{"id":646,"date":"2014-06-05T19:06:34","date_gmt":"2014-06-05T17:06:34","guid":{"rendered":"https:\/\/plouguerneau.net\/une-epidemie-en-pays-pagan-en-1775-76\/"},"modified":"2014-06-05T19:06:34","modified_gmt":"2014-06-05T17:06:34","slug":"une-epidemie-en-pays-pagan-en-1775-76","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/une-epidemie-en-pays-pagan-en-1775-76\/","title":{"rendered":"Une \u00e9pid\u00e9mie en Pays Pagan en 1775-76"},"content":{"rendered":"<div align=\"justify\">\n<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>UNE \u00c9PID\u00c9MIE EN PAYS PAGAN EN 1775-76<\/strong><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: center;\">(Service Historique de la Marine, 1 E 542)<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>L\u2019essentiel du vocabulaire et des expressions de l\u2019\u00e9poque ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9es.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un courrier de l\u2019Intendant de la Marine \u00e0 la cour du roi, en date du 12 janvier 1776.<\/p>\n<p>Il faut replacer cette lettre dans son contexte de l\u2019\u00e9poque. Le m\u00e9moire relate la maladie \u00e9pid\u00e9mique, putride et vermineuse, qui r\u00e8gne dans quelques paroisses voisines de la ville de Brest. Sont cit\u00e9es les villages de Plabennec, Ploun\u00e9our (-Trez), Kerlouan, Plouvien, Guiss\u00e9ny, Plouguerneau, Cl\u00e9der, Tr\u00e9flaou\u00e9nan, Plouescat, Lanhouarneau et autres lieux des environs de Brest, Lesneven, Saint-Pol-de-L\u00e9on.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pid\u00e9mie fait suite \u00e0 d\u2019autres qui firent des ravages les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e0 Plouider, Tr\u00e9flez, Saint-Fr\u00e9gant, et Tr\u00e9garantec.<br \/>\nLes \u00e9pid\u00e9mies sont monnaie courante sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, et le L\u00e9on se souvient de celle de 1757 qui, partie de Brest (\u00ab le mal de Brest \u00bb ou typhus), lors de l\u2019arriv\u00e9e de troupes fran\u00e7aises du Canada fit des dizaines de milliers de morts en Bretagne.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1770 et 1780, le L\u00e9on et la Bretagne sont de nouveau meurtris par une s\u00e9rie d\u2019\u00e9pid\u00e9mies \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. De 1770 \u00e0 1787, la Bretagne perd ainsi 3,7% de sa population.<\/p>\n<p><em>\u00ab Les malades touch\u00e9s par la fi\u00e8vre \u00e9pid\u00e9mique pr\u00e9sentent les sympt\u00f4mes suivants : des frissons, des maux de c\u0153ur, des vomissements, des points douloureux \u00e0 la poitrine ou au ventre et dans le hypocondres ou flancs, un abattement g\u00e9n\u00e9ral, une prostration de forces, de sensibilit\u00e9 plus ou moins grandes dans tous les membres, des sueurs colliquatives ou putrides, des \u00e9ruptions pourpreuses, des rougeurs au visage, des assoupissements, des d\u00e9lires, des maux de gorges souvent gangr\u00e9neux, des crachements de sang, des constipations opini\u00e2tres, des difficult\u00e9s d\u2019urine, une ardeur extr\u00eame \u00e0 la peau, une langue plus ou moins s\u00e8che, aride et br\u00fbl\u00e9e, des d\u00e9p\u00f4ts gangreneux aux fesses \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pid\u00e9mie n\u2019est pas identifi\u00e9e par le repr\u00e9sentant du roi, mais il peut s\u2019agir de dysenterie, de typhus ou de typho\u00efde. Les causes sont sans doute \u00e0 relier \u00e0 la pr\u00e9sence de mar\u00e9cages ici et l\u00e0, \u00e0 la qualit\u00e9 m\u00e9diocre de l\u2019eau consomm\u00e9e, et au manque quasi g\u00e9n\u00e9ral d\u2019hygi\u00e8ne des contemporains. Enfin, les coutumes de veiller les d\u00e9funts plusieurs jours et de les enterrer dans les \u00e9glises n\u2019ont certainement pas aid\u00e9 \u00e0 entraver la propagation de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie.<br \/>\nLe fait que l\u2019intendant relate cette \u00e9pid\u00e9mie d\u00e9but janvier peut s\u2019expliquer par un oubli de sa correspondance \u00e0 la cour, qu\u2019il r\u00e9pare tardivement, ou par des r\u00e9sidus d\u2019une \u00e9pid\u00e9mie \u00e0 l\u2019\u00e9tat end\u00e9mique qui se produit en g\u00e9n\u00e9ral en \u00e9t\u00e9 ou en automne, saisons \u00e0 l\u2019\u00e9poque plus chaudes, qu\u2019\u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, dans ces ann\u00e9es 1770.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20161226095313im_\/http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jpg\/Epidemie1.jpg\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab La maladie enl\u00e8ve beaucoup de monde au d\u00e9but de l\u2019invasion. C\u2019est \u00e0 ce moment l\u00e0 qu\u2019il faut intervenir en incitant les gens \u00e0 vomir et ne pas laisser les malades aux seuls soins de la nature.<br \/>\nElle persiste de 14 \u00e0 21 jours et l\u2019on meurt souvent entre le 5eme et le 7eme jour.<\/em><\/p>\n<p>Pour soigner les malades des paquets de m\u00e9dicaments seront d\u00e9pos\u00e9s dans les presbyt\u00e8res \u00bb.<\/p>\n<p><em>\u00ab Les traitements seront assur\u00e9s par les pasteurs (pr\u00eatres), des personnes charitables et un peu plus intelligentes et, si possible, par des chirurgiens \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>La plupart des rem\u00e8des propos\u00e9s sont \u00e0 base de plantes (bette, l\u00e9gumes,sureau\u2026), de vinaigre, de miel, de beurre, de saindoux&#8230; Ils interviennent dans les vomitifs, les lavements, les bains de pieds, les cataplasmes, les empl\u00e2tres, les gargarismes, et les tisanes.<\/p>\n<p><em>\u00ab Les paquets de rem\u00e8des, pour vomir, contiennent trois grains d\u2019\u00e9m\u00e9tique que l\u2019on fait dissoudre dans trois verres d\u2019eau. On prend un seul verre, puis, si le vomissement ne se produit pas, un second verre, une demi-heure plus tard, et ainsi de suite. <\/em><\/p>\n<p>Les enfants n\u2019auront droit qu\u2019\u00e0 un traitement de moiti\u00e9 par rapport aux adultes. Les r\u00e8gles des femmes ne sont pas un obstacle au traitement. Il vaut mieux \u00e9viter de donner ce rem\u00e8de aux femmes enceintes et lui pr\u00e9f\u00e9rer deux onces de manne, un demi gros de cr\u00e8me de tartre et une pinc\u00e9e de semen contr\u00e0 ou \u00e0 d\u00e9faut un peu d\u2019absinthe ou de tam\u00e9si et un peu de miel.<\/p>\n<p>Les saign\u00e9es doivent \u00eatre \u00e9vit\u00e9es, par ses effets funestes, aux enfants, femmes, personnes faibles, surtout ceux des zones mar\u00e9cageuses comme Kerlouan.<br \/>\nLes malades les moins atteints par la maladie et robustes peuvent se contenter d\u2019une petite saign\u00e9e et d\u2019un vomitif \u00e0 base d\u2019eau ti\u00e8de, de miel et de vinaigre.<br \/>\nSi le patient crache du sang, le vinaigre est arr\u00eat\u00e9 et on utilise de l\u2019avoine ou de l\u2019orge.<\/p>\n<p>Dans certains cas, de d\u00e9lire, d\u2019assoupissement, de soubresauts dans les tendons du poignet, de poul in\u00e9gal, on peut conseiller des empl\u00e2tres vesicatoires \u00e0 la nuque et une tisane \u00e0 base d\u2019esprit de mond\u00e9derns, de fleur de sureau, de camphre.<\/p>\n<p>Le d\u00e9lire violent est trait\u00e9 par des bains de pieds \u00e0 l\u2019eau chaude ( ! ), par une limonade avec liqueur min\u00e9rale d\u2019hoffmann.<\/p>\n<p>On peut disposer des cataplasmes sur les jambes et les cuisses. Ils comprennent de l\u2019ail pil\u00e9, de la ciboule, de l\u2019oignon, de la moutarde, de la farine de seigle, du sel commun et un peu de vinaigre.<\/p>\n<p>Les maux de gorges gangr\u00e9neux r\u00e9clament du quinquina acidul\u00e9, du miel, de la liqueur d\u2019hoffmann, de l\u2019absinthe, de la camomille, du vinaigre (en gargarisme). Les pauvres se contenteront d\u2019une pinte d\u2019eau bouillie, avec de la camomille, de l\u2019oseille et un gros de cr\u00e8me de tartre.<\/p>\n<p>En situation de constipation, des lavements seront pratiqu\u00e9s en utilisant de l\u2019\u00e9molliente, une graine de lin, du miel.<\/p>\n<p>Si les traitements ont eu des effets salutaires pour les malades, les plus riches peuvent reprendre de la viande, des potages aux l\u00e9gumes, du vin avec mod\u00e9ration. Les pauvres mangeront du pain, de la soupe au beurre et \u00e0 l\u2019oseille, des \u0153ufs frais, des bouillies ferment\u00e9es.<\/p>\n<p>Messieurs les recteurs, charg\u00e9s de la conservation de leurs paroissiens, doivent travailler \u00e0 les convaincre que l\u2019usage de ces deux liqueurs (le vin et l\u2019eau-de-vie) ajoutent singuli\u00e8rement aux dangers de la maladie, et leur donner pour exemple de cette v\u00e9rit\u00e9 que les personnes riches et robustes qui se livrent au vin, p\u00e9rissent en plus grand nombre que les pauvres qui ne peuvent pas se procurer de ces boissons \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20161226095313im_\/http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jpg\/Epidemie2.jpg\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La lettre est riche d\u2019enseignement.<\/p>\n<p>L\u2019intendant pr\u00e9sente un regard assez fataliste sur l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. Il para\u00eet conscient des insuffisances num\u00e9riques du corps m\u00e9dical. Il doute de la pr\u00e9sence sur place de chirurgien et n\u2019\u00e9voque pas de m\u00e9decins. De plus, les malades d\u00e9nu\u00e9s de secours, <em>\u00ab sont dans des pr\u00e9jug\u00e9s qu\u2019ils ne peuvent trouver de soulagement \u00e0 leurs maux qu\u2019en buvant beaucoup de vin et d\u2019eau-de-vie, pratique qui fait, au contraire, p\u00e9rir la plupart de ceux qui s\u2019y livrent \u00bb<\/em>. Dans ses propos se sent la coupure entre un monde rural r\u00e9put\u00e9 ignorant, routinier et referm\u00e9 sur lui-m\u00eame et un monde plus \u00e9clair\u00e9, auquel il appartient : urbain, bourgeois, eccl\u00e9siastique et noble.<\/p>\n<p>Outre, le descriptif tr\u00e8s imag\u00e9 des maux engendr\u00e9s par l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, elle permet de d\u00e9couvrir la pharmacop\u00e9e (empirique et bien maigre) de l\u2019\u00e9poque, le recours au nombreux clerg\u00e9 masculin pour dispenser conseils et soins lors de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie (on y rajoutera les religieuses nombreuses \u00e0 Plouguerneau).<\/p>\n<p>Pour limiter le d\u00e9clenchement des \u00e9pid\u00e9mies, l\u2019intendant de la Marine propose que les habitants parfument leurs maisons, closes et sans habitant, leurs ameublements et leurs hardes en utilisant un m\u00e9lange de souffre et de r\u00e9sine. Il insiste sur la propret\u00e9 et le renouvellement de l\u2019air dans les habitations. Il fait ainsi sienne la th\u00e9orie de l\u2019a\u00e9risme, \u00e0 la mode dans les couches sociales les plus ais\u00e9es. Mais il n\u2019\u00e9voque pas les nouvelles dispositions prises par le roi ou le parlement de Rennes qui imposent d\u2019enterrer rapidement les d\u00e9funts, et surtout pas dans les \u00e9glises, dans des cimeti\u00e8res que l\u2019on implante \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des bourgs.<\/p>\n<p>Il fait, intelligemment, le distinguo entre les villages situ\u00e9 dans les zones mar\u00e9cageuses comme Kerlouan et ceux implant\u00e9s dans des endroits plus \u00e9lev\u00e9s comme Plouguerneau. Les eaux dormantes et stagnantes sont ainsi sources d\u2019\u00e9pid\u00e9mie.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Version 1 : 28 Mai 2014<\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>UNE \u00c9PID\u00c9MIE EN PAYS PAGAN EN 1775-76 (Service Historique de la Marine, 1 E 542) L\u2019essentiel du vocabulaire et des expressions de l\u2019\u00e9poque ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9es. 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