d&rsquo;\u00c9thampes (18..-19..) \u00e9dit\u00e9 en 1877 chez Bourguet-Calas (Paris) Yan d&rsquo;Argent, Les Lavandi\u00e8res de la nuit, 1861, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":1869,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","template":"","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"_EventAllDay":false,"_EventTimezone":"","_EventStartDate":"","_EventEndDate":"","_EventStartDateUTC":"","_EventEndDateUTC":"","_EventShowMap":false,"_EventShowMapLink":false,"_EventURL":"","_EventCost":"","_EventCostDescription":"","_EventCurrencySymbol":"","_EventCurrencyCode":"","_EventCurrencyPosition":"","_EventDateTimeSeparator":"","_EventTimeRangeSeparator":"","_EventOrganizerID":[],"_EventVenueID":[],"_OrganizerEmail":"","_OrganizerPhone":"","_OrganizerWebsite":"","_VenueAddress":"","_VenueCity":"","_VenueCountry":"","_VenueProvince":"","_VenueState":"","_VenueZip":"","_VenuePhone":"","_VenueURL":"","_VenueStateProvince":"","_VenueLat":"","_VenueLng":"","_VenueShowMap":false,"_VenueShowMapLink":false,"footnotes":""},"categories":[140],"tags":[],"class_list":["post-517","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category-lavoirs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/517","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=517"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/517\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1869"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=517"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=517"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=517"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}