{"id":632,"date":"2014-04-13T08:49:02","date_gmt":"2014-04-13T06:49:02","guid":{"rendered":"https:\/\/plouguerneau.net\/se-marier-a-plouguerneau-dans-la-seconde-moitie-du-xviiieme-siecle\/"},"modified":"2014-04-13T08:49:02","modified_gmt":"2014-04-13T06:49:02","slug":"se-marier-a-plouguerneau-dans-la-seconde-moitie-du-xviiieme-siecle-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/se-marier-a-plouguerneau-dans-la-seconde-moitie-du-xviiieme-siecle-2\/","title":{"rendered":"Se marier \u00e0 Plouguerneau dans la seconde moiti\u00e8 du XVIIIeme si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"<div align=\"justify\"><center><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: large;\">SE MARIER A PLOUGUERNEAU DANS LA SECONDE MOITIE DU XVIIIe SIECLE (1747-1790)<\/span><\/strong><\/span><\/center><\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Si les conditions dans lesquelles se r\u00e9alisent les mariages sont connues de nos jours, celles de la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime sont oubli\u00e9es dans la m\u00e9moire collective. Se marier actuellement impose obligatoirement le passage devant le maire et \u00e9ventuellement devant un eccl\u00e9siastique, tandis qu\u2019au XVIIIe si\u00e8cle, avant la R\u00e9volution, seul compte, et existe, le mariage religieux acte civil et c\u00e9r\u00e9monie religieuse. Celui-ci d\u00e9clenche un processus qui t\u00e9moigne de l\u2019attention toute particuli\u00e8re que chacun porte \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un nouveau foyer. Certains param\u00e8tres sont imp\u00e9ratifs, en particulier les contraintes du milieu social et familial.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les formalit\u00e9s peuvent s\u2019av\u00e9rer parfois pesantes. Mais le jour du mariage le s\u00e9rieux de la c\u00e9r\u00e9monie n\u2019exclut en aucun cas la volont\u00e9 de la communaut\u00e9 familiale et villageoise de s\u2019amuser selon certains rites et coutumes propres au monde rural et au pays l\u00e9onard.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: medium;\">A) L\u2019\u00c9VOLUTION DES MARIAGES DANS LE TEMPS<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>A Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, de 1747 \u00e0 1790 le total des mariages est de 113 soit une moyenne de 2,56 par an. Ces chiffres sont sujet \u00e0 caution car certaines ann\u00e9es aucun mariage n\u2019est c\u00e9l\u00e9br\u00e9. La variation du nombre des \u00e9pousailles peut aller de 0 \u00e0 10 ! Le recteur en exercice s\u2019est sans doute montr\u00e9 n\u00e9gligent dans l\u2019enregistrement mais la faiblesse de la population de la paroisse fournit l\u2019autre \u00e9l\u00e9ment d\u2019explication. Aucune \u00e9volution notable n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cel\u00e9e, les effectifs \u00e9tant trop r\u00e9duits.<\/p>\n<p>A Plouguerneau au contraire le montant est cons\u00e9quent : 1101, et les r\u00e9sultats plus probants.<br \/>\nPour 37 ann\u00e9es utilisables la moyenne s\u2019\u00e9tablit \u00e0 29,7 mariages par an.<\/p>\n<p>De 1747 \u00e0 1756 : 32,4<br \/>\nDe 1757 \u00e0 1767 : 28,1<br \/>\nDe 1771 \u00e0 1780 : 30,8<br \/>\nPour la derni\u00e8re d\u00e9cennie (1781 &#8211; 90) : 27,4.<br \/>\nLes taux de nuptialit\u00e9 pour les m\u00eames p\u00e9riodes sont de 8,8; 7,1; 7,8; 6,8 0\/00.<br \/>\nLa situation de d\u00e9part est plus favorable, puis une certaine d\u00e9gradation se produit suivie d\u2019un redressement avant la rechute des ann\u00e9es 80.<br \/>\nP. Tanguy a \u00e9galement not\u00e9e cette m\u00e9diocre tenue des mariages \u00e0 Lesneven.<br \/>\nA la m\u00eame \u00e9poque, les taux de nuptialit\u00e9 en France se maintiennent au-dessus de ceux de la paroisse de Plouguerneau (9,3 0\/00 en 1740-44; 8,6 0\/00 en 1785-89).<\/p>\n<p>Les \u00e9pid\u00e9mies meurtri\u00e8res et une conjoncture \u00e9conomique moins favorable expliquent que les mariages descendent \u00e0 sept entreprises sous la moyenne du demi-si\u00e8cle de 1781 \u00e0 1790 ! Certains historiens ont expliqu\u00e9, en partie, la R\u00e9volution fran\u00e7aise, par une d\u00e9gradation de la situation \u00e9conomique qui freine les possibilit\u00e9s d\u2019\u00e9tablissement de jeunes aspirant au mariage et aurait d\u00e9clench\u00e9 ainsi un m\u00e9contentement latent.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: medium;\">B) LE CHOIX DU CONJOINT<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: small;\">1. L\u2019influence du milieu social<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>Il se r\u00e9v\u00e8le d\u00e9terminant car le mariage correspond d\u2019avantage \u00e0 une affaire d\u2019int\u00e9r\u00eats que de sentiments et l\u2019objectif premier est de maintenir et si possible d\u2019accro\u00eetre le patrimoine ancestral de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration.<br \/>\nDans les actes de mariages de Plouguerneau comme de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h les r\u00e9f\u00e9rences au statut social sont rares (sauf pour les cat\u00e9gories les plus hupp\u00e9es). Heureusement les actes de bapt\u00eames et de d\u00e9c\u00e8s apportent un certain compl\u00e9ment d\u2019information.<\/p>\n<p>Il est clair que les nobles se marient entre eux :<\/p>\n<p>&#8211; Messire \u00e9cuyer Louis-Marie-Raymond de Poulpiquet de Brescanvel \u00e9pouse Dle Marie-P. Denys fille de M-M-J de Kervern en mai 1755.<br \/>\n&#8211; De m\u00eame J-P-M. Gilard de K\u00e9ranflech lieutenant de vaisseau de la Compagnie des Indes se marie \u00e0 C-F-R. dame de Poulpiquet.<\/p>\n<p>Dans l\u2019ordre du tiers \u00e9tat* la situation est identique. Les notaires royaux et procureurs fiscaux convolent en justes noces avec des femmes, qualifi\u00e9es de demoiselles, de leur rang social. La pr\u00e9sence de t\u00e9moins de qualit\u00e9, nobles hommes, honorables hommes, honorables gens, sieurs, messires, ma\u00eetres, d\u2019aristocrates \u00e9galement, nombreux, et sachant signer en tant que t\u00e9moins ne laisse aucun doute sur un milieu socialement \u00e9lev\u00e9 et cultiv\u00e9, qui cherche \u00e0 donner un certain \u00e9clat \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie. L\u2019eccl\u00e9siastique, lui-m\u00eame, en r\u00e9digeant l\u2019acte montre \u00e0 sa mani\u00e8re la consid\u00e9ration qu\u2019il t\u00e9moigne aux \u00e9poux en soignant l\u2019acte et en utilisant sans retenue le papier mis \u00e0 sa disposition. Ces notables cumulaient d\u2019autres fonctions comme F. Cabon d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1779, qui est lieutenant de la milice* gardes-c\u00f4tes du bataillon de Lesneven. On les retrouve dans la gestion de la paroisse dans le cadre de la fabrique*. Leur honorabilit\u00e9 en fait des parrains recherch\u00e9s. F. Leroux est sieur, honorable homme, il \u00e9pouse M-A. Bramouill\u00e9, dont il aura au moins six enfants. Il est titr\u00e9 maire en septembre 1784, syndic * en ao\u00fbt 1786.<\/p>\n<p>De m\u00eame, dans le personnel administratif li\u00e9 \u00e0 la monarchie, les Fermes * du roi par exemple, on recherche des femmes de conditions similaires :<br \/>\nSieur J. F.. Colin (d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1781) avait pour \u00e9pouse Dle M-F. Faucont Dumont dont le p\u00e8re est \u00ab employ\u00e9 au tabac de ce bourg \u00bb.<br \/>\nSieur J. Qu\u00e9r\u00e9, sous-brigadier de K\u00e9rizoc, quant \u00e0 lui \u00e9tait mari\u00e9 \u00e0 Dle L. Levilain de Lanrivan.<\/p>\n<p>Mais si les nobles et notables peuvent \u00eatre identifi\u00e9s dans certains actes des B. M. S. (Bapt\u00eames, Mariages, S\u00e9pultures) et s\u2019unissaient entre eux, qu\u2019en est-il de la majorit\u00e9 des Plouguern\u00e9ens du tiers \u00e9tat ?<\/p>\n<p>Les r\u00e9dacteurs des actes se montrent peu dispos\u00e9s \u00e0 \u00e9voquer leur condition sociale. Sur plus de 12000 actes de B.M.S. consult\u00e9s, au d\u00e9tour de certains, nous d\u00e9couvrons \u00e7a et l\u00e0, mais exceptionnellement un laboureur, un ma\u00eetre de barque, des marins, des journaliers ou des valets domestiques. L\u2019absence d\u2019indications particuli\u00e8res laisse supposer des mariages entre cat\u00e9gories sociales \u00e9quivalentes.<\/p>\n<p>Existait-il des exceptions \u00e0 ces unions d\u2019int\u00e9r\u00eat ? C\u2019est probable. Sieur H-C-M. de Villguoyomar Lerron, dont un fr\u00e8re est pr\u00eatre, se marie \u00e0 Marie R. Berthou, une riche h\u00e9riti\u00e8re ? Dle M-A-G.. Quefrondelaval la Salle s\u2019unit \u00e0 la J-L. Cervel : s\u2019agit-il d\u2019une cadette d\u00e9sargent\u00e9e que l\u2019on pousse dans les bras d\u2019un personnage fortun\u00e9 ?<\/p>\n<p>Ainsi la premi\u00e8re contrainte qui d\u00e9termine le choix du conjoint est l\u2019appartenance \u00e0 sa classe sociale : c\u2019est la r\u00e8gle d\u2019homogamie*. On se marie entre individus du m\u00eame milieu social. Le mariage convenable veut des \u00e9poux de m\u00eame qualit\u00e9 et de m\u00eame condition.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: small;\">2. La part de l\u2019amour<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>Dans la formation du couple l\u2019emprise du milieu social est in\u00e9vitable au XVIIIe si\u00e8cle et Cambry, \u00e9voquant le pays Pagan et le secteur de Pontusval, qualifie le mariage \u00ab d\u2019accord sans amiti\u00e9, sans confiance et sans l\u2019amour \u00bb. Pourtant on ne peut exclure la part de l\u2019amour. Louis El\u00e9gou\u00ebt note certains proverbes bretons qui relatent ce sentiment :<\/p>\n<p>Kalon eur wreg\u2019 zo eun delenn<br \/>\nHag a son kaer pa gar eun den<br \/>\n\u00ab Le coeur d\u2019une femme est une harpe<br \/>\nQui joue merveilleusement quand elle aime un homme. \u00bb<br \/>\nAour melen\u2019 vez ranned<br \/>\nAr garantez ne vez ked<br \/>\n\u00ab On partage l\u2019or, pas l\u2019amour. \u00bb<br \/>\nGwel eo karantez leiz an dourn<br \/>\nEget danvez leiz ar vourn.<br \/>\n\u00ab Mieux vaut de l\u2019amour plein la main,<br \/>\nPlut\u00f4t que des biens plein le four \u00bb<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs les gar\u00e7ons et les filles ne manquent pas d\u2019occasions pour d\u00e9clarer leur flamme : f\u00eates, foires, pardons. Plouguerneau, selon Og\u00e9e, compte cinq pardons : le samedi de P\u00e2ques*, celui de Pentec\u00f4te, celui qui pr\u00e9c\u00e8de le dernier dimanche de juillet, le 31 octobre et le 24 d\u00e9cembre. Les foires des environs sont courues \u00e9galement : on se rend \u00e0 Lannilis et m\u00eame \u00e0 Lesneven le lundi. Aux pardons, le galant remet \u00e0 la jeune femme quelques fruits : pommes, poires, ch\u00e2taignes&#8230; Les regards se font complices les mains se rencontrent, on \u00e9change quelques propos souvent sans importance mais le contact est \u00e9tabli. Les veill\u00e9es constituent \u00e9galement des moments privil\u00e9gi\u00e9s pour les premi\u00e8res approches amoureuses.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20161226154955im_\/http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jpg\/241-veillee.jpg\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>La veill\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour clore ce chapitre sentimental qui met en relief la part de l\u2019amour, on peut \u00e9galement rappeler avec Cambry la pratique de certains rites. L\u2019usage du mai, dans la r\u00e9gion de Lesneven, traditionnellement correspond \u00e0 la plantation d\u2019un arbre couvert de fleurs et de verdure, \u00ab une couronne \u00e9tait plac\u00e9e sur la porte de celle que l\u2019on aimait et on lui destinait un bouquet d\u2019une composition ing\u00e9nieuse \u00bb.<br \/>\nYann Br\u00e9kilien souligne le fait que certains gar\u00e7ons accrochent la nuit qui pr\u00e9c\u00e8de le premier mai une branche d\u2019aub\u00e9pine \u00e0 la porte de celle pour qui bat leur coeur. Mais si la cruelle repousse les avances du soupirant le chou-fleur remplace l\u2019aub\u00e9pine !<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: small;\">3. L\u2019emprise du milieu familial<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>Dans la majorit\u00e9 des cas les mariages sont arrang\u00e9s par les familles. En principe les jeunes peuvent accepter ou refuser. L\u2019\u00c9glise d\u2019ailleurs attache de l\u2019importance \u00e0 cette libert\u00e9 des mariages car elle veut que le contrat matrimonial lie perp\u00e9tuellement les conjoints, que la mort des parents qui ont fait le mariage n\u2019entra\u00eene pas la dissolution. De plus, c\u2019est pour \u00e9viter que les jeunes gens d\u00e9sireux d\u2019embrasser la profession eccl\u00e9siastique ne soient malgr\u00e9 eux engag\u00e9s dans la vie conjugale et restreignent le recrutement des religieux. Dans le L\u00e9on, v\u00e9ritable \u00ab terre des pr\u00eatres \u00bb cet argument a pu jouer dans la formation des couples. A Plouguerneau recruter du personnel religieux ne semble gu\u00e8re poser probl\u00e8me. Dans les registres des s\u00e9pultures nous avons recens\u00e9 plus de 30 religieuses (soeurs du Tiers ordre de St Fran\u00e7ois, du Tiers ordre de St Dominique, du Tiers ordre des Carmes) souvent originaires de la paroisse. Les pr\u00eatres \u00e0 Plouguerneau sont nombreux : de 1747 \u00e0 1790 P\u00e9rennes signale la pr\u00e9sence d\u2019une vingtaine de religieux. Ce chiffre nous parait m\u00eame sous-\u00e9valu\u00e9. On peut tabler sur cinq \u00e0 six pr\u00eatres en permanence sous la direction d\u2019un recteur : An Aotrou Person. Cette vocation sacerdotale se confirme par la suite. Yves Le Gallo fournit le chiffre impressionnant de cent ordinations de Plouguern\u00e9ens de 1803 \u00e0 1964.<\/p>\n<p>Cependant, les parents p\u00e8sent de tout leur poids dans le choix du conjoint de leur fille ou fils et la l\u00e9gislation en vigueur conforte leur autorit\u00e9. Pas de mariage possible sans le consentement des parents. Ils peuvent l\u2019interdire avant 25 ans pour les filles et 30 ans pour les gar\u00e7ons (\u00e2ge de la majorit\u00e9 matrimoniale), en refusant leur aval \u00e0 des jeunes gens consid\u00e9r\u00e9s comme mineurs. Dans le cas de mineurs orphelins, ce qui est fr\u00e9quent, l\u2019autorisation \u00e9mane du conseil de famille. La justice prend ensuite le relais en accordant des dispenses. En ce qui concerne Plouguerneau et Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, les juridictions de Coatquenan, de Carmant, du Ch\u00e2tel \u00e0 Lannilis les d\u00e9livraient.<\/p>\n<p>A Plouguerneau 20% des mariages impliquent au moins un mineur et sur ce total dans environ deux cas sur trois l\u2019homme est majeur et la femme mineure. A Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h le total est de 31% pour une p\u00e9riode, 1781-90, plus courte et un \u00e9chantillon plus r\u00e9duit donc plus contestable.<\/p>\n<p>De ces chiffres plusieurs remarques s\u2019imposent : dans 80 % des mariages, au moins un des \u00e9poux avait plus de 25 ans. On se marie donc \u00e0 un \u00e2ge \u00e9lev\u00e9. La l\u00e9gende des mariages pr\u00e9coces, sans pour autant nier leur existence, est ainsi d\u00e9mentie. De plus, la femme est plus jeune que son futur \u00e9poux.<br \/>\nLes mariages o\u00f9 les deux fianc\u00e9s sont mineurs atteignent 12%. Les Plouguern\u00e9ens sont majoritairement des gens \u00e2g\u00e9s lorsqu\u2019ils se pr\u00e9sentent devant Monsieur le Cur\u00e9.<\/p>\n<p>Si malgr\u00e9 tout un mineur d\u00e9cide de se marier sans l\u2019autorisation parentale et sans le fameux d\u00e9cret de dispense il s\u2019expose \u00e0 des sanctions qui peuvent rebuter bien des r\u00e9calcitrants : l\u2019exh\u00e9r\u00e9dation *, th\u00e9oriquement la peine de mort car le pouvoir royal assimile \u00e0 un rapt le fait d\u2019\u00e9pouser un mineur sans le consentement des parents.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 atteinte, gar\u00e7ons et filles se marient en th\u00e9orie selon leur fantaisie. Mais en g\u00e9n\u00e9ral ils sollicitent l\u2019avis des parents et en cas de refus peuvent passer outre apr\u00e8s \u00ab sommations respectueuses \u00bb. Le 15 mai 1753 le dit \u00ab J. Jacqueline originaire de la paroisse de St S\u00e9v\u00e8re, \u00e9v\u00each\u00e9 de Normandie, habitu\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es \u00e0 Guiss\u00e9ny \u00bb s\u2019unit \u00e0 Mie Corolleur fille mineure, \u00ab vu l\u2019acte de sommation respectueuse faite par le dit Jacqueline \u00e0 la dite Vaudry, sa m\u00e8re \u00bb.<\/p>\n<p>Emprise du milieu social, emprise du milieu familial, les deux milieux \u00e9tant li\u00e9s, ne laissent gu\u00e8re de place \u00e0 l\u2019amour. Mais pourquoi un tel contr\u00f4le ? Le mariage met en jeu les int\u00e9r\u00eats fondamentaux de la famille et le p\u00e8re en tant que chef de famille se doit d\u2019en assurer la responsabilit\u00e9. Chaque famille d\u00e9sire conserver ou tout au moins ne pas amputer son patrimoine et si possible l\u2019accro\u00eetre, quel que soit son rang social, en \u00e9vitant les m\u00e9salliances et en essayant, au contraire de s\u2019allier \u00e0 des familles plus honorables qu\u2019elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>L\u2019installation des jeunes pose le douloureux probl\u00e8me de la dot, ar goulou, ou du douaire * d\u2019autant plus difficile \u00e0 r\u00e9unir quand les enfants sont nombreux.<br \/>\nPour J. L. Flandrin \u00ab ce probl\u00e8me \u00e9tait une des croix du p\u00e8re de famille \u00bb.<br \/>\nEt comment ne pas citer avec plaisir ce contemporain qui en 1840 \u00e9voque l\u2019int\u00e9r\u00eat du mariage pour le paysan breton : \u00ab le paysan devient amoureux pour tout de bon, c\u2019est-\u00e0-dire pour se marier ; un champ, un pr\u00e9, une vache de plus ou de moins dans la balance, voil\u00e0 qui suffit pour le s\u00e9duire. Le plus gros fumier lui porte au coeur et s\u2019il a la perspective de pouvoir \u00e9lever un cochon de plus chaque ann\u00e9e il se fixe sans retour \u00bb. Cette situation se retrouve certainement \u00e0 Plouguerneau.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: small;\">4. Le r\u00f4le du Bazvalanl<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><center><\/center><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20170204070802im_\/http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jpg\/241-bazvalan.jpg\" alt=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20170204070802im_\/http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jpg\/241-bazvalan.jpg\" \/><\/p>\n<p>Dans le Bas-L\u00e9on, la tradition veut que le p\u00e8re du jeune homme charge le Bazvalan de se rendre chez les parents de la jeune fille. Il s\u2019agit d\u2019un interm\u00e9diaire qui est au courant de la situation de fortune des uns et des autres et a la langue bien pendue pour plaider avec \u00e9loquence la cause qui lui est confi\u00e9e.<\/p>\n<p>Cambry \u00e9voque \u00ab les tailleurs, esp\u00e8ces d\u2019hommes m\u00e9pris\u00e9s mais introduits partout, sont ici les entremetteurs de presque tous les mariages \u00bb. Meuniers, cabaretiers, mendiants tiennent \u00e9galement ce r\u00f4le : d\u00e9crits laids, disgracieux, porteurs de guigne, ils sont rus\u00e9s et \u00e9loquents. A Plouguerneau ils existent aux XIXe et XXe si\u00e8cles. J. Simier signale une cuisini\u00e8re, G. Kou, r\u00e9put\u00e9e dans cette fonction et dans la pr\u00e9paration des repas de noces. Ils jouent le r\u00f4le de conseillers sur les m\u00e9rites de la femme, sur les biens, la dot, les chances de succ\u00e8s. Agent matrimonial, il n\u00e9gocie et pr\u00e9sente la demande, m\u00eame si l\u2019accord est tacite, aux parents de la jeune fille. Son accoutrement lui permet d\u2019\u00eatre reconnu ais\u00e9ment : un bas blanc, un rouge, une baguette de gen\u00eat (ou Bazbalan). Il re\u00e7oit le refus ou l\u2019accord de mani\u00e8re d\u00e9tourn\u00e9e et symbolique : on lui sert une simple bouillie frite dans le premier cas et un bon repas avec du vin dans le second. Ensuite on cause, on parle de la dot et autres conditions. Muni de ces renseignements le Bazvalan retourne chez le p\u00e8re.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: medium;\">C) LES FORMALITES<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: small;\">1. Les visites mutuelles : le Gweladen<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20161226154955im_\/http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jpg\/241-visites.jpg\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Les visites mutuelles ar gweladen<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si les deux parties s&rsquo;accordent, en France on parle d&rsquo;accordailles, le Bazvalan met sur pied les visites mutuelles ou ar gweladen. Le futur avec quelques parents, \u00e0 cheval, et en demi-parure, se rend chez la pr\u00e9tendue ; on visite toute la maison, armoires ouvertes, les \u00e9tables, les champs.<\/p>\n<p>Un contrat peut \u00eatre \u00e9tabli dans une auberge du bourg. On fixe la dot et les dons, de part et d&rsquo;autre, parfois devant notaire. Il faut r\u00e9gler les probl\u00e8mes mat\u00e9riels du couple. Pour Cambry \u00a0\u00bb les conditions se font sous seings priv\u00e9s et plus commun\u00e9ment devant t\u00e9moins ; ils int\u00e9ressent leurs enfants d&rsquo;un quart, d&rsquo;un tiers dans leurs m\u00e9nages ; quelques riches qu&rsquo;ils soient, ils ne c\u00e8dent jamais leurs terres ; ils sont tr\u00e8s difficiles sur la puret\u00e9 des familles qui leur proposent une alliance \u00ab\u00a0. Les futurs \u00e9poux savent ainsi ce qu&rsquo;ils auront \u00e0 leur entr\u00e9e en m\u00e9nage. Mais beaucoup rechignent au recours \u00e0 un notaire car il co\u00fbte cher. Plus le patrimoine est cons\u00e9quent, plus l&rsquo;existence du contrat se comprend.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: small;\">2. Les fian\u00e7ailles<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>Les fian\u00e7ailles, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9es aux XVIe et XVIIe si\u00e8cles \u00e0 la taverne, au grand dam de l&rsquo;\u00e9glise, font parties int\u00e9grantes des \u00e9tapes de l&rsquo;alliance : il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une c\u00e9r\u00e9monie religieuse. La \u00ab\u00a0donne des noms\u00a0\u00bb consiste \u00e0 se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise et \u00e0 donner au recteur noms et pr\u00e9noms, puis ce dernier les interroge sur leur cat\u00e9chisme. Ensuite, une messe est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e. Les pr\u00eatres de Plouguerneau inscrivent cet instant solennel sous diverses formes : \u00ab\u00a0j&rsquo;ai fianc\u00e9\u00a0\u00bb, &lsquo;j&rsquo;ai pris promesses de mariage\u00a0\u00bb en \u00ab face d&rsquo;Eglise \u00bb. Le plus souvent il en est fait mention dans la partie introductive de l&rsquo;acte de mariage. En tant qu&rsquo;acte isol\u00e9, leur trace est \u00e9pisodique sur les registres des mariages : moins de deux cents \u00e0 Plouguerneau de 1747 \u00e0 1790 ; une dizaine \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h de 1781 \u00e0 1790. L&rsquo;enregistrement est cependant meilleur \u00e0 Plouguerneau avant la R\u00e9volution.<br \/>\nCe manque de r\u00e9f\u00e9rences est, selon Monsieur Leprohon, d\u00fb au caract\u00e8re contraignant des fian\u00e7ailles qui en cas d&rsquo;annulation n\u00e9cessitent une autorisation \u00e9piscopale, voire un proc\u00e8s aupr\u00e8s de l&rsquo;officialit\u00e9 *.<\/p>\n<p>La c\u00e9r\u00e9monie perd sa signification et se rapproche de la date du mariage. Aussi n&rsquo;est-elle plus toujours mentionn\u00e9e. La solennit\u00e9 de cet engagement est cependant comprise par tous et sa rupture est jug\u00e9e s\u00e9v\u00e8rement. Un proverbe breton dit : \u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a de fian\u00e7ailles qu&rsquo;une fois ; celui qui se fiance \u00e0 deux, \u00e0 trois va br\u00fbler en enfer ; celui qui se fiance \u00e0 trois, \u00e0 quatre le diable l&#8217;emporte \u00e0 tout jamais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les fian\u00e7ailles peuvent donner lieu \u00e0 un repas sp\u00e9cial pour la circonstance, le frikot dimezi. En 1923, J. Simier participe \u00e0 son \u00ab\u00a0Valaden Vras\u00a0\u00bb ou d\u00eener de fian\u00e7ailles.<\/p>\n<p>A Plouguerneau comme \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h, on se fiance en janvier (20 %) en mai &#8211; juin (26 %) et en octobre &#8211; novembre (10 %). Comme le d\u00e9lai entre fian\u00e7ailles et mariage est court et comme il faut tenir compte de certains imp\u00e9ratifs, ces moments de l&rsquo;ann\u00e9e ne peuvent surprendre : on se fiance en janvier pour se marier en f\u00e9vrier avant l&rsquo;interdit de Car\u00eame*. Mai et juin permettent les mariages en juillet avant la moisson. Quant \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, l&rsquo;interdit de l&rsquo;Avent* entra\u00eene fian\u00e7ailles et mariages avant No\u00ebl.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: small;\">3. La publication des bans*<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>Les fian\u00e7ailles exp\u00e9di\u00e9es, voire b\u00e2cl\u00e9es, l&rsquo;\u00e9tape suivante est la publication des bans. Ils sont publi\u00e9s, en th\u00e9orie, \u00e0 l&rsquo;issue du pr\u00f4ne des grands-messes les trois dimanches avant la c\u00e9r\u00e9monie du mariage, dans les \u00e9glises paroissiales des deux fianc\u00e9s et dans la paroisse de r\u00e9sidence, si on y est \u00ab\u00a0habitu\u00e9 depuis temps comp\u00e9tent\u00a0\u00bb, pour assurer la publicit\u00e9 de l&rsquo;union.<\/p>\n<p>Celle-ci est destin\u00e9e \u00e0 d\u00e9jouer la bigamie, crime majeur et permet de c\u00e9l\u00e9brer le mariage \u00ab\u00a0sans opposition ni connaissance d&#8217;emp\u00eachement\u00a0\u00bb. Dans les registres, les bans sont not\u00e9s \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9, par deux ou par trois. Le recteur de la paroisse d&rsquo;origine fournit des licences de mariages, sous formes de certificats de publications ou de proclamations de mariages, \u00e0 leurs ouailles expatri\u00e9es hors de celle-ci : Sieur Fran\u00e7ois-Corentin Billard de Riec, du dioc\u00e8se de Quimper, \u00e9pouse Ren\u00e9e Le Sellin, paroisse de Niron (du m\u00eame dioc\u00e8se) ; les recteurs des paroisses respectives donnent leur accord par \u00e9crit. Le tout est l\u00e9galis\u00e9 par le grand vicaire de Quimper. Les bans furent publi\u00e9s le 23 f\u00e9vrier, le 2 mars, le 27 avril et le mariage c\u00e9l\u00e9br\u00e9 le 7 mai 1783 \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h.<\/p>\n<p>En fait les trois bans ne sont pas toujours publi\u00e9s. La dispense porte sur un ou deux bans : Messire L-R. de Poulpiquet de Brescanvel en \u00e9pousant Dle M-P-C. Denys en mai 1755, tout comme J-P-M. de K\u00e9ranflech Gilart qui se marie \u00e0 Dle C-F. de Poulpiquet en juillet 1754 sont dispens\u00e9s \u00abdes deux autres bans\u00bb. Ces dispenses, payantes, sont le plus souvent le fait de la noblesse.<\/p>\n<p>Elles se justifient par l\u2019approche de p\u00e9riodes d\u2019interdit, Car\u00eame ou Avent, pour r\u00e9aliser rapidement l\u2019union apr\u00e8s des relations coupables engendrant une grossesse ou pour \u00e9viter en cas de remariage une grande publicit\u00e9 et ainsi \u00e9chapper aux charivaris* traditionnels.<\/p>\n<p>L\u2019intervalle des trois dimanches n\u2019est pas toujours respect\u00e9 : Fran\u00e7ois Le Vourch, se fiance \u00e0 Plouguerneau, le 30 ao\u00fbt 1788, \u00e0 Marie-F. Bernicot ; les bans sont publi\u00e9s le 31 ao\u00fbt, un dimanche, les 7 et 8 septembre, un dimanche et un lundi. Le mariage est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 le 23 septembre 1788.<\/p>\n<p>Le respect des trois dimanches est pourtant majoritaire, dans 75 % des cas, \u00e0 Plouguerneau et \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h.<\/p>\n<p>A noter deux cas, rares, d\u2019opposition de bans : le 16 mai 1785 Marie J. Ledall, accompagn\u00e9e de sa m\u00e8re, s\u2019oppose \u00e0 leur publication, tout comme Marie J. Roudaut pour le troisi\u00e8me ban. Les motifs ne sont pas pr\u00e9cis\u00e9s.<\/p>\n<p>Quel est le d\u00e9lai entre la publication des bans et le mariage ?<\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, il est court : \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h dans trois cas sur quatre les bans publi\u00e9s, on se marie avant un mois ; \u00e0 Plouguerneau 67 % des mariages se d\u00e9roulent dans ce m\u00eame laps de temps.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9lai l\u00e9gal des trois dimanches doit permettre d\u2019\u00e9ventuelles oppositions pour bigamie ou pour liens de parent\u00e9 trop proches.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: small;\">4. Les situations d\u2019emp\u00eachement pour consanguinit\u00e9 ou pour affinit\u00e9<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>Dans ce cas l\u2019Eglise analyse les situations d\u2019emp\u00eachement pour consanguinit\u00e9 ou par affinit\u00e9 et peut accorder des dispenses.<br \/>\nL\u2019Eglise interdit l\u2019union entre parents jusqu\u2019au 4e degr\u00e9, c\u2019est \u00e0 dire entre petits enfants de cousins germains. C\u2019est dans cette situation que se trouve cette \u00abveuve qui, en 1749, \u00e2g\u00e9e de 36 ans n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 cherch\u00e9e en mariage par aucun \u00e9tranger depuis qu\u2019elle a perdu son mari depuis 8 ans et n\u2019a v\u00e9cu que 7 mois avec lui\u00bb. Elle rel\u00e8ve ainsi des \u00abcauses honn\u00eates\u00bb ce qui lui vaut une dispense pour \u00e9pouser un de ses parents \u00abau 3e ou 4e degr\u00e9\u00bb !<\/p>\n<p>A Plougerneau, ce type de dispense est le plus fr\u00e9quent (au 1\/4 &#8211; 1\/4). Certains cas au 3e ou au 2e degr\u00e9 ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 not\u00e9s. J-P. Legot obtient une dispense en novembre 1762 pour \u00e9pouser Marie-Fran\u00e7oise Legot : ils sont parents au 2e degr\u00e9, c\u2019est \u00e0 dire cousins germains.<\/p>\n<p>L\u2019Eglise cherche par l\u00e0 \u00e0 mieux contr\u00f4ler le couple et la famille. Par la d\u00e9finition tr\u00e8s extensive du droit de parent\u00e9, elle semble imposer en quelque sorte un cadre rigide caract\u00e9ristique d\u2019un climat de m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la sexualit\u00e9. Elle \u00e9vite la facilit\u00e9 de mariages trop rapides et impose des choix hors des cercles parentaux trop rapproch\u00e9s.<\/p>\n<p>La parent\u00e9 peut \u00eatre spirituelle (elle est contract\u00e9e dans la c\u00e9r\u00e9monie du bapt\u00eame) : le parrain et la marraine sont d\u00e8s lors unis \u00e0 leur filleul, \u00e0 son p\u00e8re, \u00e0 sa m\u00e8re. Tous les membres de ce groupe sont de parent\u00e9 spirituelle et ne peuvent pr\u00e9tendre au mariage sauf dispenses. Elles sont \u00e9galement obligatoires pour l\u2019affinit\u00e9 spirituelle : si l\u2019un des futurs est veuf d\u2019un parent consanguin de l\u2019autre (un veuf voulant \u00e9pouser sa belle-soeur veuve par exemple).<\/p>\n<p>Au total \u00e0 Plougerneau les dispenses ne concernent que 1,6 % des mariages. Elles restent exceptionnelles et s\u2019alignent sur les chiffres de Monsieur Le Prohon, de 0,2 \u00e0 1,2 % selon les paroisses.<\/p>\n<p>La faiblesse des chiffres peut \u00eatre li\u00e9e \u00e0 plusieurs facteurs :<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019enregistrement des dispenses a pu \u00eatre n\u00e9glig\u00e9 par les pr\u00eatres<br \/>\n&#8211; la population de Plougerneau &#8211; Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h est cons\u00e9quente (4 400 habitants) ce qui facilite le recrutement des jeunes en \u00e2ge de se marier, \u00e0 l\u2019inverse des \u00eeles bretonnes comme Ouessant o\u00f9 selon Monseigneur de la Marche, \u00e9v\u00eaque du dioc\u00e8se du L\u00e9on, \u00ab tous les \u00eeliens sont parents\u00bb<br \/>\n&#8211; l\u2019emprise d\u2019un clerg\u00e9 omnipr\u00e9sent \u00e0 Plouguerneau et des paroissiens respectueux du droit canonique<br \/>\n&#8211; la position particuli\u00e8re de Plouguerneau &#8211; Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, sur le littoral l\u00e9onard en fait une zone entrouverte sur le \u00abmonde ext\u00e9rieur\u00bb : Le port du Corr\u00e9jou, selon Cambry, peut recevoir jusqu\u2019\u00e0 \u00abTrente b\u00e2timents caboteurs\u00bb d\u00e9versant \u00ab sel, vin, ardoises, charbons de terre, huile et savon\u00bb. Ma\u00eetres de barque, matelots, personnel des Fermes du roi se c\u00f4toient et \u00e9largissent les possibilit\u00e9s de mariages pour les jeunes filles.<\/p>\n<p>Les dispenses pour consanguinit\u00e9 sont, en th\u00e9orie, d\u00e9livr\u00e9es par le pape : mais l\u2019indigence de certains (\u00abils sont pauvres\u00bb en 1749 ; \u00abils ne peuvent engager de frais \u00e0 Rome\u00bb) et les n\u00e9cessit\u00e9s d\u2019une proc\u00e9dure moins on\u00e9reuse et plus rapide d\u00e9terminent l\u2019\u00e9v\u00eaque de L\u00e9on ou son vicaire g\u00e9n\u00e9ral* \u00e0 accorder ces dispenses.<br \/>\nElles sont payantes : \u00ab9 livres payables au registre des insinuations eccl\u00e9siastiques de L\u00e9on et au contr\u00f4le eccl\u00e9siastique de L\u00e9on \u00e0 L\u00e9on\u00bb.<\/p>\n<p>Si l\u2019Eglise fournit ces dispenses c\u2019est, outre les motifs personnels des int\u00e9ress\u00e9s, qu\u2019elle pr\u00e9serve ainsi la r\u00e8gle d\u2019homogamie car les pr\u00e9tendants doivent \u00eatre de m\u00eame condition sociale, plus ais\u00e9e \u00e0 trouver dans les rangs familiaux de niveaux \u00e9quivalents.<\/p>\n<p>Ces dispenses peuvent s\u2019accompagner de contraintes, qui aujourd\u2019hui feraient sourire, et qui t\u00e9moignent de l\u2019emprise du clerg\u00e9 sur les jeunes, celui-ci voulant \u00e9viter des relations coupables avant mariage : \u00abMarie-Fran\u00e7oise Legot et Jean-Philippe Legot doivent pour p\u00e9nitence, veiller d\u00e9votement tous les jours pendant un an (!), les actes de vertu th\u00e9oloyale, de foy, d\u2019esp\u00e9rance, de charit\u00e9, de continuer de vivre s\u00e9par\u00e9ment jusqu\u2019au jour de la b\u00e9n\u00e9diction nuptiale\u00bb.<br \/>\nPour en finir avec la partie \u00abadministrative\u00bb incombant aux futurs mari\u00e9s, il nous a sembl\u00e9 int\u00e9ressant de signaler le cas de cette veuve, Elisabeth Queffurus, d\u00e9sirant se remarier avec Yves-Marguerite Bosseur de Guiss\u00e9ny en novembre 1784. Son mari, Jacques Pronost, soldat de la marine sur la fr\u00e9gate la Fourvoyeuse, est \u00abtu\u00e9 au combat de Pondich\u00e9ry le 10 ao\u00fbt 1778\u00bb. Elle \u00e9crit au Commissaire des ports et arsenaux de Rochefort qui certifie l\u2019authenticit\u00e9 du d\u00e9c\u00e8s du nomm\u00e9 Jacques Pronus !<\/p>\n<p>Cette erreur de transcription complique les affaires de la veuve. Monseigneur de la Marche, \u00e9v\u00eaque de L\u00e9on, intervient et comme il conna\u00eet personnellement le commissaire J-C. Redon de Beaupr\u00e9au de Rochefort, il se porte garant, pour lui, de l\u2019identit\u00e9 de Jacques Pronost. Rien ne s\u2019oppose plus au mariage, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 le 23 novembre 1784.<\/p>\n<p>L\u2019ensemble des \u00e9tapes qui conduit au mariage est long parfois de plusieurs ann\u00e9es pour un premier \u00ab\u00e9tablissement\u00bb : les frais sont importants, le repas de mariage co\u00fbteux. Mais une fois le choix du conjoint effectu\u00e9, la partie administrative r\u00e9gl\u00e9e, le mariage aboutit rapidement : \u00e0 Plouguerneau il a lieu moins d\u2019un mois apr\u00e8s la publication du dernier ban, dans 67 % des cas.<br \/>\nLe temps compte pour des fianc\u00e9s habitu\u00e9s \u00e0 c\u00f4toyer la mort, \u00e0 voir de nombreux couples rompus pr\u00e9matur\u00e9ment et d\u00e9sireux de profiter, enfin, des bienfaits du mariage sur le plan sexuel.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: medium;\">D) LA NOCE<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: small;\">1. Avant le mariage \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>R\u00e8gle homogamique respect\u00e9e, accord des parents fourni, formalit\u00e9s accomplies, la date du mariage est imminente.<\/p>\n<p>Les deux promis et la m\u00e8re de la jeune fille se rendent \u00e0 la ville voisine pour acheter l&rsquo;anneau, ordinairement surmont\u00e9 de deux coeurs unis (on ach\u00e8te le licol ou prena arc&rsquo;habest) ainsi que la ceinture de ruban de la mari\u00e9e et divers objets de toilette. Autre achat important, celui du vin : une barrique pour cent convives. Huit jours avant le mariage on fait les invitations. Elles comprennent tous les habitants de chaque maison : parents, enfants et domestiques, on les invite \u00e0 \u00a0\u00bb mettre la clef sous la porte\u00a0\u00bb. La porte ferm\u00e9e on place la clef \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur par le trou au chat pratiqu\u00e9 dans le bas. Le jour du mariage, le futur, accompagn\u00e9 d&rsquo;une grande partie de la famille, vient chercher la mari\u00e9e. Il trouve la porte ferm\u00e9e. Deux bardes qui tiennent chacun \u00e0 la main une canne noire \u00e0 pomme d&rsquo;ivoire et orn\u00e9e de rubans, entament, l&rsquo;un dehors, le Bazvalan, l&rsquo;autre, le Brutaer, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, un dialogue mi-s\u00e9rieux mi-plaisant. Le premier fait la demande ainsi que l&rsquo;\u00e9loge du futur ; l&rsquo;autre, celui de la jeune fille, rejette la demande. V\u00e9ritables joutes po\u00e9tiques, \u00ab\u00a0le rite de la fianc\u00e9e cach\u00e9e\u00a0\u00bb se termine, selon Cambry, parfois tr\u00e8s mal et d\u00e9g\u00e9n\u00e8re au point d&rsquo;en venir aux mains. Enfin le Bazvalan sort un argument d\u00e9cisif : \u00ab Mar d&rsquo;\u00e9o-gwerc&rsquo;h, ro\u00eft-hi ! Mar ne d&rsquo;eo ket, mirit-hi ! \u00bb (\u00ab si elle est vierge, donnez-l\u00e0 ! si elle ne l&rsquo;est pas, gardez-la \u00bb!). Alors la porte s&rsquo;ouvre et, on pr\u00e9sente d&rsquo;abord au premier barde une femme \u00e2g\u00e9e. Il proteste et parle des charmes de la future. On am\u00e8ne ensuite une fillette : nouvelles protestations. Enfin, la jeune fille se d\u00e9voile et il prend des mains du fianc\u00e9 la ceinture achet\u00e9e en m\u00eame temps que l&rsquo;anneau et la passe autour de la taille de la future.<\/p>\n<p>La noce se dirige alors vers l&rsquo;\u00e9glise : certains vont \u00e0 cheval et il est fr\u00e9quent qu&rsquo;il se livrent, malgr\u00e9 les interdictions du Parlement* de Rennes, \u00e0 de v\u00e9ritables courses de chevaux plus ou moins p\u00e9rilleuses. Le cort\u00e8ge \u00e0 pied est parfois arr\u00eat\u00e9 par les cordes fleuries ou des ronces tendues en travers du chemin. Elles sont tenues par des pauvres ou par des enfants et ne s&rsquo;abaissent que lorsque le nouveau mari\u00e9 et le gar\u00e7on d&rsquo;honneur ont vers\u00e9 la \u00ab\u00a0d\u00eeme du bonheur\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0droit de passage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>A l&rsquo;arriv\u00e9e au bourg les chevaux sont attach\u00e9s aux anneaux des auberges et le cort\u00e8ge, ordonn\u00e9 par les jeunes gens du service d&rsquo;ordre, le plus d\u00e9licat consistant \u00e0 apparier cavaliers et cavali\u00e8res, se forme pour se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise au son du biniou. Le Gonidec au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle utilise le terme de cornemuse \u00e0 musette. Un seul sonneur dirige le cort\u00e8ge de noce.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: small;\">2. A l&rsquo;\u00e9glise<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20161226154955im_\/http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jpg\/241-mariage-eglise.jpg\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Mariage \u00e0 l\u2019\u00e9glise<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La c\u00e9r\u00e9monie se d\u00e9roule \u00ab\u00a0en face d&rsquo;\u00e9glise\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0devant l&rsquo;\u00e9glise\u00a0\u00bb \u00e0 Plouguerneau, dans la \u00ab\u00a0chapelle\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9glise\u00a0\u00bb au Grouanec et dans \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9glise paroissiale\u00a0\u00bb \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h. Dans la majorit\u00e9 des cas il s&rsquo;agit de la paroisse d&rsquo;origine de la fianc\u00e9e.<\/p>\n<p>Les portes de l\u2019\u00e9difice religieux doivent rester ouvertes, faute de quoi le mariage peut \u00eatre frapp\u00e9 de nullit\u00e9 car \u00ab\u00a0il s&rsquo;agit d&rsquo;un engagement public qui ne peut \u00eatre pris \u00e0 huit clos\u00a0\u00bb. D&rsquo;ailleurs autrefois, la c\u00e9r\u00e9monie n&rsquo;avait pas lieu \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise mais \u00e0 la porte de celle-ci.<\/p>\n<p>Les pr\u00eatres de Plouguerneau et de Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h nous fournissent, dans les actes de mariages, toute une s\u00e9ries d&rsquo;indications se r\u00e9v\u00e9lant pr\u00e9cieuses pour suivre le comportement de nos paroissiens et dresser leur \u00e9tat matrimonial : qualit\u00e9s de veuf ou veuve, mineur ou mineure (avec des formules inattendues \u00ab\u00a0veuve majeure\u00a0\u00bb), pr\u00e9nom du p\u00e8re, nom de jeune fille de la m\u00e8re, pr\u00e9nom du p\u00e8re, nom de jeune fille de la m\u00e8re, pr\u00e9noms et nom de chacun des fianc\u00e9s, origine g\u00e9ographique de ces derniers et enfin si les parents sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s (\u00ab\u00a0feu, feue, feux\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Par contre ni l\u2019\u00e2ge au mariage ni la profession des conjoints ne sont indiqu\u00e9s. Les formules suivantes sont tout \u00e0 fait exceptionnelles : \u00ab\u00a0Y. Hellouet \u00e2g\u00e9 d&rsquo;environ 22 ans\u00a0\u00bb \u00e9pouse \u00ab\u00a0Mie Bernes \u00e2g\u00e9e d&rsquo;environ 16 ans\u00a0\u00bb (ao\u00fbt 1752) ; \u00ab\u00a0G. Le Dall laboureur \u00e2g\u00e9 de 27 ans veuf de M. Abiven de la paroisse de Kernilis\u00a0\u00bb \u00e9pouse \u00ab\u00a0Marie Lenezou \u00e2g\u00e9e de 38 ans fille de feu guillaume et de Marie Landur\u00e9, laboureurs de cette paroisse \u00bb.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>a) Les conjoints<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong> &#8211; l\u2019\u00e2ge au mariage.<\/strong><\/p>\n<p>Confront\u00e9 \u00e0 l\u2019absence d\u2019informations, il a fallu utiliser la m\u00e9thode de reconstitution des familles pour rechercher l\u2019\u00e2ge au mariage. A Plouguerneau un homme se marie \u00e0 28 ans et 9 mois et une femme \u00e0 25 ans et 3 ans. En France les \u00e2ges respectifs en 1789, sont 28 ans et 5 mois et 26 ans et 5 mois.<br \/>\nAu d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle (1802-1805) l\u2019homme se marie \u00e0 Plouguerneau \u00e0 30 ans et 8 mois et la femme \u00e0 26 ans et 8 mois.<br \/>\nLes Plouguern\u00e9ens se marient donc \u00e0 des \u00e2ges \u00e9lev\u00e9s et la tendance est \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de cet \u00e2ge. Leur comportement est peu diff\u00e8rent de leurs concitoyens fran\u00e7ais \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. Les mariages pubertaires ne sont pas inconnus pour autant : C. Landur\u00e9 \u00e2g\u00e9 de 15 ans \u00e9pouse Marie Jaffr\u00e8s veuve de 28 ans en f\u00e9vrier 1757!<\/p>\n<p>Comment expliquer ce double ph\u00e9nom\u00e8ne ? L\u2019\u00e2ge tardif provient en partie du nombre cons\u00e9quent de remariages. Mais si l\u2019on ne retient que les premiers mariages l\u2019\u00e9l\u00e9vation de cet \u00e2ge tient toujours. Au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle sur 108 fianc\u00e9s seuls 5 sont veufs ou veuves : l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des femmes d\u00e9passe les 25 ans et 30 ans pour les hommes.<\/p>\n<p>Mais les consid\u00e9rations mat\u00e9rielles se r\u00e9v\u00e8lent d\u00e9terminantes pour saisir la situation : les Plouguern\u00e9ens doivent attendre le d\u00e9c\u00e8s des parents pour convoler en justes noces afin d\u2019obtenir plus de libert\u00e9 dans le choix du conjoint et afin de pouvoir s\u2019\u00e9tablir plus ais\u00e9ment en esp\u00e9rant totalit\u00e9 ou partie de l\u2019h\u00e9ritage, Il est frappant de constater qu\u2019un nombre impressionnant de jeunes se marie, alors que les parent sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Dans 42 % des mariages le p\u00e8re d\u2019un des \u00e9poux est mort. Les chiffres seraient encore plus \u00e9lev\u00e9s si nous avions des pr\u00e9cisions, \u00e0 ce sujet, lorsqu\u2019un veuf et une veuve se marient. Ce n\u2019est pas le cas. Dans 32 % des mariages la m\u00e8re d\u2019un des conjoints n\u2019est plus de ce monde.<\/p>\n<p>A Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h les r\u00e9sultats sont similaires : 38 % et 29 %. Cet argument \u00e9conomique (la mort des parents pousse au mariage ou le permet en lib\u00e9rant une ferme ou des terres) est confirm\u00e9 par la multiplication des mariages apr\u00e8s les \u00e9pid\u00e9mies de 1779 et 1781. En 1779, 24 mariages sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9s et 43 en 1780 ; en 1782 : 45 et seulement 29 en 1781.<\/p>\n<p>Mais le mariage tardif permet \u00e9galement de diminuer le nombre des naissances qu&rsquo;aurait permis un mariage pr\u00e9coce. Il \u00e9vite tout risque de procr\u00e9ation pendant les ann\u00e9es de plus grande f\u00e9condit\u00e9 des femmes (18-25 ans). On peut parler de v\u00e9ritable arme contraceptive. Quant \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9vation de l\u2019\u00e2ge au mariage dans le temps, il est probablement d\u00fb \u00e0 un l\u00e9ger allongement de la dur\u00e9e de la vie des parents ce qui oblige les jeunes gens \u00e0 patienter en attendant l\u2019h\u00e9ritage.<br \/>\nLes cons\u00e9quences de cet \u00e2ge tardif aboutissent une forte r\u00e9pression de la sexualit\u00e9 des individus. Les relations sexuelles hors mariages \u00e9tant interdites et rares : \u00e0 Plouguerneau les naissances ill\u00e9gitimes* sont marginales : &#8211; 1 %. Les Plouguern\u00e9ens devaient vivre un v\u00e9ritable purgatoire matrimonial. Des d\u00e9rivatifs existaient comme l\u2019onanisme*, l\u2019homosexualit\u00e9, la fr\u00e9quentation des femmes plus ou moins douteuses.<\/p>\n<p>Le cas de Marie Breton \u00ab de ce bourg \u00bb pose \u00e0 ce niveau une v\u00e9ritable \u00e9nigme : elle \u00ab d\u00e9clare \u00bb la naissance de quatre enfants Anne en 1757, Jean-Allain en 1761, Jean-Marie en 1772 et Marie-Fran\u00e7oise en 1775. Aucun acte de bapt\u00eame ne porte de mention du p\u00e8re, m\u00eame absent. Alors Plouguerneau aurait eu sa femme de mauvaise vie, engendrant ill\u00e9gitimement des rejetons de m\u00e2les en qu\u00eate de relations sexuelles ? Difficile \u00e0 croire avec un clerg\u00e9 aussi omnipr\u00e9sent et une population aussi avide des faits et gestes de ses voisins ! Pourtant F. Roudaut signale l&rsquo;existence d\u2019une \u00ab demoiselle \u00bb qui entretient, au grand scandale du public, de coupables rapports avec un eccl\u00e9siastique sous l\u2019\u00e9piscopat du Gouyon de Vandurand entre 1745 et 1763. S\u2019agit-il de l\u2019abb\u00e9 de Kervern connu selon le recteur D. de Lesmel \u00ab pour l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 de ses moeurs et l\u2019insubordination trop connue qui l\u2019en rendent indigne comme m\u00eame de porter le surplus de l\u2019\u00e9glise \u00bb ?<\/p>\n<p>Mais si les exutoires existent avant le mariage, il ne faudrait pas exag\u00e9rer la \u00ab souffrance \u00bb des jeunes. La pubert\u00e9 est plus tardive entre 16 et 18 ans, aussi la p\u00e9riode de continence avant le mariage est, d\u00e8s lors, un peu moins longue. Le d\u00e9calage de la maturit\u00e9 sexuelle, alli\u00e9 au poids du clerg\u00e9 l\u00e9onard sur ses ouailles et \u00e0 la rigueur de la morale chr\u00e9tienne, laisse croire que l&rsquo;abstinence peut \u00eatre raisonnablement support\u00e9e par les jeunes de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>En ce qui concerne l\u2019appariement des \u00e2ges au mariages il n\u2019y a pas concordance entre l\u2019\u00e2ge du mari\u00e9 et celui de sa conjointe : \u00e0 Plouguerneau 61,8 % des hommes sont plus \u00e2g\u00e9s que leurs femmes ; dans 25,3 % des unions c\u2019est l\u2019inverse et dans 12,8 % des cas il y a \u00e9galit\u00e9. Le comportement des Plouguern\u00e9ens n\u2019a rien d\u2019original si on le compare aux Fran\u00e7ais dans la seconde moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle. De m\u00eame, il existe des mariages d\u2019apparence hors norme : nous avons relat\u00e9, le 2 f\u00e9vrier 1757, l\u2019union d\u2019une veuve d\u2019\u00e2ge m\u00fbr, Marie Jaffr\u00e8s 28 ans, avec un adolescent de 15 ans, Christophe Landur\u00e9. En droit canon l\u2019\u00e2ge minimal au mariage est de 14 ans pour le gar\u00e7on et de 12 ans pour la fille.<\/p>\n<p>Ces couples durent-ils ? La dur\u00e9e moyenne du couple au premier mariage est de 19 ans. La mort pr\u00e9matur\u00e9e d\u2019un des conjoints explique cette faiblesse, lors d\u2019\u00e9pid\u00e9mies meurtri\u00e8res comme en 1779 ou 1781 ou quand l\u2019accouchement de l\u2019\u00e9pouse entra\u00eene son d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p>Le veuvage s\u2019inscrit tout logiquement dans l\u2019univers des paroissiens et contribue au ph\u00e9nom\u00e8ne largement r\u00e9pandu dans les campagnes du remariage.<\/p>\n<p><strong> &#8211; Veufs et veuves : les remariages<\/strong><\/p>\n<p>Les couples qui se pr\u00e9sentent \u00e0 l\u2019\u00e9glise sont le plus souvent compos\u00e9s de c\u00e9libataires. Cependant, sur 1101 mariages \u00e9tudi\u00e9s 275 mentionnent la pr\u00e9sence d\u2019un veuf ou d\u2019une veuve. Dans 25 % des unions il s\u2019agit d\u2019un remariage. Rien de bien surprenant dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le mariage est, comme le souligne B.Garnot, \u00ab une assurance sur la vie \u00bb, pour lutter contre les al\u00e9as de la vie quotidienne et de plus quatre bras valent bien mieux que deux pour l \u2019exploitation paysanne. Les veufs sont plus nombreux que les veuves : 211 contre 104. Les premiers ont vu leur couple bris\u00e9 par la mort pr\u00e9matur\u00e9e de leur femme en couches. Le remariage est plus facile pour l\u2019homme et intervient assez rapidement apr\u00e8s le veuvage : en France souvent avant un an ; \u00e0 Plouguerneau les chiffres obtenus sont peu s\u00fbrs car l\u2019\u00e9chantillon est trop r\u00e9duit : 2 ans et 4 mois. L\u2019homme peu charg\u00e9 d\u2019enfants trouve assez facilement une c\u00e9libataire. Apr\u00e8s la quarantaine ses chances s\u2019amenuisent s\u00e9rieusement. Les veuves, pass\u00e9 le d\u00e9lai de viduit\u00e9 de 300 jours qui n\u2019est pas toujours observ\u00e9, se marient dans la paroisse apr\u00e8s un an et 8 mois de veuvage. Ce laps de temps peut surprendre car en g\u00e9n\u00e9ral les femmes attendent plus longtemps un nouvel \u00e9poux. Pour 80 % des veuves se remariant les chances d\u2019\u00e9pouser un c\u00e9libataire dominent jusqu\u2019\u00e0 la trentaine. Apr\u00e8s trente cinq ans le nombre d\u2019unions entre veuves et c\u00e9libataires ne cesse de d\u00e9cro\u00eetre au profit de remariages. Les handicaps existent bel et bien : \u00e0 l\u2019\u00e2ge, aux d\u00e9formations provoqu\u00e9es par les grossesses multiples, peuvent s\u2019ajouter de trop nombreux enfants \u00e0 charge. Cette derni\u00e8re situation est susceptible de rebuter plus d\u2019un pr\u00e9tendant. La veuve elle-m\u00eame \u00e9prouve certaines r\u00e9ticences \u00e0 se remarier lorsqu\u2019elle dispose d\u2019une certaine fortune et d\u2019une famille \u00e0 laquelle elle se doit de transmettre l\u2019h\u00e9ritage. On rajoutera que si la veuve ou le veuf est notablement plus \u00e2g\u00e9e que son conjoint, la r\u00e9probation de la communaut\u00e9 se traduit par un charivari orchestr\u00e9 par les jeunes qui voient dans tout remariage d\u2019un veuf ou d\u2019une veuve avec une jeunette ou un jeunot un dommage au groupe des c\u00e9libataires tout entier, dont les possibilit\u00e9s de choix se trouvent r\u00e9duites d\u2019autant.<br \/>\nQuant aux remariages entre veufs et veuves ils sont peu fr\u00e9quents : 4 % des mariages. L&rsquo;argument d\u00e9velopp\u00e9 plus haut peut en \u00eatre l&rsquo;explication.<br \/>\nL&rsquo;\u00e2ge m\u00e9dian au remariage est de 44 ans et 3 mois pour l&rsquo;homme et de 33 ans et 6 mois pour la femme \u00e0 Plouguerneau. Mais ces \u00e2ges sont sujet \u00e0 caution faute de donn\u00e9es suffisantes et valent \u00e0 titre indicatif.<\/p>\n<p>Ainsi le remariage est un ph\u00e9nom\u00e8ne fr\u00e9quent et structurel de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Ancien R\u00e9gime car il correspond \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9conomique et sociale.<\/p>\n<p><strong> &#8211; Les mariages group\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Plouguerneau, comme de nombreuses paroisses l\u00e9onardes, conna\u00eet un ph\u00e9nom\u00e8ne original, celui des mariages group\u00e9s ou collectifs impliquant plusieurs couples. Y. Br\u00e9kilien relate l&rsquo;union de 30 \u00e0 40 couples \u00e0 Plougastel le m\u00eame jour ! A Plouguerneau, le 7 f\u00e9vrier 1747, 7 couples se pr\u00e9sentent \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise en m\u00eame temps ! Ces fourn\u00e9es de mariage mettent en pr\u00e9sence des familles diff\u00e9rentes ou des jeunes de m\u00eames familles.<\/p>\n<p>Les combinaisons sont multiples : deux fr\u00e8res ou deux soeurs se marient le m\u00eame jour, deux fr\u00e8res s&rsquo;unissent \u00e0 deux soeurs ; de m\u00eame, les possibilit\u00e9s de mariages crois\u00e9s existent entre les membres de familles diff\u00e9rentes. Le 22 novembre 1774, Fran\u00e7ois Nicolas, Jean Cann, Jacques Le Jacopin, prennent pour \u00e9pouses Marie-Anne Cann, Anne Nicolas et Anne Cann. Les familles Nicolas et Cann pla\u00e7aient ce jour l\u00e0 cinq membres de leurs familles respectives. Certaines c\u00e9r\u00e9monies apparaissent cocasses : Marie Maoguen, veuve F. Jestin, se marie le m\u00eame jour que son fils Jean Jestin en Janvier 1758, tout comme Vincent Abguillerm, veuf de M-A Leroux, qui se remarie en m\u00eame temps que sa fille le 8 novembre 1774. On peut s&rsquo;interroger sur le pourquoi de ces mariages collectifs qui atteignent 7 % du total. Il faut y voir la volont\u00e9 des familles d&rsquo;att\u00e9nuer le co\u00fbt des noces qui attirent en Bretagne de nombreux invit\u00e9s. A l&rsquo;argument financier s&rsquo;ajoutent des imp\u00e9ratifs de jours et de saisons qui diminuent les possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9talement des mariages et au contraire favorisent les regroupements. Les mariages crois\u00e9s entrent dans les strat\u00e9gies matrimoniales. La taille de l&rsquo;exploitation et la part des r\u00e9coltes commandent un strict respect des effectifs humains. Il ne faut pas trop de bouches \u00e0 nourrir et suffisamment de bras pour travailler. Si l&rsquo;on peut \u00e9viter le recours \u00e0 des domestiques c&rsquo;est plus rentable. Dans ces conditions on essaye d&rsquo;\u00e9vacuer les membres exc\u00e9dentaires et d&rsquo;accueillir au contraire une main d&rsquo;oeuvre gratuite. Ces \u00e9changes humains sont soigneusement calcul\u00e9s pour \u00e9viter les \u00e9vasions de dots et l&rsquo;intrusion d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments \u00e9trangers qui perturberaient la vie de la communaut\u00e9 paysanne : on troque fille contre gendre, gar\u00e7on contre bru.<\/p>\n<p><strong> &#8211; L&rsquo;endogamie*<\/strong> (graphique : origine g\u00e9ographique des conjoints masculins \u00e0 Plouguerneau de 1747 \u00e0 1790)(carte : origine g\u00e9ographique des conjoints \u00e9trangers \u00e0 la paroisse de Plouguerneau (1747-1789)<\/p>\n<p>Le mariage a presque toujours lieu dans la paroisse de r\u00e9sidence de la nouvelle \u00e9pouse. Dans la majorit\u00e9 des cas, l&rsquo;\u00e9poux est originaire de la m\u00eame paroisse. A Plouguerneau sur 1101 mariages, 299 impliquent des \u00e9trangers \u00e0 la paroisse soit 27,15 %. En fait certains r\u00e9sident dans la paroisse \u00ab\u00a0depuis temps comp\u00e9tents\u00a0\u00bb. Les paroisses les plus pourvoyeuses en horsins*, sont \u00e9videmment limitrophes : Guiss\u00e9ny (103) Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h (46) Lanillis (36).<\/p>\n<p>A Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h, les femmes recrutent \u00e0 Plouguerneau dans 60 % des cas : entre voisins cet \u00e9change de bons proc\u00e9d\u00e9s est tout \u00e0 fait naturel. Ces derni\u00e8res s&rsquo;approvisionnent \u00e9galement \u00e0 Guiss\u00e9ny (14 %). Les \u00e9changes les plus denses se font dans un rayon rarement sup\u00e9rieur \u00e0 10 kms : c&rsquo;est le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;endogamie. Les pourcentages des conjointes originaires de Plouguerneau et de Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h sont plus forts que ceux des conjoints car la coutume est de se marier dans la paroisse de la future \u00e9pouse.<\/p>\n<p>A Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h, 94 % des femmes et \u00e0 Plouguerneau 96 % ont pour origine leur paroisse respective. Les deux sexes confondus, 85 % des conjoints proviennent de Plouguerneau.<\/p>\n<p>A Lesneven, en 1770-90, 71,5 % des unions sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9es entre habitants de la paroisse.<\/p>\n<p>Bien plus qu\u2019ailleurs, les Plouguern\u00e9ennes font preuve de conservatisme dans le recrutement des conjoints, m\u00eame si de temps en temps se glisse un lointain \u00e9tranger dans les actes de mariages : Sr J-F Colin de Ch\u00e2lons-sur-Marne ou J. Lespinat de St-Martin-de-Jussac en Auvergne.<\/p>\n<p>L&rsquo;endogamie s&rsquo;explique ais\u00e9ment dans les campagnes pour des raisons \u00e9conomiques : on ne peut gu\u00e8re s&rsquo;installer ailleurs quand on poss\u00e8de des terres dans son village natal. Les pourcentages plus \u00e9lev\u00e9s rencontr\u00e9s \u00e0 Plouguerneau d\u00e9pendent certainement d&rsquo;une population assez nombreuse (4400 habitants). Pour un grand nombre de paroissiens il est inutile d&rsquo;aller chercher un conjoint dans un autre village.<\/p>\n<p>Eug\u00e8ne Weber justifie ce comportement dans la \u00ab\u00a0fin des terroirs\u00a0\u00bb : \u00a0\u00bb si se marier dans une famille que l&rsquo;on connaissait constituait d\u00e9j\u00e0 une \u00e9preuve, se marier parmi des inconnus \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9ment pire. et comme chaque communaut\u00e9 familiale formait en soi un monde r\u00e9gi par ses propres lois, les gendres et brus venus d&rsquo;ailleurs avec leurs coutumes, leurs mani\u00e8res et leur fa\u00e7on de parler, ne pouvaient se sentir que comme des \u00e9trangers\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les jeunes de la paroisse eux-m\u00eames p\u00e8sent de toutes leurs forces pour \u00e9viter le d\u00e9part d&rsquo;une fille vers d&rsquo;autres cieux. C&rsquo;est une dot, parfois m\u00eame des terres qui \u00e9chappent aux gars du village et c&rsquo;est pour les moins favoris\u00e9s un risque nouveau de rester c\u00e9libataire. Si malgr\u00e9 tout la r\u00e8gle d&rsquo;endogamie villageoise est transgress\u00e9e, le risque d&rsquo;insultants charivaris est r\u00e9el.<\/p>\n<p>Il ne faut pas, pour finir, n\u00e9gliger comme le rappelle Mr Leprohon, \u00ab\u00a0la division ethnolinguistique de la Basse-Bretagne qui est fortement ressentie et la barri\u00e8re que repr\u00e9sentent les limites \u00e9piscopales du Tr\u00e9gor et de la Cornouaille\u00a0\u00bb.<br \/>\nLe recrutement des conjoints \u00e0 Plouguerneau et \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h est essentiellement l\u00e9onard et de proximit\u00e9. La carte met en \u00e9vidence l&rsquo;attraction des paroisses situ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;est. Le vide occidental provient de l&rsquo;influence du port de Brest qui ponctionne de nombreux jeunes et qui r\u00e9duit d&rsquo;autant les possibilit\u00e9s d&rsquo;apports matrimoniaux pour les paroissiens du cru. Si quelques horsins sont originaires de secteurs g\u00e9ographiques plus \u00e9loign\u00e9s leur part est cependant faible et surtout bretonne. Un recrutement qui fait appara\u00eetre une grande stabilit\u00e9 du monde rural \u00e0 l&rsquo;occasion des noces.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>b) Les autres participants<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Les parents sont pr\u00e9sents et par l\u00e0 donnent leur assentiment au mariage. En cas d\u2019emp\u00eachement, ils fournissent leur accord par \u00e9crit ou par voie orale : \u00ab La m\u00e8re absente pour raison valable a pri\u00e9 de signer pour elle et donne son consentement \u00bb. \u00ab Le dit Pont absent pour cause d\u2019infirmit\u00e9 a donn\u00e9 son consentement pour le mariage de sa fille Marie avec Joseph Le Pors \u00bb (Janvier 1790). \u00ab Le dit p\u00e8re autorise le mariage du dit J. Lespinat avec qui et o\u00f9 il jugera \u00e0 propos suivant acte notari\u00e9 et contr\u00f4l\u00e9 \u00e0 Saint-Sernin \u00bb. Ces formules sont sans \u00e9quivoque sur l\u2019emprise familiale lors des noces de cette fin d\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<p>Les t\u00e9moins, tout comme aujourd\u2019hui, sont obligatoires : leur nombre est fix\u00e9 \u00e0 quatre mais fr\u00e9quemment on n\u2019en recense que trois. Il est de bon ton de rechercher, si possible, des t\u00e9moins de qualit\u00e9 pour donner plus d\u2019\u00e9clats \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie. Sinon on se rabat dans l\u2019environnement familial : fr\u00e8res, soeurs, cousins, oncles font l\u2019affaire. Leurs t\u00e9moignages peuvent rev\u00eatir un caract\u00e8re particulier : lorsque G. Nicolas et A. Jacopin se marient en f\u00e9vrier 1749 l\u2019oncle du jeune homme, F. Th\u00e9paut, et son parrain, G. Nicolas, \u00ab\u00a0gens de probit\u00e9 et dignes de foy\u00a0\u00bb certifient que le nomm\u00e9 \u00ab G. Nicolas est bien majeur par d\u00e9faut des registres paroissiaux qui ne rapportent son \u00e2ge \u00bb.<\/p>\n<p>Le c\u00e9l\u00e9brant ne peut \u00eatre que le propre cur\u00e9 des conjoints ou du moins de l\u2019un des deux. Aussi certains actes mentionnent le nom d\u2019un religieux d\u2019une autre paroisse : en novembre 1761, Tanguy cur\u00e9 de Saint- Fr\u00e9gant, tr\u00e8ve de Guiss\u00e9ny, unit H-G. Le Sanquer \u00e0 Marie Le Jeune. Le recteur de Plouguerneau lui en donne la permission. En novembre 1789, Dominique de Poulpiquet, n\u00e9 \u00e0 Plouguerneau, le 4 ao\u00fbt 1759, succ\u00e8de \u00e0 son oncle Denis de Lesmel en tant que recteur de la paroisse. Celle-ci est class\u00e9e parmi celles qui rapportent le plus dans le dioc\u00e8se (1700 livres). Le recteur, outre ses multiples t\u00e2ches, tient ou fait tenir par ses pr\u00eatres les registres des B.M.S., v\u00e9ritables actes d\u2019\u00e9tat civil.<\/p>\n<p><center><\/center><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20161226154955im_\/http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jpg\/241-poulpiquet.jpg\" \/><\/p>\n<p>Il est \u00e9paul\u00e9 par une \u00e9quipe de cinq \u00e0 six religieux permanents : J. Bothorel, G. Roudaut, F. Bleuven, F. Le Goff, J. Balcon. Quant \u00e0 G-M. de Puyferr\u00e9, il est desservant de la chapellenie* du Grouanec. Mais \u00e9tant recteur de Plouescat il est probable qu\u2019il n\u2019officie pas sur le territoire paroissial Plouguern\u00e9en.<br \/>\nCes religieux selon leur importance portent des titres diff\u00e9rents : le recteur, Mr le Cur\u00e9, \u00ab au aotrou person \u00bb, le vicaire \u00ab an aotrou Kur\u00e9 \u00bb, les autres sont pr\u00eatres. Parfois on peut noter la pr\u00e9sence de diacres*, sous-diacres, sortes de \u00ab stagiaires \u00bb eccl\u00e9siastiques qui apprennent le m\u00e9tier et qui \u00e9ventuellement apportent leur concours. La paroisse de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h a son recteur : F. Le Borgne de 1733 \u00e0 1780, F.Broudin de 1780 \u00e0 1782 et Y. Le Caill jusqu\u2019en 1792. Il se fait aider r\u00e9guli\u00e8rement par les pr\u00eatres de Plouguerneau. Ces religieux sont fr\u00e9quemment originaires des deux paroisses et connaissent parfaitement leurs ouailles.<\/p>\n<p>Fianc\u00e9s, parents, t\u00e9moins, amis se pressent le jour du mariage dans l\u2019\u00e9glise ou la \u00ab chapelle \u00bb. On imagine l\u2019affluence, l\u2019entassement, l\u2019animation et le bruit lors de certaines c\u00e9r\u00e9monies. Les religieux protestent contre les d\u00e9sordres ainsi cr\u00e9\u00e9s. F. Roudaut rapporte qu\u2019en 1777 l\u2019archidiacre* Roussel se plaint du \u00ab concours du peuple qui \u00e0 l\u2019occasion de 3 ou 4 noces remplissait la sacristie pour signer les rapports ne (lui ait) pas permis d\u2019examiner les vases sacr\u00e9s, les livres, les ornements \u00bb.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>c) La c\u00e9r\u00e9monie du mariage<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Elle ne se double pas forc\u00e9ment d\u2019une messe. L\u2019essentiel de la c\u00e9r\u00e9monie et la mati\u00e8re m\u00eame du sacrement r\u00e9sident dans l\u2019\u00e9change des consentements par les \u00e9poux. A Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, le recteur note : \u00ab ayant re\u00e7u leur consentement mutuel, les ai par parole du pr\u00e9sent conjoint en l\u00e9gitime mariage \u00bb. Le cur\u00e9 proc\u00e8de ensuite \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction des mari\u00e9s, de l\u2019anneau, des g\u00e2teaux et bouteilles de vin d\u00e9pos\u00e9s sur l\u2019autel. Ceux-ci seront partag\u00e9s entre les \u00e9poux et distribu\u00e9s aux invit\u00e9s lors du repas de noce.<\/p>\n<p>A ce moment, l\u2019assistance redouble de vigilance, car dans une communaut\u00e9 superstitieuse certains signes vont d\u00e9terminer l\u2019avenir du nouveau couple. Le mari met l\u2019anneau au doigt de son \u00e9pouse en s\u2019effor\u00e7ant de l\u2019enfoncer d\u2019un seul coup jusqu\u2019au bout : il veut montrer par l\u00e0 qu\u2019il sera le ma\u00eetre dans son m\u00e9nage. Si l\u2019anneau bute sur son doigt, c\u2019est la femme qui portera la culotte ! De m\u00eame, apr\u00e8s la b\u00e9n\u00e9diction nuptiale, l\u2019homme essaye de se relever plus prestement que sa femme pour symboliser sa pr\u00e9\u00e9minence. Le public \u00e9galement observe les cierges : si l\u2019un s\u2019\u00e9teint, c\u2019est le souffle de la mort et le m\u00e9nage sera bient\u00f4t bris\u00e9.<\/p>\n<p>Le cur\u00e9 adresse quelques mots au nouveau couple, rappelle la doctrine de l\u2019Eglise sur la saintet\u00e9 du lien conjugal. Pendant l\u2019\u00e9change des promesses chacun surveille son voisin, v\u00e9rifiant qu\u2019il ne noue pas \u00ab l\u2019aiguillette \u00bb, un noeud dans une ficelle : le mari\u00e9 serait alors frapp\u00e9 d\u2019impuissance.<br \/>\nApr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie on passe \u00e0 la sacristie pour payer les honoraires du pr\u00eatre et signer les registres. Les mariages de personnes de qualit\u00e9 d\u00e9placent une assistance nombreuse n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 parapher abondamment et soigneusement les registres. Les actes impliquant les roturiers*, \u00e0 l\u2019inverse, ne comportent que quelques croix mal dessin\u00e9es.<\/p>\n<p>On prend cong\u00e9 du recteur et le cort\u00e8ge d\u00e9bouche de l\u2019\u00e9glise. Il peut \u00eatre accompagn\u00e9, ce n\u2019est qu\u2019une \u00e9ventualit\u00e9, par le ou les sonneurs. J-M. Guilcher signale l\u2019existence d\u2019une \u00ab danse d\u2019honneur \u00bb dans la zone c\u00f4ti\u00e8re comprise entre Land\u00e9da et Le Conquet entre la c\u00e9r\u00e9monie religieuse et le repas, pr\u00e8s du calvaire ou de l\u2019\u00e9glise. A Plouguerneau, il est difficile de se prononcer \u00e0 ce sujet.<br \/>\nLe c\u00e9r\u00e9monial est vite oubli\u00e9 et aux sons des cloches, des d\u00e9charges de mousqueterie, du joueur de biniou, la noce se rend dans les auberges du bourg. Il s\u2019av\u00e8re d\u00e9licat de cibler les instruments utilis\u00e9s par le ou les sonneurs. Le Gonidec ne rapporte, lors des noces, la pr\u00e9sence que d\u2019un seul musicien. Mais en 1627, au mariage de R. Babier, marquis de Kerjean les trois joueurs de violon \u00ab sonnent aux fian\u00e7ailles et au mariage \u00bb. Cambry, dans son voyage dans le Finist\u00e8re, \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, \u00e9voque les tambourins, musette (ou \u00ab biniou \u00bb), hautbois (ou \u00ab bombarde \u00bb). Les comptes-rendus des f\u00eates r\u00e9volutionnaires et imp\u00e9riales fournissent la preuve que certains instruments de musique interviennent dans les r\u00e9unions festives : en 1811 on retrouve le violon \u00e0 Plouescat et \u00e0 Lesneven, la veuze, sorte de cornemuse, \u00e0 Gouesnou, la musette \u00e0 Lannilis et le biniou \u00e0 Brest. Y aurait-il une tradition musicale et instrumentale dans nos paroisses l\u00e9onardes ? Difficile \u00e0 dire. Quant au duo biniou-bombarde, si fr\u00e9quent en Cornouaille, il ne semble pas avoir les faveurs des l\u00e9onards.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>d) les temps du mariage : jours et saisons<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Tout le s\u00e9rieux du processus qui conduit au mariage a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 et rien n\u2019est laiss\u00e9 au hasard. Quant aux choix du jour et de la saison ils ont \u00e9t\u00e9 m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chis : on ne convole pas \u00e0 n\u2019importe quelle \u00e9poque de l\u2019ann\u00e9e. Il faut tenir compte des contraintes religieuses et \u00e9conomiques.<\/p>\n<p><center><\/center><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20161226154955im_\/http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jpg\/241-mouv-83-89.jpg\" \/><\/p>\n<p>A Plouguerneau, on se marie le mardi dans 81,4 % des cas, le mercredi ne concerne que 11,70 % des unions. La c\u00e9r\u00e9monie a lieu le matin selon les statuts synodaux de 1707. Le choix du jour est fonction de la dur\u00e9e de la noce : selon J.M. Guilcher elle dure trois jours; un jour d\u2019honneur, celui du mariage religieux, un second au programme variable selon les r\u00e9gions et un troisi\u00e8me pour les amis proches, les domestiques, les pauvres. Le vendredi est consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab jour triste \u00bb puisque c\u2019est le jour de la mort du Christ. De plus, on imagine mal un frikot sans viande pour cause de jour maigre ! Le dimanche, les mariages sont exclus pour permettre la c\u00e9l\u00e9bration du culte. Il serait \u00e9galement mals\u00e9ant de profaner le jour du seigneur par des divertissements. Le samedi, coinc\u00e9 entre ces deux jours, est peu propice aux longues noces. Le d\u00e9but de la semaine est donc plus favorable au mariage : les fianc\u00e9s ont pu se pr\u00e9parer pieusement en se confessant et en communiant au cours de la messe dominicale; les victuailles pour le frikot seront \u00e9galement plus facilement rassembl\u00e9es pendant ce jour de repos. Ce d\u00e9faut d\u2019\u00e9talement accro\u00eet la surcharge de travail des pr\u00eatres qui doivent c\u00e9l\u00e9brer les unions sur deux jours !<\/p>\n<p>Le mouvement saisonnier des mariages est riche d\u2019enseignement. A Plouguerneau et \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h on se marie en janvier-f\u00e9vrier, en juillet, et en fin d\u2019ann\u00e9e<\/p>\n<p><center><\/center><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20161226154955im_\/http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jpg\/241-mouv-47-90-1.jpg\" \/><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20161226154955im_\/http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jpg\/241-mouv-47-90-2.jpg\" \/><\/p>\n<p><center><\/center>&nbsp;<\/p>\n<p>Le premier saillant pr\u00e9c\u00e8de le Car\u00eame, temps d\u2019abstinence, et fait suite \u00e0 l\u2019Avent, temps de p\u00e9nitence. Ces deux \u00ab temps clos \u00bb bloquent toute possibilit\u00e9 d\u2019union pendant de longues semaines et engendrent une envol\u00e9e de la nuptialit\u00e9 en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e. La prescription eccl\u00e9siastique se justifie, par le d\u00e9sir d\u2019\u00e9viter, en temps de p\u00e9nitence, tout pr\u00e9texte \u00e0 des r\u00e9jouissances publiques. Il est possible, en cas d\u2019urgence, de demander et d\u2019obtenir une dispense. Le d\u00f4me de fin d\u2019ann\u00e9e (septembre, octobre, novembre) est fonction de l\u2019Avent que l\u2019on \u00e9vite ainsi et correspond \u00e0 la fin des durs travaux de la moisson. Celle-ci est plus tardive en L\u00e9on \u00e0 cause de l\u2019\u00e9t\u00e9 incertain et de la culture du bl\u00e9 noir que l\u2019on r\u00e9colte \u00e0 partir de septembre. Les jeunes sont lib\u00e9r\u00e9s plus tard ce qui explique le d\u00e9calage par rapport \u00e0 d\u2019autres r\u00e9gions de France.<\/p>\n<p>Le pic de juillet, moins notable \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, s\u2019amorce en juin et appara\u00eet pour beaucoup comme li\u00e9 \u00e0 la mont\u00e9e de la s\u00e8ve de printemps, saison des amours. Le paysan profite s\u00fbrement de la pause agricole entre foins et moisson. Le mois de mai est peu pris\u00e9 par les paroissiens car il a mauvaise r\u00e9putation; il est regard\u00e9 comme n\u00e9faste et l\u2019enfant engendr\u00e9 ce mois risquerait de devenir l\u2019idiot du village ! Le rythme saisonnier \u00e9pouse \u00e9troitement le calendrier liturgique, ses contraintes, et le calendrier agricole. Le paysan l\u00e9onard se marie plut\u00f4t pendant la saison froide et non pas \u00e0 la belle saison.<\/p>\n<p><strong>e) Le repas de noces : An eured<\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20161226154955im_\/http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jpg\/241-repas-noce.jpg\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Le repas de noce<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il a lieu dans la maison du p\u00e8re de la mari\u00e9e. Il repr\u00e9sente le second temps fort de la journ\u00e9e, moment essentiel marquant, apr\u00e8s l\u2019union des deux \u00e9poux, celle des deux familles partageant le m\u00eame repas. Le Gonidec signale l\u2019existence d\u2019un premier repas, assez l\u00e9ger, mais copieusement arros\u00e9 de vin. Puis quand tous les invit\u00e9s sont arriv\u00e9s on se rend sous des tentes, ou la tente suivant le nombre de convives. Elles sont tendues de drap fin dans le haut, des couronnes de fleurs et des bouquets pendent au-dessus des mari\u00e9s. Les tables sont faites avec des \u00e9chelles plac\u00e9es bout \u00e0 bout sur des pieux, des planches plac\u00e9es sur les degr\u00e9s et recouvertes de pi\u00e8ces de toile. Le nombre de participants peut se compter par centaines. Cambry parle de quatre \u00e0 cinq cents convives m\u00eame \u00ab chez de pauvres gens qui par leurs pr\u00e9sents font la dot et l\u2019ameublement de ces nouveaux \u00e9poux \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le L\u00e9on, la tradition pousse chacun \u00e0 payer son \u00e9cot sous des formes diverses : en argent, pour \u00e9viter une charge trop lourde pour le nouveau couple ou en nature (bl\u00e9, lin, miel). Cette coutume s\u2019est perp\u00e9tu\u00e9e tardivement au XXe si\u00e8cle. Les mari\u00e9s s&rsquo;assoient \u00e0 l&rsquo;un des bouts : le gar\u00e7on et la fille d\u2019honneur prennent place pr\u00e8s d\u2019eux, ainsi que les invit\u00e9s de marque. L\u2019abondance des mets permet \u00e0 beaucoup de rompre avec la frugalit\u00e9 de tous les jours. Le vendredi pr\u00e9c\u00e9dant la noce on tue les animaux pour le festin : une vache ou deux, voire plus. Soupe grasse, tripes, rago\u00fbt, r\u00f4tis, \u00ab\u00a0kig ha farz\u00a0\u00bb se succ\u00e8dent toute la journ\u00e9e. Cambry \u00e9voque l&rsquo;usage, dans le Finist\u00e8re, de boire des \u00ab\u00a0vins de toute esp\u00e8ce, l&rsquo;eau de vie quelque ch\u00e8re qu&rsquo;elle soit, on s&rsquo;\u00e9gaie, on s&rsquo;enivre surtout\u00a0\u00bb. A la fin du repas, un des chefs de famille se l\u00e8ve, on se tait. Il r\u00e9cite les gr\u00e2ces et adresse une pri\u00e8re pour le bonheur des \u00e9poux, une autre pour les morts de l&rsquo;ann\u00e9e. Ensuite on chante des hymnes latins, des cantiques et des chants en breton.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20161226154955im_\/http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jpg\/241-table-marie.jpg\" \/><\/p>\n<p><center><\/center>&nbsp;<\/p>\n<p>Puis les jeunes gens sortent discr\u00e8tement pour se rendre au lieu de la danse, tandis que les mari\u00e9s sortent de table, puis vont se placer des deux c\u00f4t\u00e9s des portes de la cour. Pour J. Simier la danse lors des noces se fait sur l&rsquo;aire \u00e0 battre.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20161226154955im_\/http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jpg\/241-noce-bretagne.jpg\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Une noce en Bretagne<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le pays Pagan \u00e0 ce niveau est une entit\u00e9 culturelle particuli\u00e8re selon J. M. Guilcher. Plouguerneau ne pratiquerait pas la gavotte, Kavotenn, localis\u00e9e plus \u00e0 l&rsquo;ouest entre l&rsquo; Aber-Wrac&rsquo;h et la Pointe Saint-Mathieu. La danse ronde aux trois pas, aurait, par contre, une importance qu&rsquo;elle n&rsquo;a nulle part ailleurs en pays bretonnant. Elle est la danse du terroir par excellence pratiqu\u00e9e en toutes circonstances officielles, noces, pardons, foires, et priv\u00e9es. Connue sous le nom de rid\u00e9e ou dans moul, il s&rsquo;agit d&rsquo;une danse du littoral, ronde et du type le plus frustre. La version du pays Pagan comporte une alternance de tempo calme, ou pas march\u00e9s et de temps rapide, ou pas courus. Le chant est l&rsquo;accompagnement habituel de la danse ronde aux trois pas, il est assur\u00e9 par les danseurs eux-m\u00eames, un soliste, souvent une femme, alternant avec le choeur. Parfois les femmes commencent seules la ronde et les hommes les rejoignent ensuite, comme \u00e0 Lilia. D&rsquo;autres danses ont pu \u00eatre pratiqu\u00e9es : en 1836, Souvestre mentionne une danse monotone et s\u00e9rieuse (une variante de dans L\u00e9on ?) o\u00f9 \u00ab\u00a0les filles avancent en cadence \u00e0 petits pas, yeux baiss\u00e9s, les bras pendants, tandis que les jeunes gens, le front haut, l&rsquo;air s\u00e9v\u00e8re marchaient \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s; puis s&rsquo;arr\u00eatant tout \u00e0 coup vis-\u00e0-vis d&rsquo;elles prenaient leurs mains, tournaient trois fois et reprenaient gravement leurs places.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Certains invit\u00e9s, demeurant au loin, sont oblig\u00e9s de partir : l&rsquo;\u00e9poux leur offre dans une tasse d&rsquo;argent du vin b\u00e9ni ainsi que du g\u00e2teau b\u00e9ni dont chacun rompt un morceau. Apr\u00e8s ces d\u00e9parts, le nouveau couple rejoint les danseurs et ne dansent qu&rsquo;ensemble.<\/p>\n<p>Au souper, bien plus simple, les nouveaux mari\u00e9s servent leurs plus proches parents, qui les avaient servis au d\u00e9jeuner, et \u00e0 la fin ils trinquent avec les convives, puis se retirent pour aller s&rsquo;habiller en blanc. Apr\u00e8s avoir demand\u00e9 \u00e0 genoux la b\u00e9n\u00e9diction de ses parents dans une salle voisine, la mari\u00e9e, en pleurs, se rend dans la chambre nuptiale avec sa fille d&rsquo;honneur qui tient une chandelle allum\u00e9e. Le mari\u00e9 s&rsquo;y rend aussi avec son gar\u00e7on d&rsquo;honneur porteur d&rsquo;une autre chandelle.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20161226154955im_\/http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jpg\/241-coucher.jpg\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Le couch\u00e9 de la mari\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les parents et les amis intimes sont pr\u00e9sents. La mari\u00e9e donne un baiser \u00e0 chacun, re\u00e7oit leurs souhaits de bonheur et de naissance de nombreux enfants. En pr\u00e9sence de tous, aid\u00e9e de sa fille d&rsquo;honneur, elle monte dans le lit nuptial (clos) o\u00f9 le mari\u00e9 la rejoint. La fille et le gar\u00e7on d&rsquo;honneur se tiennent debout, ayant \u00e0 la main, chacun sa chandelle sans chandelier, car ils doivent rester l\u00e0 jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle commence \u00e0 leur br\u00fbler les doigts. Le dernier qui l&rsquo;\u00e9teint devait mourir, ainsi on \u00e9vitait un mauvais sort aux mari\u00e9s. Les assistants entament le \u00ab\u00a0Veni creator\u00a0\u00bb, puis tous, plus ou moins avin\u00e9s, chantent des chansons jusqu&rsquo;au jour. Le gar\u00e7on et la fille, tenant toujours la chandelle, d\u00e9fendent l&rsquo;approche du lit.<\/p>\n<p>A l&rsquo;aurore seulement, on apporte aux mari\u00e9s la soupe au lait. Le lait symbolise la f\u00e9condit\u00e9 et la perp\u00e9tuation de la race humaine, l&rsquo;unique r\u00e9cipient pour cette libation rappelle que tout est commun entre les \u00e9poux. Cette c\u00e9r\u00e9monie fixe le futur du nouveau couple : m\u00e9lange d&rsquo;agr\u00e9ments, le bon lait chaud, et les ennuis \u00e0 vaincre, le chapelet de morceaux de pain que l&rsquo;on y glisse malicieusement et qui d\u00e9clenche l&rsquo;hilarit\u00e9 du public. Les trois premi\u00e8res nuits sont vou\u00e9es \u00e0 la continence, c&rsquo;est l&rsquo;usage de la nuit de tobie. Souvent la jeune \u00e9pouse va, les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me nuits partager le lit d&rsquo;une soeur ou d&rsquo;une amie. Les plaisirs de la chair ne trouvent leur place que lors de la quatri\u00e8me nuit.<\/p>\n<p>Le lendemain du mariage, les nouveaux \u00e9poux, v\u00eatus des costumes de grand deuil, vont assister \u00e0 une messe dite pour les parents d\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Puis, en compagnie d&rsquo;invit\u00e9s en nombre plus restreint, c&rsquo;est le \u00ab\u00a0retour de noce\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi s&rsquo;ach\u00e8ve le processus qui conduit au mariage. Les jeunes qui se marient sont majoritaires mais un certain nombre d&rsquo;entre eux restent c\u00e9libataires, combien sont-ils dans les deux paroisses plouguern\u00e9ennes ? Le probl\u00e8me est quasi-insoluble car la notion de c\u00e9libat n&rsquo;est jamais indiqu\u00e9e dans les registres des s\u00e9pultures. Le cas de Marie Manach, 21 ans, qui \u00ab\u00a0mourut au village de Kerlastren \u00bb, en ao\u00fbt 1749, comme \u00ab\u00a0jeune fille\u00a0\u00bb est tout ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;exceptionnel.<\/p>\n<p>En conclusion, les habitants de Plouguerneau et de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, dans la seconde moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle, apparaissent bien peu diff\u00e9rents de leurs concitoyens fran\u00e7ais. Leurs comportements matrimoniaux sont profond\u00e9ment conservateurs et comment pourrait-il en \u00eatre autrement ? On se marie g\u00e9n\u00e9ralement dans le m\u00eame milieu social, on subit l&#8217;emprise des milieux familiaux et eccl\u00e9siastiques. Le recrutement des conjoints est lui-m\u00eame peu original : l\u00e9onard il ne fait qu&rsquo;entrouvrir les deux paroisses sur des terres lointaines. Les r\u00e8gles d&rsquo;homogamie et d&rsquo;endogamie sont plus que jamais applicables \u00e0 Plouguerneau et \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h. Cependant les traditions restent vivaces et les rites particuliers font du mariage bas-breton une c\u00e9r\u00e9monie et une f\u00eate vivante et attachante, teint\u00e9es d&rsquo;une religiosit\u00e9 qui leur donne une gravit\u00e9 certaine que l&rsquo;on retrouve \u00e9galement en Cornouaille.<\/p>\n<p>Une vie nouvelle commence pour les deux \u00e9poux. Une famille est n\u00e9e dans le cadre paroissial. Elle forme une communaut\u00e9 \u00e9conomique dont l&rsquo;un des aboutissants est la naissance d\u2019&rsquo;enfants. (\u00e0 suivre).<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: medium;\">GLOSSAIRE<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&#8211; Archidiacre : eccl\u00e9siastique responsable de l\u2019administration d\u2019un archidiacon\u00e9, ou partie d\u2019un dioc\u00e8se, sous l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00eaque.<\/p>\n<p>&#8211; Avent : p\u00e9riode de quatre semaines de l\u2019ann\u00e9e liturgique qui pr\u00e9c\u00e8de et pr\u00e9pare No\u00ebl.<\/p>\n<p>&#8211; Ban : proclamation officielle et publique. Le pr\u00eatre proclame les 3 bans au pr\u00f4ne pour les mariages.<\/p>\n<p>&#8211; Car\u00eame : p\u00e9riode de quarante jours, consacr\u00e9e \u00e0 la p\u00e9nitence et au je\u00fbne du mercredi des Cendres au jour de P\u00e2ques.<\/p>\n<p>&#8211; Chapellenie : b\u00e9n\u00e9fice, dignit\u00e9 d\u2019un chapelain ou d\u2019un pr\u00eatre b\u00e9n\u00e9ficier (voir b\u00e9n\u00e9fice).<\/p>\n<p>&#8211; Charivari : tumulte, hu\u00e9es, railleries que l\u2019on fait aux veufs et veuves qui se remarient avec un conjoint beaucoup plus jeune qu\u2019eux, ou aux personnes dont on d\u00e9savoue l\u2019inconduite.<\/p>\n<p>&#8211; Diacres : eccl\u00e9siastique qui a re\u00e7u le diaconat, c\u2019est \u00e0 dire l\u2019ordre imm\u00e9diatement inf\u00e9rieur \u00e0 la pr\u00eatrise.<\/p>\n<p>&#8211; Douaire : jouissance accord\u00e9e \u00e0 la femme survivant \u00e0 son mari d\u2019une partie des biens de celui-ci.<\/p>\n<p>&#8211; Endogamie : mariage entre individus originaires du m\u00eame lieu.<\/p>\n<p>&#8211; Exh\u00e9r\u00e9dation : action de d\u00e9sh\u00e9riter quelqu\u2019un.<\/p>\n<p>&#8211; Fabrique (la) : ensemble des biens d\u2019une paroisse (le temporel), mais ne sont pas ceux du cur\u00e9. C\u2019est \u00e9galement l\u2019organisme charg\u00e9 de les g\u00e9rer. Certaines fabriques sont riches des biens accumul\u00e9s aux si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents (exploitations agricoles, terres, rentes) \u00e0 partir de donations ou fondations.<\/p>\n<p>&#8211; Ferme : syst\u00e8me couramment employ\u00e9 pour la lev\u00e9e des imp\u00f4ts indirects (boissons, tabac). Un particulier, une compagnie financi\u00e8re obtient, en \u00e9change d\u2019une somme forfaitaire, la perception des imp\u00f4ts. L\u2019avance initiale est en g\u00e9n\u00e9ral largement rembours\u00e9e sur le dos des plus humbles, d\u2019o\u00f9 les critiques.<\/p>\n<p>&#8211; Homogamie : mariage entre individus de m\u00eame niveau social.<\/p>\n<p>&#8211; Horsin : \u00e9tranger \u00e0 un lieu.<\/p>\n<p>-Milice gardes-c\u00f4tes : obligation militaire d\u2019une dur\u00e9e de 6 ans. La milice gardes-c\u00f4tes surveille et d\u00e9fend le littoral. Le commandement est confi\u00e9 \u00e0 un capitaine, un lieutenant et un enseigne, tous \u00e9lus. Le syst\u00e8me est tr\u00e8s critiqu\u00e9 car le tirage au sort est in\u00e9galitaire<\/p>\n<p>-Naissances ill\u00e9gitimes : enfants n\u00e9s d\u2019une union durable (concubinage), passag\u00e8re (passade), ou momentan\u00e9e (viol), entre un homme et une femme non mari\u00e9s.<\/p>\n<p>&#8211; Onanisme : recherche solitaire du plaisir sexuel ou masturbation.<\/p>\n<p>&#8211; Officialit\u00e9 : tribunal eccl\u00e9siastique pr\u00e9sid\u00e9 par l\u2019official (clerc gradu\u00e9 en droit canon charg\u00e9 par l\u2019\u00e9v\u00eaque de rendre la justice en son nom en mati\u00e8re eccl\u00e9siastique).<\/p>\n<p>&#8211; P\u00e2ques : f\u00eate annuelle qui comm\u00e9more la r\u00e9surrection du Christ. P\u00e9riode aux dates variables mais comprise au plus t\u00f4t le 22 mars et au plus tard le 25 avril.<\/p>\n<p>&#8211; Parlement de Bretagne : cour souveraine de justice install\u00e9e \u00e0 Rennes. Tribunal d\u2019appel pour tous. Compos\u00e9 de nobles il peut exercer son droit de remontrance sur les \u00e9dits royaux et par l\u00e0 s\u2019opposer \u00e0 la monarchie.<\/p>\n<p>&#8211; Procureur (fiscal, du roi) : officier, dans un tribunal, charg\u00e9 de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats du public, ceux de la seigneurie ou du roi.<\/p>\n<p>&#8211; Roturier : tout individu non noble.<\/p>\n<p>&#8211; Syndic : individu charg\u00e9 de repr\u00e9senter et d\u2019agir au nom d\u2019une communaut\u00e9, ici la paroisse.<\/p>\n<p>&#8211; Tiers \u00e9tat : sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, partie de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise qui n\u2019est pas privil\u00e9gi\u00e9e : les paysans sont majoritaires. Les autres membres du tiers \u00e9tat sont les bourgeois (commer\u00e7ants, marchands, artisans), les ouvriers &#8230;.<\/p>\n<p>&#8211; Vicaire g\u00e9n\u00e9ral : pr\u00eatre qui assiste l\u2019\u00e9v\u00eaque dans l\u2019administration dioc\u00e9saine.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: medium;\">BIBLIOGRAPHIE<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: small;\">OUVRAGES GENERAUX<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>\u00b7 BOUET A. et PERRIN O. : BREIZ IZEL ou la vie des bretons de l\u2019Armorique (Tchou)<\/p>\n<p>\u00b7 BREKILLIEN Y. : La vie quotidienne des paysans bretons au XIXe si\u00e8cle (Hachette)<br \/>\n\u00b7 CAMBRY : Voyage dans le Finist\u00e8re en 1794-95 (Coop. Breizh)<\/p>\n<p>\u00b7 FLANDRIN J-L : Les amours paysannes (XVIe-XIXe si\u00e8cles) ; Gallimard. 1975.<\/p>\n<p>\u00b7 GARNOT B. : La population fran\u00e7aise aux XVIe, XVIIe, XVIIIe si\u00e8cles (Ophrys) &#8211; 1992<\/p>\n<p>\u00b7 GUILCHER J.M. : La tradition populaire de danse en Basse-Bretagne (Mouton)<\/p>\n<p>\u00b7 HERPIN E. : Noces et bapt\u00eames en Bretagne<\/p>\n<p>\u00b7 OGEE : Dictionnaire historique et g\u00e9ographique de la province de Bretagne<\/p>\n<p>\u00b7 PRISER L. : Le mariage en Bretagne autrefois (Editions Libro-sciences)<\/p>\n<p>\u00b7 SEBILLOT Y. : La Bretagne et ses traditions (Royer)<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"font-size: small;\">OUVRAGES SUR LE LEON ET PLOUGUERNEAU<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>SUR PLOUGUERNEAU<\/strong><\/p>\n<p>\u00b7 PERENNES : Une paroisse entre Manche et Oc\u00e9an<\/p>\n<p>\u00b7 SIMIER J. : Mon bagne volontaire \u00e0 B\u00e9niguet<\/p>\n<p><strong>SUR LE LEON<\/strong><\/p>\n<p>\u00b7 Traditions et noces rurales en Finist\u00e8re (Imprimerie du d\u00e9partement du Finist\u00e8re &#8211; 1987)<\/p>\n<p>\u00b7 ELEGOET L. : Anc\u00eatres et terroirs. Onze g\u00e9n\u00e9rations de paysans de Basse-Bretagne (Ouest-France &#8211; universit\u00e9)<\/p>\n<p>\u00b7 GALLO Y. : Clerg\u00e9, religion et soci\u00e9t\u00e9 en Basse-Bretagne de la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime \u00e0 1840 (Edition Ouvri\u00e8res)<\/p>\n<p>\u00b7 LE GONIDEC : M\u00e9moire de l\u2019acad\u00e9mie celtique &#8211; 1807<\/p>\n<p>\u00b7 LE PROHON R. : Vie et mort des bretons sous Louis XIV (Bibiophiles de Bretagne)<\/p>\n<p>. ROUDAUT F. : Les l\u00e9onards et leur clerg\u00e9 : Etudes sur la Bretagne et les pays celtiques (M\u00e9langes offerts \u00e0 Y. Legallo)<\/p>\n<p>\u00b7 SOUVESTRE E. : Le Finist\u00e8re en 1836<\/p>\n<p>\u00b7 TANGUY P. : Etude \u00e9conomique, sociale et d\u00e9mographique de la r\u00e9gion de Lesneven au XVIIIe si\u00e8cle (Ma\u00eetrise 1970)<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>SE MARIER A PLOUGUERNEAU DANS LA SECONDE MOITIE DU XVIIIe SIECLE (1747-1790) Si les conditions dans lesquelles se r\u00e9alisent les mariages sont connues de nos jours, celles de la fin [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":1781,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","template":"","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"_EventAllDay":false,"_EventTimezone":"","_EventStartDate":"","_EventEndDate":"","_EventStartDateUTC":"","_EventEndDateUTC":"","_EventShowMap":false,"_EventShowMapLink":false,"_EventURL":"","_EventCost":"","_EventCostDescription":"","_EventCurrencySymbol":"","_EventCurrencyCode":"","_EventCurrencyPosition":"","_EventDateTimeSeparator":"","_EventTimeRangeSeparator":"","_EventOrganizerID":[],"_EventVenueID":[],"_OrganizerEmail":"","_OrganizerPhone":"","_OrganizerWebsite":"","_VenueAddress":"","_VenueCity":"","_VenueCountry":"","_VenueProvince":"","_VenueState":"","_VenueZip":"","_VenuePhone":"","_VenueURL":"","_VenueStateProvince":"","_VenueLat":"","_VenueLng":"","_VenueShowMap":false,"_VenueShowMapLink":false,"footnotes":""},"categories":[255],"tags":[],"class_list":["post-632","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category-18-19-la-vie-a-plouguerneau"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/632","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=632"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/632\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=632"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=632"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=632"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}