{"id":718,"date":"2015-11-11T17:03:29","date_gmt":"2015-11-11T16:03:29","guid":{"rendered":"https:\/\/plouguerneau.net\/mourir-a-plouguerneau-dans-la-seconde-moitie-du-xviiie-siecle\/"},"modified":"2015-11-11T17:03:29","modified_gmt":"2015-11-11T16:03:29","slug":"mourir-a-plouguerneau-dans-la-seconde-moitie-du-xviiie-siecle","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/mourir-a-plouguerneau-dans-la-seconde-moitie-du-xviiie-siecle\/","title":{"rendered":"Mourir \u00e0 Plouguerneau dans la seconde moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle."},"content":{"rendered":"<p><strong><span style=\"font-size: large;\">MOURIR A PLOUGUERNEAU ET A TREMENAC\u2019H DANS LA SECONDE MOITIE DU XVIIIe SIECLE.<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui on consid\u00e8re trop souvent la mort comme injuste et le monde des vivants essaye de l\u2019exorciser par des artifices qui visent \u00e0 adoucir les peines et les d\u00e9chirements de ces moments douloureux.<\/p>\n<p>Sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, la mort est un spectacle ordinaire dont les racines s\u2019ins\u00e8rent dans de multiples causes sp\u00e9cifiques au XVIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>A cette mortalit\u00e9 du quotidien et banale s\u2019ajoutent p\u00e9riodiquement de violentes crises \u00e9pid\u00e9miques qui taillent de v\u00e9ritables coupes sombres dans les effectifs paroissiaux de Plouguerneau et de sa petite voisine de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, le Plouguern\u00e9en se trouve confront\u00e9 \u00e0 des taux de mortalit\u00e9, pour nous, d\u2019un autre temps, \u00e0 des cataclysmes agressant r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 villageoise. Toutes les cat\u00e9gories d\u2019\u00e2ges s\u2019exposent \u00e0 \u00eatre happ\u00e9es par l\u2019Ankou, mais, pourtant, celui-ci se montre impitoyable envers les plus jeunes.<\/p>\n<p>Les Plouguern\u00e9ens, meurtris dans leurs chairs et dans leurs esprits, apparaissent bien d\u00e9munis devant le ph\u00e9nom\u00e8ne mortif\u00e8re. Malgr\u00e9 tout, ils s\u2019attellent avec leurs moyens \u00e0 contrecarrer, dans la mesure du possible, la maladie et la mis\u00e8re humaine.<\/p>\n<p><strong>Sommaire :<\/strong><\/p>\n<p>1 &#8211; Les sources : les registres paroissiaux.<\/p>\n<p>2 &#8211; L\u2019importance de la mortalit\u00e9 (les taux de mortalit\u00e9, l\u2019\u00e9volution dans le temps).<\/p>\n<p>3 &#8211; Les causes des d\u00e9c\u00e8s (mortalit\u00e9 ordinaire et mortalit\u00e9 accidentelle).<\/p>\n<p>4 &#8211; Les crises \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1770 et dans les ann\u00e9es 1780.<\/p>\n<p>5 -La mortalit\u00e9 selon les \u00e2ges (La mortalit\u00e9 des plus jeunes et des adultes).<\/p>\n<p>6 &#8211; La lutte contre la mort et la mis\u00e8re humaine (Le personnel m\u00e9dical, l\u2019obst\u00e9trique, la lutte contre la pauvret\u00e9, le recours aux pratiques parall\u00e8les et \u00e0 la religion).<\/p>\n<p>7 &#8211; Les lieux d\u2019inhumation \u00e0 Plouguerneau.[\/bleu]<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>1 &#8211; LES SOURCES : LES REGISTRES PAROISSIAUX.<\/strong><\/span><\/p>\n<p>La r\u00e9daction, par les pr\u00eatres des deux paroisses, des actes de d\u00e9c\u00e8s est sensiblement toujours la m\u00eame. <em>\u00ab\u00a0Marie Galliou de ce bourg, \u00e2g\u00e9e d&rsquo;environ soixante quatre ans, morte le 24 d\u00e9cembre 1773, fut inhum\u00e9e le lendemain en terre b\u00e9nite en pr\u00e9sence d&rsquo;Alain, Jean et Goulven ses fr\u00e8res et autres qui ne<\/em> <em>signent\u00a0\u00bb.<\/em> C&rsquo;est ainsi que le cur\u00e9 de Plouguerneau, Hamon, r\u00e9digeait les actes de d\u00e9c\u00e8s de ses compatriotes.<\/p>\n<p>Le nom de famille, de jeune fille pour la femme mari\u00e9e, le ou les pr\u00e9noms, la filiation (avec \u00e9ventuellement des indications de d\u00e9c\u00e8s des parents :\u00a0<em>\u00ab\u00a0 feu, feue\u00a0\u00bb)<\/em>, la date du d\u00e9c\u00e8s, le jour et le lieu de l&rsquo;inhumation, l&rsquo;\u00e2ge arrondi, les t\u00e9moins qui signent ou non ainsi que la griffe du desservant apparaissant dans les registres.<\/p>\n<p>Les causes des d\u00e9c\u00e8s de 1747 \u00e0 1790 ne sont jamais \u00e9voqu\u00e9es sauf s&rsquo;il s&rsquo;agit de morts accidentelles ou suspectes.<\/p>\n<p>Un enfant qui meurt \u00e0 la naissance est inscrit avec la mention <em>\u00ab\u00a0anonyme\u00a0\u00bb<\/em> s&rsquo;il n&rsquo;a pas re\u00e7u de pr\u00e9nom et l&rsquo;indication, essentielle \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, d&rsquo;ondoiement*. Le petit qui <em>\u00ab\u00a0est mort sans bapt\u00eame\u00a0\u00bb<\/em>, est inhum\u00e9 dans <em>\u00ab\u00a0l&rsquo;endroit r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 cet effet\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Enfin les enfants sont qualifi\u00e9s de l\u00e9gitime ou d\u2019ill\u00e9gitime, de <em>\u00ab\u00a0m\u00e2le\u00a0\u00bb<\/em> ou de <em>\u00ab\u00a0femelle\u00a0\u00bb<\/em> et parfois le placement en nourrice est mentionn\u00e9.<\/p>\n<p>Certaines situations hors normes peuvent se pr\u00e9senter : les personnes qui ne r\u00e9sident pas dans la paroisse ou qui n&rsquo;y sont pas n\u00e9es sont exceptionnellement rapatri\u00e9es dans leur paroisse d&rsquo;origine. <em>\u00ab\u00a0Claude Guiavarch du Hellez, \u00e2g\u00e9 d&rsquo;environ 15 ans, \u00e9tait aux \u00e9coles \u00e0 Brest y mourut le 6 juillet 1774 et son corps fut transport\u00e9 \u00e0 Plouguerneau pour y \u00eatre inhum\u00e9 le<\/em> <em>lendemain en terre b\u00e9nite\u00a0\u00bb.<\/em> En g\u00e9n\u00e9ral, les plus fortun\u00e9s ont les moyens financiers et mat\u00e9riels de ce type de rapatriement. Encore faut-il que le rayon g\u00e9ographique soit relativement limit\u00e9. Les plus humbles sont inhum\u00e9s sur place \u00e0 Plouguerneau ou \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h avec la permission du recteur. Le 12 mars 1782, Marie Paugam, veuve Marec, est inhum\u00e9e \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h, avec l&rsquo;autorisation de Monsieur le Recteur de Plouguerneau.<\/p>\n<p>L&rsquo;enregistrement par les religieux \u00e9tait-il satisfaisant ? En p\u00e9riode \u00e9pid\u00e9mique, la surcharge de travail a pu entra\u00eener certains oublis tout comme ceux de b\u00e9b\u00e9s mort-n\u00e9s, malgr\u00e9 l&rsquo;obligation de les inscrire depuis 1736.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>2 &#8211; L&rsquo;IMPORTANCE DE LA MORTALIT\u00c9<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Plouguerneau, paroisse tr\u00e8s peupl\u00e9e, a une <strong>moyenne annuelle<\/strong> de 129,7 d\u00e9c\u00e8s entre 1747 et 1790. La petite paroisse de Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h se place sous la barre des 10 \u00e0 9,28.<\/p>\n<p>Les <strong>taux de mortalit\u00e9<\/strong> sont respectivement de 33,2 \u00b0\/oo et de 21,1 \u00b0\/oo. Ce dernier est anormalement bas, et doit \u00eatre pris avec r\u00e9serve.<\/p>\n<p>M\u00eame si ces taux apparaissent \u00e9lev\u00e9s, comparativement \u00e0 aujourd&rsquo;hui (9\u00b0\/oo en France), ils se situent cependant en de\u00e7\u00e0 de ceux de la Bretagne\u00a0: 41 \u00b0\/oo de 1770 \u00e0 1787.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;\u00e9volution dans le temps a de quoi surprendre<\/strong>.<\/p>\n<p>A Plouguerneau, de 1747 \u00e0 1769,\u00a0le nombre de d\u00e9c\u00e8s tourne autour de 120 par an, et de 6 \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h. Pour les ann\u00e9es 1770 \u00e0 1790, les chiffres \u00e0 Plouguerneau atteignent la barre des 140, et \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h ils fr\u00f4lent les 12.<\/p>\n<p>Les taux de mortalit\u00e9 obligatoirement suivent les m\u00eames \u00e9volutions\u00a0: 31,7\u00b0\/oo de 1747 \u00e0 1767 \u00e0 Plouguerneau, mais 34,8 \u00b0\/oo\u00a0 de 1768 \u00e0 1790.<\/p>\n<p>Toutes les donn\u00e9es abondent dans le m\u00eame sens, \u00e0 savoir une <strong>acc\u00e9l\u00e9ration de la mortalit\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1770 et dans les ann\u00e9es 1780.<\/strong><\/p>\n<p>Incontestablement, on assiste \u00e0 une d\u00e9gradation de la situation d\u00e9mographique des deux paroisses dans le dernier quart du XVIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong>A quel \u00e2ge meurt-on en moyenne? <\/strong><\/p>\n<p>Le Plouguern\u00e9en meurt \u00e0 30 ans entre 1747 et 1752 et \u00e0 29,8 ans de 1786 \u00e0 1790.<\/p>\n<p>A Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h, cet \u00e2ge est de 34 ans 8 mois pour 1747 &#8211; 1790.<\/p>\n<p>Ces moyennes sont catastrophiques et r\u00e9sultent des \u00e9normes mortalit\u00e9s infantile et juv\u00e9nile, ainsi que des diverses crises.<\/p>\n<p>Le fait \u00e9tabli est que l&rsquo;on meurt autour de la trentaine m\u00eame si certains miracul\u00e9s de la vie inscrivent leur nom au d\u00e9tour des registres. Olivier Breton de Pratpaul d\u00e9tient la palme de la long\u00e9vit\u00e9 puisqu&rsquo;il meurt \u00e0 104 ans le 18 mars 1747.<\/p>\n<p>Cet \u00e2ge au d\u00e9c\u00e8s, qui n\u2019est pas l\u2019esp\u00e9rance de vie, est fonction de l&rsquo;appartenance \u00e0 son groupe social et doit \u00eatre nuanc\u00e9 : les religieux vivent nettement plus \u00e2g\u00e9s. Les pr\u00eatres en moyenne jusqu&rsquo;\u00e0 59 ans, les religieuses jusqu&rsquo;\u00e0 61 ans et 6 mois. Mais ne comptabiliser que des adultes, dans l&rsquo;ensemble bien nourris, mieux soign\u00e9s et mieux prot\u00e9g\u00e9s contre les maladies favorise ind\u00e9niablement l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;\u00e2ge moyen au d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>3 &#8211; LES CAUSES DES D\u00c9C\u00c8S.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>La mortalit\u00e9 ordinaire.<\/strong><\/p>\n<p>En janvier 1783, Etienne Bossard et Marie Bergot, voient mourir leur petite fille de huit jours ; en mai, la m\u00e8re d&rsquo; Etienne d\u00e9c\u00e8de ; en d\u00e9cembre, un autre enfant du couple meurt. Le calvaire des parents n&rsquo;est pas termin\u00e9 : en mars 1785, un troisi\u00e8me enfant dispara\u00eet \u00e0 cinq jours. Cette famille durement \u00e9prouv\u00e9e t\u00e9moigne de la banalit\u00e9 de la mort dans la seconde moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Si les d\u00e9c\u00e8s accidentels trouvent la plupart du temps, dans les registres, leur explication, il n&rsquo;en est pas de m\u00eame pour la mortalit\u00e9 ordinaire. Les desservants ne mentionnent aucune maladie de 1747 \u00e0 1790. Pour en d\u00e9terminer les <strong>causes<\/strong> d&rsquo;autres sources ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es : les t\u00e9moignages des contemporains et les archives d\u00e9partementales.<\/p>\n<p>Pour p\u00e9n\u00e9trer l\u2019univers des contemporains il est possible d\u2019embo\u00eeter les pas deCambry(1). Cet infatigable voyageur, au d\u00e9but de la R\u00e9volution d\u00e9nonce les conditions dans lesquelles sont log\u00e9s et vivent les paysans bas bretons. <em>\u00ab\u00a0Leur cahute, sans jour, est pleine de fum\u00e9e; une claie l\u00e9g\u00e8re la partage; le ma\u00eetre du m\u00e9nage, sa femme, ses enfants et ses petits enfants occupent une de ces parties; l&rsquo;autre contient les vaches, les boeufs, tous les animaux de la ferme. Les exhalations r\u00e9ciproques se communiquent librement &#8230; Imaginez la malpropret\u00e9, l&rsquo;odeur, l&rsquo;humidit\u00e9, la boue qui r\u00e8gnent dans ces demeures souterraines; l&rsquo;eau de fumier, qui souvent en d\u00e9fend l&rsquo;entr\u00e9e, presque toujours y<\/em> <em>p\u00e9n\u00e8tre\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-1250 aligncenter\" src=\"https:\/\/appriou.bzh\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/interieur-breton-300x208.jpeg\" alt=\"\" width=\"420\" height=\"291\" \/><\/strong><\/p>\n<p>Ainsi les <strong>habitations<\/strong> sont g\u00e9n\u00e9ralement exigu\u00ebs, aux ouvertures rares. L&rsquo;humidit\u00e9, la m\u00e9diocrit\u00e9 de l&rsquo;insolation, la promiscuit\u00e9, la pr\u00e9sence du cheptel, la terre battue qui incite peu au lessivage concourent au d\u00e9veloppement et \u00e0 la propagation des maladies.<\/p>\n<p>Ce tableau souffre d&rsquo;exceptions et Cambry note \u00e0 nouveau : <em>\u00ab\u00a0j&rsquo;ai vu des maisons champ\u00eatres o\u00f9 tous les meubles, o\u00f9 tous les ustensiles \u00e9taient d&rsquo;une propret\u00e9 enchanteresse, lav\u00e9s, nettoy\u00e9s, cir\u00e9s, mais ces maisons sont rares\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Le m\u00eame contemporain lors de son voyage dans le Finist\u00e8re mentionne\u00a0: <em>\u00ab\u00a0au milieu de ces sites d\u00e9licieux vivent les individus les plus sales&#8230; ajoutez-y la malpropret\u00e9, la gale originelle h\u00e9r\u00e9ditaire, et des p\u00e8res et des enfants, la malpropret\u00e9 d&rsquo;individus qui ne se baignent<\/em> <em>qui ne se lavent jamais\u00a0\u00bb.<\/em> Cette <strong>absence de soins corporels<\/strong>, le chirurgien Tilleux qui officie \u00e0 Lesneven, et \u00e0 Lannilis la rencontre directement sur le terrain durant la R\u00e9volution : il est charg\u00e9 de traiter 128 galeux \u00e0 raison de 7 livres 10 sols le malade. Il re\u00e7oit pour sa t\u00e2che la somme rondelette de 960 livres (2). Les maladies cutan\u00e9es, comme la gale ou mal de Saint-M\u00e9en, la teigne, sont fr\u00e9quentes chez les L\u00e9onards (3). La raret\u00e9 ou l&rsquo;absence d\u2019ablutions, le port de v\u00eatements grossiers irritant la peau, la sueur, le linge et la literie insuffisamment lav\u00e9s, favorisent les infections et la propagation des \u00e9pid\u00e9mies. Le poux, lui, contribue au d\u00e9veloppement du typhus.<\/p>\n<p>D\u00e8s l&rsquo;enfance on travaille \u00e0 la campagne durement et longtemps. La sant\u00e9 essentielle pour le labeur et ainsi vivre et survivre n&rsquo;est gu\u00e8re prioritaire dans le v\u00e9cu du paysan. Fatigu\u00e9, il continue, sans rel\u00e2che, sa t\u00e2che sans trop s&rsquo;alarmer de ses mis\u00e8res physiologiques. Celles-ci proviennent de tares li\u00e9es \u00e0 la naissance, de mariages consanguins, ou d&rsquo;accidents de la vie de tous les jours. En 1774, le recteur Denis De Lesmel r\u00e9pondant \u00e0 Mgr de la Marche qui avait lanc\u00e9 une grande enqu\u00eate sur les causes de la mendicit\u00e9 dans la paroisse de Plouguerneau, les attribue pour un tiers <em>\u00ab\u00a0\u00e0 la caducit\u00e9 ou \u00e0 <strong>l&rsquo;infirmit\u00e9<\/strong>\u00ab\u00a0.<\/em> Les exemptions militaires durant la R\u00e9volution nous livrent tout un lot de malheureux plus pitoyables les uns que les autres que rapportent les m\u00e9decins du secteur de Lesneven.<\/p>\n<p>En mars 1793, le chirurgien Tilleux rend visite \u00e0 Fran\u00e7ois-Marie Chapalain de Lannilis. Il certifie qu&rsquo;il est infirme de <em>\u00ab\u00a0l&rsquo;oeil gauche ayant une fistule lacrimale depuis de nombreuses ann\u00e9es\u00a0\u00bb<\/em> (4). A Kerlouan le chirurgien Souffl\u00e8s remarque que le citoyen Yves Aniguet <em>\u00ab\u00a0\u00e0 la jambe gauche<\/em> <em>engorg\u00e9e ainsi que les gencives d&rsquo;un vice scorbutique\u00a0\u00bb. <\/em>Michel Ruellan de Guisseny <em>souffre \u00ab\u00a0d&rsquo;un d\u00e9rangement consid\u00e9rable de l&rsquo;avant-bras \u00e0 la suite d&rsquo;un accident. Il a des difficult\u00e9s<\/em> <em>absolues de flexion de cette partie\u00a0\u00bb.<\/em> A. Faleun <em>\u00ab\u00a0est estropi\u00e9 par l&rsquo;entremise des<\/em> <em>chevaux attel\u00e9s \u00e0 sa charrette venant de Brest, de K\u00e9rurus commune de Ploun\u00e9our-Trez \u00ab\u00a0.<\/em> Les populations littorales fournissent \u00e9galement des contingents non n\u00e9gligeables de marins qui servent dans la Royale ou la marine marchande et s&rsquo;exposent ainsi aux accidents et \u00e0 divers traumatismes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;\u00e9tat physique de nos contemporains n\u2019est gu\u00e8re reluisant<\/strong> (5). Le Plouguern\u00e9en est plut\u00f4t petit de 5 pieds *, environ 1,62 m. Une autre revue portant sur 25 soldats du canton de Lannilis donne une moyenne de 1,64 m. Le d\u00e9faut de taille est fr\u00e9quent pour les motifs d\u2019exemptions : dans le contingent 25 du canton de Lannilis on refuse 16 jeunes sur 75. Lorsque le conscrit est exempt\u00e9, renvoy\u00e9, il est qualifi\u00e9 de galeux, de scorbutique, d&rsquo;\u00e9pileptique, de scrophuleux ou atteint de la varicocelle. A ces maladies s\u2019additionnent les mauvaises complexions : aussi les boiteux, borgnes, cagneux, porteurs de <em>\u00ab\u00a0tumeurs lacrymales\u00a0\u00bb<\/em> sont monnaie courante. Le 29 octobre 1799, le chirurgien Tilleux arrive \u00e0 Plouguerneau chez Ren\u00e9 Hamon. Il v\u00e9rifie et certifie que ce jeune homme de 22 ans <em>\u00ab\u00a0est infirme du<\/em> <em>testicule droit ce qui le met hors d&rsquo;\u00e9tat de servir comme militaire.\u00a0\u00bb<\/em> M\u00eame si certains sont des malades imaginaires et de petits filous d\u00e9sireux d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 la conscription, il n&rsquo;en est pas moins vrai que sur les 75 jeunes du contingent 25, 14 sont exempt\u00e9s pour des motifs familiaux, 27 sont bons pour le service et 34 rentrent chez eux pour d\u00e9ficiences physiques ! Cela en dit long sur l&rsquo;\u00e9tat de d\u00e9labrement de la population masculine en cette fin de XVIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Og\u00e9e (6), ing\u00e9nieur g\u00e9ographe de la province, en visite, dans les ann\u00e9es 1770-80, dans les deux paroisses les d\u00e9crit en ces termes : <em>\u00a0\u00bb Plouguerneau a des terres fertiles est tr\u00e8s exactement cultiv\u00e9e par les habitants. Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h est exactement<\/em> <em>cultiv\u00e9e et rapporte d&rsquo;abondantes r\u00e9coltes de grains de toutes esp\u00e8ces.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>La nature a dot\u00e9 les deux paroisses en terres f\u00e9condes sur lesquelles une population laborieuse s&rsquo;affaire avec soin pour en tirer le meilleur parti. L\u2019apport d\u2019engrais et d&rsquo;amendements marins, go\u00e9mons, sables coquilliers, contribuent \u00e9galement \u00e0 favoriser les pratiques culturales. Les inventaires apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s attestent r\u00e9guli\u00e8rement la pr\u00e9sence de <em>\u00ab\u00a0mullons de Goesmon\u00a0\u00bb<\/em> dans les exploitations plouguern\u00e9ennes (7). Les m\u00eames inventaires nous permettent de dresser la liste des <strong>principales cultures<\/strong> auxquelles s&rsquo;adonnent les paroissiens. Outre le lin, les l\u00e9gumes : panais, <em>\u00ab\u00a0navais\u00a0\u00bb<\/em>, choux, f\u00e8ves, poireaux, pois, oignons, c\u00f4toient les c\u00e9r\u00e9ales : froment, seigle, sarrasin, orge, avoine. Ces deux derni\u00e8res cat\u00e9gories permettent la confection de soupe, de pain, galettes cr\u00eapes ou autre bouillie : l\u2019essentiel de <strong>la nourriture du L\u00e9onard<\/strong>. Cambry, t\u00e9moin de r\u00e9f\u00e9rence, \u00e9voque ainsi la nourriture du Plouguern\u00e9en : <em>\u00ab leur pain est un m\u00e9lange d\u2019orge, de trois quarts de seigle\u00a0 et d\u2019un seizi\u00e8me de froment ; ils mangent de la bouillie deux fois le jour except\u00e9 le dimanche, le mardi, le jeudi : dans ces jours privil\u00e9gi\u00e9s, ils servent sur leur table de la<\/em> <em>vache sal\u00e9e, du lard et de la soupe de graisse\u00a0\u00bb. <\/em>Cette nourriture, pour l\u2019\u00e9poque, semble satisfaisante mais il est improbable qu\u2019elle concerne la totalit\u00e9 des paroissiens. Le poste viande est bien repr\u00e9sent\u00e9 et s\u2019adresse certainement \u00e0 des paysans nantis. De nombreux inventaires apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s \u00e9tablissent une certaine vocation \u00e0 l\u2019\u00e9levage. On y retrouve r\u00e9guli\u00e8rement et parfois dans des proportions remarquables vaches \u00e0 poil noir, veaux, g\u00e9nisses, <em>\u00ab\u00a0torillons\u00a0\u00bb,<\/em> cochons, volailles, et m\u00eame moutons et ch\u00e8vres.<\/p>\n<p>Cambry, toujours lui, remarque des vaches belles et f\u00e9condes et les meilleurs chevaux du pays. Cette propension au d\u00e9veloppement du cheptel local favorise l\u2019alimentation\u00a0 carn\u00e9e et fournit les prot\u00e9ines animales, lait, viande, lard et beurre dont l\u2019habitude est si ancr\u00e9e chez le L\u00e9onard qu\u2019elle le poussent, en p\u00e9riode de Car\u00eame, \u00e0 formuler des demandes de dispenses pour manger du beurre aupr\u00e8s de l\u2019\u00e9v\u00eaque moyennant esp\u00e8ces sonnantes et tr\u00e9buchantes. L\u2019\u00e9levage a un autre avantage non n\u00e9gligeable\u00a0: il est peu sujet aux variations climatiques qui affectent les cultures de c\u00e9r\u00e9ales.<\/p>\n<p>Les\u00a0 habitants proche du littoral ont \u00e9galement la facult\u00e9 de pratiquer la p\u00eache \u00e0 pied et c\u00f4ti\u00e8re pour r\u00e9colter coquillages, crustac\u00e9s, poissons. Cambry consid\u00e8re que la c\u00f4te est poissonneuse et regorge de lieus, soles, turbots, maquereaux&#8230;<\/p>\n<p>Les caract\u00e9ristiques essentielles de la nourriture l\u00e9onarde semblent \u00eatre son abondance et sa vari\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Cette analyse ne doit pas se r\u00e9v\u00e9ler trop idyllique, car, m\u00eame si l\u2019on meurt rarement de faim dans la zone littorale bretonne, les cultures sont soumises aux al\u00e9as climatiques qui entra\u00eenent leurs kyrielles de disettes. Et la hi\u00e9rarchie sociale des r\u00e9gimes alimentaires est impitoyable pour ceux des niveaux inf\u00e9rieurs en ces temps difficiles. A c\u00f4t\u00e9 d\u2019une \u00e9lite bien nourrie combien de pauvres paysans vivotent pendant les bonnes ann\u00e9es et survivent les autres\u00a0 ann\u00e9es. En se rabattant sur une nourriture de substitution malsaine, de farines g\u00e2t\u00e9es, de fruits verts, de vieux lard, ils s\u2019exposent \u00e0 une issue fatale.<strong><em>\u00a0 <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>La mis\u00e8re au quotidien<\/strong> peut ais\u00e9ment \u00eatre d\u00e9crite en s&rsquo;appuyant sur les prix pratiqu\u00e9s dans le L\u00e9on \u00e0 la veille de la R\u00e9volution. Un journalier*, gagne de 15 sous \u00e0 1 livre. En d\u00e9falquant les jours ch\u00f4m\u00e9s ou f\u00e9ri\u00e9s il peut esp\u00e9rer travailler, au plus, 240 jours par an pour un gain maximum de 240 livres. Affublons-le d&rsquo;une \u00e9pouse et de quatre enfants, ce qui est la moyenne d&rsquo;une famille type Plouguern\u00e9enne. Tout ce petit monde consomme force \u00ab\u00a0bleds\u00a0\u00bb pour la confection de pain. Le p\u00e8re en moyenne un kilo, la m\u00e8re 600 grammes et les enfants 400 grammes chacun. Le total s&rsquo;\u00e9tablit \u00e0 3,2 kg par jour. En une ann\u00e9e le chiffre de 1168 kg est atteint soit 23 quintaux (un quintal \u00e9quivaut \u00e0 un peu moins de 49 kg). Les prix des c\u00e9r\u00e9ales varient en fonction de leur nature, des quantit\u00e9s mises sur le march\u00e9, de la qualit\u00e9 et des moments de l&rsquo;ann\u00e9e. En p\u00e9riode de soudure* ils enregistrent traditionnellement une hausse. En 1789-90, dans le district de Lesneven le froment est cot\u00e9 environ 11 livres le quintal, le seigle 7 livres, l\u2019orge 6 livres (8). Le pain Plouguern\u00e9en, selon Cambry, est compos\u00e9 de 1\/16e de froment, 12\/16e de seigle, et 3\/16e d\u2019orge.<\/p>\n<p>Ainsi, le poste bl\u00e9 revient \u00e0 161 livres : 67 % du budget. Le couple devra, s\u2019il poss\u00e8de quelques maigres biens roturiers, les tailhou ou imp\u00f4ts directs : fouages* ordinaires ou extraordinaires, la capitation*. Retenons 4 livres. Un breton paye en moyenne 11 livres 6 derniers \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime. Pour am\u00e9liorer l\u2019ordinaire il peut acheter un petit cochon qu\u2019il engraissera, \u00e0 3 livres. Il lui en co\u00fbte au total 168 livres. Restent 72 livres au maximum soit 4 sous par jour, pour r\u00e9gler les charges locatives de la chaumi\u00e8re, du petit lopin attenant, en m\u00e9tayage*ou en fermage*. Il devra acquitter la d\u00eeme* ou 1\/10e, en r\u00e9alit\u00e9 1\/36e de gerbe, \u00e0 l\u2019Eglise, divers droits au seigneur*, sans oublier les mouteaux*, au 1\/16e, pour moudre son grain dans le moulin d\u00e9sign\u00e9 par ce m\u00eame seigneur. Aussi les d\u00e9penses de la vie courante seront r\u00e9duites \u00e0 leur plus simple expression : quelque mauvaise vaisselle, des hardes communes&#8230;. Cette famille ne peut r\u00e9ellement vivre mais survivre. Et combien doit lui para\u00eetre inaccessible cette vache ou ce cheval estim\u00e9s en moyenne, \u00e0 Plouguerneau, \u00e0 37 livres et \u00e0 86 livres. Si les enfants ou la femme, en travaillant, n\u2019apportent pas un compl\u00e9ment de revenus, malgr\u00e9 la pr\u00e9sence du potager, c\u2019est la mis\u00e8re et la fronti\u00e8re avec le monde des mendiants n\u2019est pas loin. Cette pr\u00e9carit\u00e9 est intimement li\u00e9e \u00e0 la conjoncture \u00e9conomique et au mouvement ascendant des prix, dans la seconde moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En effet, les L\u00e9onards ne sont gu\u00e8re \u00e9pargn\u00e9s par les <strong>tendances inflationnistes des productions<\/strong> agricoles.<\/p>\n<p>Dans le secteur de Lesneven, le boisseau * de bl\u00e9 noir est inf\u00e9rieur \u00e0 cinq livres de 1717 \u00e0 1735, et r\u00e9guli\u00e8rement au-dessus de ce seuil de 1735 \u00e0 1785. De 1747 \u00e0 1757, le froment, va de six \u00e0 sept livres, mais, en 1784-85, le boisseau atteint huit et onze livres. Les produits d\u2019\u00e9levage suivent la m\u00eame courbe : en 1746, une vache vaut trente livres, en 1789, 67 livres ; en 1747, un cheval co\u00fbte quarante quatre livres et cent vingt livres en 1787.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement les salaires restent stables ou progressent lentement.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, le pouvoir d&rsquo;achat est amput\u00e9 dans des proportions catastrophiques pour beaucoup. La famille du journalier est confront\u00e9e \u00e0 plusieurs options qui vont toutes dans le m\u00eame sens : celui des restrictions et de la paup\u00e9risation. Le couple peut emprunter \u00e0 des compatriotes plus fortun\u00e9s, acheter des c\u00e9r\u00e9ales moins co\u00fbteuses ou une nourriture de substitution, rogner sur les quantit\u00e9s consomm\u00e9es ou diff\u00e9rer l&rsquo;acquisition d&rsquo;un animal.<\/p>\n<p>Cependant, ces hausses des prix agricoles li\u00e9es \u00e0 des mauvaises r\u00e9coltes, \u00e0 la sp\u00e9culation d\u00e9bouchent sur <strong>quelque disette ou crise de subsistances<\/strong>, pour les plus d\u00e9munis, mais n\u2019entra\u00eenent pas automatiquement surmortalit\u00e9. Il peut y avoir des chert\u00e9s sans mortalit\u00e9.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es 1772 et 1775, en L\u00e9on, sont marqu\u00e9es par une \u00e9l\u00e9vation des prix du mistillon*, du seigle et du sarrasin, c\u00e9r\u00e9ale populaire par excellence. Pourtant, \u00e0 Plouguerneau les incidences ne sont gu\u00e8re visibles : les s\u00e9pultures sont \u00e0 des niveaux inf\u00e9rieurs aux moyennes habituelles. Ainsi donc la corr\u00e9lation entre inflation et mortalit\u00e9 est loin d\u2019\u00eatre syst\u00e9matique.<\/p>\n<p>Par contre sur des organismes affaiblis, la malnutrition favorise la propagation des \u00e9pid\u00e9mies. Les pauvres, en p\u00e9riode de rench\u00e9rissement des prix, souffrent et se rabattent sur du pain de mauvaise qualit\u00e9, de son le plus souvent, sur des c\u00e9r\u00e9ales encore verts ou pourris et ergot\u00e9s. Dysenterie et mal des ardents y trouvent leur compte dans le d\u00e9clenchement des \u00e9pid\u00e9mies.<\/p>\n<p>En fait, les crises de subsistances se sont maintenues et superpos\u00e9es aux crises \u00e9pid\u00e9miques.<\/p>\n<p><strong>L\u2019endettement de certaines familles paroissiales a de quoi alarmer de nombreux foyers.<\/strong> Les inventaires apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s dans la r\u00e9gion de Lesneven en sont la triste illustration. Ceux des pauvres paysans (moins de 150 livres) concernant 11 % du total en 1720-25, mais 18 % en 1785-90. En 1703-50, 25 % des paysans sont endett\u00e9s et 45 % en 1750-90 (9). Dans ces conditions il devient probl\u00e9matique pour un grand nombre d&rsquo;assurer l&rsquo;essentiel et l&rsquo;achat d&rsquo;un animal s&rsquo;av\u00e8re prohibitif.<\/p>\n<p>Ind\u00e9niablement, vivre en L\u00e9on n&rsquo;est pas toujours ais\u00e9 pour les journaliers, artisans ruraux et autres petits paysans. <strong>La mis\u00e8re<\/strong> est bien pr\u00e9sente dans la seconde moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle. De difficile, la situation devient catastrophique quand le chef de famille dispara\u00eet. Veuves et orphelins sont en place pour rejoindre les parias du monde agricole. Les <strong>pauvres n\u00e9cessiteux<\/strong> sont estim\u00e9s \u00e0 environ 25% de la population et la moiti\u00e9 d&rsquo;entre eux, soit un l\u00e9onard sur huit, mendie !<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-1251 aligncenter\" src=\"https:\/\/appriou.bzh\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/aumone_p-200x300.jpeg\" alt=\"\" width=\"272\" height=\"408\" \/><\/p>\n<p>En 1774, \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h, le recteur Tanguy Le Borgne en r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;enqu\u00eate sur la <strong>mendicit\u00e9<\/strong> demand\u00e9e par Mgr de la Marche consid\u00e8re <em>\u00ab\u00a0qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucun riche dans la paroisse. Il n&rsquo;y a aucun artisan. Il y a sept ou huit \u00e0 leur aise. Tous les autres sont de\u00a0 pauvres laboureurs, dont la plupart n\u2019ont pas du bled pour l\u2019ann\u00e9e, parce que les meilleures terres sont enti\u00e8rement<\/em> <em>encombr\u00e9es par le sable\u00a0<\/em>\u00bb. Faut-il \u00e0 travers ce t\u00e9moignage y voir la r\u00e9miniscence de l\u2019ensablement du d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle qui n\u00e9cessite le transfert du si\u00e8ge de l\u2019\u00e9glise paroissiale \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h Vian, en 1726, ou au contraire un ph\u00e9nom\u00e8ne structurel qui perdure \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime ?<\/p>\n<p>A Plouguerneau, le <strong>nombre de mendiants<\/strong> recens\u00e9s par le recteur Denis De Lesmel <em>\u00ab\u00a0est<\/em> <em>d\u2019environ 400, composants une treisi\u00e8me portion du peuple de la dite paroisse\u00a0\u00bb.<\/em> Les motifs de cet \u00e9tat sont extr\u00eamement vari\u00e9es mais t\u00e9moignent des difficult\u00e9s de la population en 1774 : <em>\u00ab\u00a0un tiers d\u2019entre eux pr\u00e9f\u00e8rent courir les chemins plut\u00f4t que de s\u2019adonner au travail, un tiers a pour pr\u00e9texte leur caducit\u00e9 ou infirmit\u00e9. Le reste mendie par n\u00e9cessit\u00e9, n\u2019ayant point de terre \u00e0 cultiver, ou ne trouvant<\/em> <em>pas de travail, et ayant une nombreuse famille \u00e0 entretenir, s\u2019\u00e9tant mari\u00e9s bien jeune&#8230;\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>En 1792, ils sont \u00e9valu\u00e9s \u00e0 410 pour une population de 4117 habitants soit 10 % du total (10). Ces chiffres ne poussent gu\u00e8re \u00e0 l\u2019optimisme et ne laissent entrevoir aucune am\u00e9lioration de la situation des plus d\u00e9favoris\u00e9s. Ces mendiants, vagabonds, fr\u00e9quents dans les campagnes d\u2019Ancien R\u00e9gime, sans toit, us\u00e9s par les privations, les intemp\u00e9ries, les maladies, sont saisis par la mort au d\u00e9tour de quelque chemin. Herv\u00e9 Creff, 60 ans, <em>\u00ab\u00a0retrouv\u00e9 dans un champ voisin du<\/em> <em>manoir de Nescadec\u00a0\u00bb<\/em>, le 1er novembre 1781, en est la triste illustration.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les <strong>affections<\/strong> dont souffrent les habitants de Plouguerneau ne sont jamais \u00e9voqu\u00e9es par les eccl\u00e9siastiques dans les registres. Le recours \u00e0 d\u2019autres sources a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire, en particulier les archives d\u00e9partementales de la R\u00e9volution. Certains praticiens comme Souffl\u00e9s dresse l\u2019\u00e9tat des malades pour l\u2019administration du district de Lesneven le 26 avril 1791 (11) : il relate fi\u00e8vres putrides, fi\u00e8vres vermineuses, pal\u00e9ludinaires, hidropiques. La revue de la masse du m\u00eame district (12) compl\u00e8te la liste en inscrivant les scrophuleux, \u00e9pileptiques &#8230; Le vocabulaire des chirurgiens et m\u00e9decins est souvent d\u00e9concertant, voire approximatif. Trouver l\u2019\u00e9quivalence aux maladies qui s\u00e9vissent de nos jours n\u2019est pas chose ais\u00e9e. Cependant un catalogue des principales maladies qui affectent la Bretagne et les deux paroisses a pu \u00eatre \u00e9tabli.<\/p>\n<p>Elles r\u00e8gnent \u00e0 l\u2019\u00e9tat end\u00e9mique ou \u00e9pid\u00e9mique, et sont, bien entendu, fonction de l\u2019\u00e2ge des individus, de leur appartenance \u00e0 telle ou telle classe sociale, des conditions de logement, de la nourriture&#8230;<\/p>\n<p>Cambry en visitant le pays Pagan mentionne les temp\u00eates habituelles, les vents forc\u00e9s, l\u2019air br\u00fblant et corrosif des c\u00f4tes et conclut qu\u2019il faut \u00eatre de fer pour leur r\u00e9sister.<\/p>\n<p>Aussi <strong>les maladies des voies respiratoires et pulmonaires, <\/strong>par l\u2019humidit\u00e9 ambiante, arrivent en t\u00eate des affections. Les bronchites, catarrhes, pneumonies, pleur\u00e9sies, la phtisie, le croup, la tuberculose s\u2019activent en automne et en hiver. Mais on peut rattacher \u00e0 ce groupe l\u2019esquinancie ou angine, la grippe, et la coqueluche.<\/p>\n<p>Les maladies touchent quelques familles mais parfois des dizaines et m\u00eame des centaines de paroissiens. En octobre 1750, le foyer de Jean Balcon, du Dreinoc, perd quatre gar\u00e7ons de 3, 7, 6 et 17 ans dans le cadre d\u2019une contagion domestique.<\/p>\n<p>Le second groupe mortif\u00e8re concerne <strong>les affections d\u2019apparence gastro-intestinale<\/strong>, dites fi\u00e8vres putrides, bilieuses, malignes, vermineuses. Elles se fixent en \u00e9t\u00e9-automne et d\u00e9bouchent sur des mortalit\u00e9s importantes, comme en 1779, en Bretagne. La transmission s\u2019op\u00e8re par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une population mouvante de marins, voyageurs, soldats, mendiants. Mauvaise alimentation et impuret\u00e9 de l\u2019eau consomm\u00e9e, en sont les principales responsables.<\/p>\n<p>La <strong>dysenterie<\/strong> bacilliaire ou virale est l\u2019une de ces maladies les plus connues et frappent Plouguerneau en 1779 et 1781.\u00a0 Les m\u00e9decins d\u00e9crivent les sympt\u00f4mes avec force d\u00e9tails : diarrh\u00e9es, douleurs au bas-ventre, \u00e0 l\u2019estomac, asth\u00e9nie, anorexie, fi\u00e8vres, selles ressemblant \u00e0 des crachats glaireux et sanguinolents, soif ardente, s\u00e9cheresse de la langue, envie de vomir, extr\u00e9mit\u00e9s froides, faces plomb\u00e9es, frissons, affaiblissement extr\u00eame &#8230;<\/p>\n<p>Le groupe <strong>typhus-typho\u00efde<\/strong> est tout aussi redoutable et redout\u00e9. La distinction entre les deux n\u2019est pas toujours ais\u00e9e et les possibilit\u00e9s de confusion du diagnostic sont r\u00e9elles. <strong>Typho\u00efde<\/strong> \u00e9quivaut souvent \u00e0 typhus ou m\u00eame \u00e0 dysenterie.\u00a0 Ce sont des fi\u00e8vres putrides estivales qui se prolongent en automne et qui s\u2019associent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 d\u2019autres affections li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tat sanitaire de la paroisse. Les principaux vecteurs en sont les aliments, les eaux, les selles, qui en font des maladies contagieuses. Les malades pr\u00e9sentent des points douloureux dans la poitrine, le ventre, un abattement g\u00e9n\u00e9ral, des sueurs, des \u00e9ruptions pourpreuses, des maux de gorge gangr\u00e9neux, une langue s\u00e8che, et sont en proie au d\u00e9lire\u00a0&#8230;<\/p>\n<p>Le <strong>typhus<\/strong> est enracin\u00e9 dans le L\u00e9on depuis l\u2019\u00e9pid\u00e9mie meurtri\u00e8re de 1757-59 qui s\u2019est diffus\u00e9e \u00e0 partir de l\u2019escadre du comte de La Mothe qui d\u00e9barque \u00e0 Brest en provenance du Canada. Plouguerneau est touch\u00e9e par ce fl\u00e9au en 1758-59. L\u2019\u00e9v\u00eaque du L\u00e9on, conscient de la gravit\u00e9 de la situation, prit en amendement en 1758, autorisant \u00e0 faire gras les vendredis et samedis de Car\u00eame pour permettre aux convalescents de se r\u00e9tablir du <em>\u00ab\u00a0mal de Brest\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Il revient en force pendant la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance des Etats-unis.<\/p>\n<p>Il est transmis par les poux qui prolif\u00e8rent dans les v\u00eatements sales et rarement chang\u00e9s, dans les cheveux longs, dans la promiscuit\u00e9 des logements et des navires satur\u00e9s d\u2019humidit\u00e9. Les principaux sympt\u00f4mes en sont sur les frissons, les vomissements, la fi\u00e8vre, des taches rouges et des pustules sur le corps, un affaiblissement extr\u00eame accompagn\u00e9 de d\u00e9lire et de sueurs, des selles f\u00e9tides, des urines rares, un ventre ballonn\u00e9, des contractures musculaires et le coma. Contagieux, il occasionne de nombreux d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p>Le <strong>paludisme<\/strong> connu sous le vocable de fi\u00e8vres intermittentes, tierces, quartes, double tierces, tierces est fonction des conditions climatiques et pluviom\u00e9triques, de la pr\u00e9sence de marais et de moustiques dans certaines zones des territoires paroissiaux.<\/p>\n<p>Les <strong>fi\u00e8vres \u00e9ruptives<\/strong> qui s\u00e9vissent surtout en \u00e9t\u00e9, mais \u00e9galement une partie de l\u2019ann\u00e9e, sont la variole ou petite v\u00e9role, la rougeole, la scarlatine.<\/p>\n<p>Associ\u00e9e \u00e0 la typho\u00efde, au paludisme, \u00e0 la tuberculose, \u00e0 la scarlatine ou \u00e0 la rougeole, la <strong>variole<\/strong> s\u2019acclimate de la phase chaude de 1776 \u00e0 1781. Elle est signal\u00e9e en Pays Pagan \u00a0depuis 1773-74. C\u2019est la grande tueuse, celle qui d\u00e9cime la jeunesse. Son importance est capitale dans la morbidit\u00e9 bretonne. Un quart des enfants qui d\u00e9c\u00e8dent ont contract\u00e9 la variole. Elle est persistante, discr\u00e8te et obstin\u00e9e, mais revient \u00e0 intervalles r\u00e9guliers en flamb\u00e9es brutales tous les 6-7 ans quand l\u2019immunit\u00e9 conf\u00e9r\u00e9e par la pouss\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente est \u00e9puis\u00e9e. Elle est la terreur des parents car elle entra\u00eene de nombreuses souffrances physiques et les s\u00e9quelles ne sont que trop visibles : visages gr\u00eal\u00e9s, c\u00e9cit\u00e9, surdit\u00e9, faci\u00e8s hideux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Les mortalit\u00e9s accidentelles.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p>Elles font l\u2019objet de pr\u00e9cisions sur les causes qui les ont engendr\u00e9es car l\u2019enterrement est subordonn\u00e9 \u00e0 autorisation. Selon les circonstances et les lieux de d\u00e9couverte elles sont du ressort des justices seigneuriales, royales ou de l\u2019Amiraut\u00e9* de Brest qui dressent des proc\u00e8s verbaux et d\u00e9placent un personnel sp\u00e9cialis\u00e9.<\/p>\n<p>Plouguerneau et Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h d\u00e9pendent de la cour seigneuriale de Carmant en Kernilis, seigneurie \u00e9rig\u00e9e en marquisat en 1612, vendue en 1778 et unie \u00e0 la baronnie du Ch\u00e2tel. Avec cette derni\u00e8re elle f\u00fbt acquise par le roi en 1786. La juridiction \u00e9tait exerc\u00e9e \u00e0 Kernilis, puis \u00e0 Plouguerneau et Lannilis. S\u00e9n\u00e9chal, procureur fiscal, greffier, juge se transportent \u00e0 l\u2019endroit du d\u00e9c\u00e8s et d\u00e9livrent les autorisations rapport\u00e9es dans les registres paroissiaux.<\/p>\n<p>Le 17 ao\u00fbt 1787, le procureur fiscal permet l\u2019inhumation de Marie-Fran\u00e7oise Breton de Kerhovic <em>\u00ab\u00a0trouv\u00e9e morte<\/em> <em>dans son berceau \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 11 mois\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Les deux autres juridictions sont celles de Penmarc&rsquo;h, baronnie en Saint-Fr\u00e9gant, et de Coat Quenan qui appartient aux vicomtes de Carn\u00e9.<\/p>\n<p>Les cadavres sur le littoral impliquent la venue du personnel de l\u2019Amiraut\u00e9 de Brest. Lieutenant, juge, procureur, greffier du Korejou, \u00e0 leur tour, se font pr\u00e9senter <em>\u00ab\u00a0un cadavre trouv\u00e9 sur le<\/em> <em>virage de cette c\u00f4te \u00e0 Pors Scof que nous avons inhum\u00e9 en terre b\u00e9nite\u00a0\u00bb<\/em> (le 16 mars 1789).<\/p>\n<p>Le d\u00e9compte des accidents ou d\u00e9c\u00e8s suspects est assez peu cons\u00e9quent : 22 d\u00e9funts.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 r\u00e9sulte de noyades en mer (six) au Paluden ou lors de naufrages comme celui de ces deux marins d\u2019Ostende l\u2019un capitaine, l\u2019autre charpentier, retrouv\u00e9s, en janvier 1782, pr\u00e8s de Stagadon.<\/p>\n<p>Les abords des moulins sont \u00e9galement dangereux et occasionnent cinq d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jphirrien\/mort\/exvoto.jpeg\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Certains drames domestiques concernent les enfants qui \u00e9chappent \u00e0 la surveillance de leur famille. Ren\u00e9e Landur\u00e9, deux ans, se noie en 1758 dans un douetalin* tout comme Marie- Joseph Lenezou, 17 mois qui, en octobre 1789,<em> \u00ab\u00a0a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e<\/em> <em>dans le chaudron \u00e0 lavure\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Les autres catastrophes proviennent d\u2019incendies, de chutes chez l\u2019aubergiste du bourg Ren\u00e9 Legot, ou de la foudre. Le 9 juillet 1788, <em>\u00ab\u00a0vers 7 heures du matin Marie L\u00e9on et Jeanne L\u00e9on ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9es par un coup de tonnerre qui entra dans la maison par la chemin\u00e9e de Tr\u00e9guestan\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Les autres personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es sont retrouv\u00e9es mortes mais les causes ne sont pas pr\u00e9cis\u00e9es. Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h et Plouguerneau fournissent leurs contingents de d\u00e9c\u00e8s accidentels qui font partie de l\u2019univers quotidien de paroissiens proches de la nature. Mais la configuration profond\u00e9ment maritime des paroisses favorise les noyades et la d\u00e9couverte de cadavres sur le littoral.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>4 &#8211; LES CRISES A LA FIN DES ANN\u00c9ES 1770 ET DANS LES ANN\u00c9ES 1780 .<\/strong><\/span><\/p>\n<p>De 1778 \u00e0 1790, le principal enseignement que nous livrent les statistiques correspond aux s\u00e9pultures. Elles se placent \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9 : 141 en moyenne contre 129.7 pour 1747-90 et ceci \u00e0 5 reprises<\/p>\n<p>Deux clochers de mortalit\u00e9 se profilent sur le graphique en 1779 et 1781. Deux \u00ab\u00a0pics\u00a0\u00bb secondaires sont d\u00e9celables en 1780 et 1786.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jphirrien\/mort\/situation.jpg\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La situation se retrouve \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h : en moyenne 18 d\u00e9c\u00e8s sont enregistr\u00e9s pour 1780-90 contre 6.1 de 1748 \u00e0 1779!<\/p>\n<p><strong>Les ann\u00e9es 1779 et 1781<\/strong> avec pr\u00e8s de 500 d\u00e9c\u00e8s r\u00e9v\u00e8lent une <strong>situation d\u00e9mographique angoissante<\/strong>. Par rapport aux ann\u00e9es normales, les d\u00e9c\u00e8s sont multipli\u00e9s par un peu moins de deux.<\/p>\n<p>Plouguerneau perd 11,50% de sa population en 14 mois et Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h 8% lors de la crise de 1781.<\/p>\n<p>La forte pouss\u00e9e des s\u00e9pultures se produit en \u00e9t\u00e9\u00a0: en ao\u00fbt 1779 et en juillet 1781.<\/p>\n<p>En <strong>1781<\/strong>, les pr\u00eatres enterrent alors quotidiennement deux de leurs paroissiens, et les 25 et 26 ao\u00fbt dix ! D\u00e8s lors, le registre, insuffisamment pourvu en folios, re\u00e7oit un compl\u00e9ment de cinq feuilles. De nombreuses familles payent un lourd tribut \u00e0 la mort : le 12 ao\u00fbt, Jeanne Balcon (13 ans) d\u00e9c\u00e8de, suivie du p\u00e8re Paul (53 ans) ; Marie (20 ans), Fran\u00e7oise (4 mois), Jean (5 ans) meurent les 16, 18, et 19 ao\u00fbt 1781! Cette famille perdait ainsi cinq membres en sept jours. Jeanne Riou restait veuve avec son fils Jacques.<\/p>\n<p>A Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h, la famille Vennou ou Guennou semble, fin juillet, \u00eatre la premi\u00e8re touch\u00e9e: Julien (17 ans) est enterr\u00e9 le 29 et Yves, le p\u00e8re, le 30, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 54 ans. La famille est domicili\u00e9e \u00e0 Qu\u00e9lerdut.<\/p>\n<p>Les jeunes de moins de 15 ans sont irr\u00e9m\u00e9diablement fauch\u00e9s par la mort : 55,3 % des d\u00e9c\u00e8s \u00e0 Plouguerneau et 51,8 % \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h. Les plus faibles \u00e9limin\u00e9s, au-del\u00e0 de cet \u00e2ge la grande faucheuse assure un certain r\u00e9pit aux plus vigoureux avant de reprendre son macabre ouvrage apr\u00e8s 40 ans.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u2019autres enseignements relatifs aux comportements des paroissiens apparaissent en ces temps de crises. Il y a lieu d\u2019\u00eatre surpris.<\/p>\n<p>En pleine p\u00e9riode de crise d\u00e9mographique et alors que l\u2019on s\u2019active quotidiennement \u00e0 inhumer plusieurs Plouguern\u00e9ens, qui leur sont proches, les habitants se marient et con\u00e7oivent leurs enfants comme quasiment \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e.<\/p>\n<p>Ainsi les mariages, pour les mois o\u00f9 les s\u00e9pultures sont les plus nombreuses et par rapport aux moyennes correspondantes, connaissent une l\u00e9g\u00e8re croissance.<\/p>\n<p>Les difficult\u00e9s du moment n&rsquo;influent en rien les \u00e9pousailles, sans doute pr\u00e9vues de longues dates.<\/p>\n<p>M\u00eame si l\u2019on peut d\u00e9celer un l\u00e9ger d\u00e9ficit des conceptions au plus fort de la crise, ceci par la disparition d&rsquo;un des conjoints, le trouble psychologique d\u2019une situation grave ou encore par la mis\u00e8re physiologique qui peut d\u00e9clencher chez la femme une am\u00e9norrh\u00e9e provisoire, dans l\u2019ensemble la natalit\u00e9 se maintient (38 \u2030 pour 1779-81 et 38,4 \u2030 entre 1747 et 1790).<\/p>\n<p>Ce taux permet de d\u00e9celer une absence de volont\u00e9 de contr\u00f4le des naissances dans la majorit\u00e9 des cas. Face \u00e0 un tel constat on peut parler de r\u00e9gime d\u00e9mographique peu \u00e9volu\u00e9 qui offre une importante surmortalit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les crises pass\u00e9es, les Plouguern\u00e9ens voient, dans les ann\u00e9es 1782-84-85-87-88 et 90, le gain de 40 \u00e0 50 nouveaux paroissiens par an, soit 270 habitants qui contrebalancent les coupes sombres du pass\u00e9 r\u00e9cent.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir analys\u00e9 les caract\u00e9ristiques de la crise, la question qui se pose et de <strong>savoir en face de quel mal nous nous trouvons. \u00a0<\/strong><\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, le fl\u00e9chissement notable des mariages, ce n\u2019est pas le cas dans les deux paroisses, \u00a0en parall\u00e8le avec l\u2019accroissement cons\u00e9quent des s\u00e9pultures caract\u00e9rise la crise \u00e0 moteur \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Par contre, la crise est essentiellement \u00e9pid\u00e9mique si les mariages se maintiennent \u00e0 des niveaux habituels. Plouguerneau et Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h se situeraient dans ce sch\u00e9ma. La difficult\u00e9 est de mettre un nom sur la ou les maladies : les registres restent muets \u00e0 ce propos.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Pour tenter d\u2019identifier<\/strong> la <strong>crise de 1781<\/strong>, nous sommes partis de plusieurs constats.<\/p>\n<p>Toutes les <strong>cat\u00e9gories sociales<\/strong> semblent touch\u00e9es, bien que l\u2019on ne puisse attribuer \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie la totalit\u00e9 des d\u00e9c\u00e8s. Messire de Poulpiquet seigneur du dit lieu, \u00e2g\u00e9 de 83 ans, meurt le 6 septembre 1781 ; Sieur P. Toquer, 50 ans, employ\u00e9 des Fermes du roi d\u00e9c\u00e8de le 30 octobre, suivi, le premier novembre, de J-B. Boucher pr\u00eatre de 43 ans.<\/p>\n<p>La structure par \u00e2ge d\u00e9voile la <strong>jeunesse des d\u00e9funts <\/strong>: pr\u00e8s des deux tiers ont moins de 20 ans.<\/p>\n<p>Les <strong>saisons<\/strong> durant lesquelles le mal se fixe sont l\u2019\u00e9t\u00e9 et l\u2019automne : il s\u2019agit de maladies estivales qui agressent des organismes fatigu\u00e9s par la moisson<strong>.<\/strong><\/p>\n<p>Les t\u00e9moignages des contemporains \u00e9voquent <em>\u00ab\u00a0un canton occup\u00e9 par les <strong>troupes du roi<\/strong> et voisins de la place de Brest \u00bb<\/em> (13).<\/p>\n<p>La guerre d\u2019Ind\u00e9pendance des Etats-Unis, qui dure de 1778 \u00e0 1783, mobilise 25.000 militaires sur le sol breton. En contact avec les marins et soldats de retour d\u2019Am\u00e9rique, ils propagent les maladies \u00e0 partir de Brest et d\u2019autres garnisons.<\/p>\n<p>Le sous-entendu concernant Brest est remarquable de clairvoyance. L\u2019allusion se rapporte \u00e0 l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie pr\u00e9c\u00e9dente de typhus en 1757, quand l\u2019escadre du comte de la Mothe revient du Canada, et tue des milliers de Bretons et \u00e0 celle de 1779, v\u00e9hicul\u00e9e par l\u2019escadre du comte d\u2019Estaing.<\/p>\n<p>Plouguerneau, par le port du Kor\u00e9jou, est pr\u00e9dispos\u00e9 \u00e0 recevoir diverses cat\u00e9gories de marins et de militaires porteurs de maladies infectieuses.<\/p>\n<p>Enfin, <strong>la maladie se propage tr\u00e8s rapidement<\/strong> : en trois mois la presque totalit\u00e9 du territoire de chaque paroisse est infect\u00e9e<strong>.<\/strong><\/p>\n<p>M\u00eame s\u2019il est difficile d\u2019identifier formellement les maladies tout concourt \u00e0 penser \u00e0 la dysenterie bacillaire qui se d\u00e9veloppe l\u2019\u00e9t\u00e9 et l\u2019automne, et dont la contagion est vive surtout aupr\u00e8s des plus petits.<\/p>\n<p>Elle peut \u00eatre associ\u00e9e au typhus et \u00e0 la typho\u00efde qui jouent un r\u00f4le secondaire mais non n\u00e9gligeable. Le typhus est enracin\u00e9 dans le L\u00e9on depuis 1757-59.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la variole, elle est toujours pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019\u00e9tat end\u00e9mique et \u00e9pid\u00e9mique et d\u00e9cime r\u00e9guli\u00e8rement les plus jeunes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le diagnostic de la ou des maladies \u00ab\u00a0\u00e9tant \u00e9tabli\u00a0\u00bb il convient d&rsquo;en d\u00e9couvrir <strong>les origines<\/strong>.<\/p>\n<p>Les facteurs peuvent \u00eatre multiples. Le premier \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;explication peut concerner le climat.<\/p>\n<p>De 1776 \u00e0 1781, il est relativement chaud, souvent plus de 20\u00b0, en \u00e9t\u00e9 et en automne. Cette chaleur pousse \u00e0 consommer davantage <strong>d&rsquo;eau.<\/strong> Or la qualit\u00e9 des eaux laisse \u00e0 d\u00e9sirer.<\/p>\n<p>Si Vichy et Planco\u00ebt sont d\u00e9j\u00e0 connues et si Cambry mentionne les eaux min\u00e9rales de Kernilis, de Lanarvily qui \u00e9vitent les <em>\u00ab\u00a0disenteries\u00a0\u00bb<\/em>, il n&rsquo;en est pas moins vrai que la majorit\u00e9 des paysans consomme de l&rsquo;eau du puits ou de la fontaine.<\/p>\n<p>De qualit\u00e9 m\u00e9diocre en temps normal, les causes d&rsquo;infection sont multiples. Les fumiers, routoirs*, douets, avoisinent les points d&rsquo;eau potable. En cas de pluviosit\u00e9 importante les eaux us\u00e9es sont entra\u00een\u00e9es vers la nappe phr\u00e9atique.<\/p>\n<p>En p\u00e9riode \u00e9pid\u00e9mique le blanchissage des linges des malades \u00e0 la fontaine ou \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des maisons concourt \u00e0 l&rsquo;extension du principe morbifique. Si l&rsquo;on y ajoute l&rsquo;\u00e9vacuation des eaux putrides, souill\u00e9es par les malades, tout contribue \u00e0 l&rsquo;infection de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment liquide.<\/p>\n<p>De m\u00eame, la maladie peut \u00eatre occasionn\u00e9e par une m\u00e9diocre qualit\u00e9 des \u00ab\u00a0<strong>bleds\u00a0\u00bb,<\/strong> on parle alors de dysenterie bilieuse. Les paysans vendent les meilleurs grains pour se procurer le num\u00e9raire servant au paiement des imp\u00f4ts et gardent les plus mauvais pour eux. Des c\u00e9r\u00e9ales r\u00e9colt\u00e9es tardivement (avec les risques d&rsquo;engranger des bl\u00e9s humides), de mauvaises conditions de conservation (dans des coffres de bois o\u00f9 ils s&rsquo;\u00e9chauffent et germent) ou de battage (cette op\u00e9ration s&rsquo;\u00e9talant souvent jusqu&rsquo;\u00e0 janvier) peuvent \u00e0 leur tour d\u00e9clencher le mal.<\/p>\n<p>La rapidit\u00e9 de la progression de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie s\u2019explique ais\u00e9ment quand on se repr\u00e9sente l\u2019\u00e9tat hygi\u00e9nique et sanitaire des paroissiens dans la seconde moiti\u00e9 du XVIIIe\u00a0 si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage du docteur Vigier, en 1769, qui exerce dans la r\u00e9gion de Tr\u00e9maou\u00e9zan, est \u00e9difiant\u00a0:<em> \u00ab\u00a0Ils contribuent par leur attitude coupable \u00e0 la propagation de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. Ils ne prennent aucune pr\u00e9caution \u00e9l\u00e9mentaire pour se pr\u00e9munir de la maladie. Ils mangent au m\u00eame plat, et souvent les restes des aliments dont les malades ont us\u00e9s ; ils boivent dans les m\u00eames vases, ils couchent avec les malades dans les m\u00eames lits, ne changent pas la paille de leur lit, occupent les lits de ceux qui sont morts de la maladie <\/em>(14)<em> \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>De tels comportements ne pouvaient que d\u00e9cimer la famille o\u00f9 s\u2019est introduit le mal et par extension le voisinage.<\/p>\n<p>Car la coutume de veiller le mort, quelquefois plusieurs nuits, o\u00f9, parents, amis, voisins se pressent, favorise la contagion. La mort est une c\u00e9r\u00e9monie publique et la chambre du d\u00e9funt est surpeupl\u00e9e. La veill\u00e9e, en sus des pri\u00e8res, d\u00e9bouche sur des r\u00e9jouissances, o\u00f9 l\u2019on mange, boit, plaisante et danse !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jphirrien\/mort\/La_mort_pp.jpg\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em> <strong>Illustration O.Perrin :<\/strong> le tad-coz est mort les cierges sont allum\u00e9s, le \u00ab lit \u00bb arros\u00e9 d\u2019eau b\u00e9nite ( il s\u2019agit du banc du lit clos). La chapelle se d\u00e9core de rubans mis en croix, de reliques, de chapelets, d\u2019images de saints .Le corps y reste expos\u00e9 une nuit au plus. Si la famille est dispers\u00e9e et nombreuse, le d\u00e9lai s\u2019allonge. On accourt des hameaux et villages voisins \u00e0 ces veill\u00e9es, o\u00f9 tour \u00e0 tour, on chante des cantiques, on boit et on mange. Quelquefois, la foule oublie les sanglots et les larmes pour s\u2019enivrer, de sorte que cris de joie et danses s\u2019organisent non loin du cadavre du d\u00e9funt qu\u2019on \u00e9tait venu pleurer (en haut, \u00e0 gauche).<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Les familles des morts les gardent beaucoup plus de 24 heures, en sorte que la putr\u00e9faction d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9e lors du transport r\u00e9pand dans l\u2019air des exhalaisons m\u00e9phitiques, qui suffiraient seules pour produire des maladies dangereuses \u00bb.\u00a0<\/em>(15)<\/p>\n<p>Les r\u00e8glements et arr\u00eats (dont les statuts synodaux de 1707) obligent d\u2019enterrer <em>\u00ab\u00a0aucun corps<\/em> <em>qu\u2019environ 24 heures apr\u00e8s la mort\u00a0\u00bb<\/em>, pour \u00e9viter certaines m\u00e9prises et d\u2019inhumer des individus encore en vie. A Plouguerneau, en ann\u00e9e normale (en 1751 et 1756) on enterre \u00e0 98 % le lendemain du d\u00e9c\u00e8s. En 1781, ann\u00e9e \u00e9pid\u00e9mique exceptionnelle les paroissiens adoptent une attitude similaire. Pourtant, le d\u00e9lai doit \u00eatre raccourci, moins de 24 heures, et les cadavres mis en terre aussit\u00f4t transport\u00e9s dans les cimeti\u00e8res et surtout pas dans l\u2019\u00e9glise, sous peine de 20 livres d\u2019amendes (en 1779). Ces prescriptions ne sont pas toujours respect\u00e9es : \u00e0 Kerlouan on enterre encore dans l\u2019\u00e9glise en 1776 et l\u2019odeur est telle que l\u2019on doit br\u00fbler r\u00e9sine et soufre ; \u00e0 Plouescat, en 1779, les parents des d\u00e9funts introduisent de force les cadavres dans l\u2019\u00e9glise paroissiale. De plus, le mort est parfois gard\u00e9 plusieurs jours \u00e0 la maison et n\u2019est transport\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9glise que le dimanche avant la grand-messe !<\/p>\n<p>Les paysans viennent de fort loin assister aux enterrements ou \u00e0 l\u2019office dominical m\u00eame en pleine \u00e9pid\u00e9mie. L\u2019entassement, la salet\u00e9 des v\u00eatements humides de sueur ou de pluie, la pr\u00e9sence de cadavres infect\u00e9s favorise la recrudescence de la mortalit\u00e9.<\/p>\n<p>Les habitants se plaignent que les inhumations ne se font pas exactement selon\u00a0 les r\u00e8glements et que le cimeti\u00e8re soit trop petit. <em>\u00ab\u00a0On y a enterr\u00e9 depuis le 1er ao\u00fbt plus de 200 corps morts. Les fossoyeurs ne creusent les fosses qu\u2019\u00e0 deux pieds et demie ou \u00e0 3 pieds au plus, en sorte qu\u2019il n\u2019y a pas plus de deux pieds de terre \u00e0 recouvrir les cadavres\u00a0\u00bb.<\/em> Pourtant, les r\u00e8glements du Parlement fixent la profondeur des fosses \u00e0 6 pieds (environ deux m\u00e8tres).<\/p>\n<p>En p\u00e9riode \u00e9pid\u00e9mique les fossoyeurs, d\u00e9bord\u00e9s, parent au plus press\u00e9, et la profondeur des s\u00e9pultures atteint p\u00e9niblement le m\u00e8tre. Une violente averse et les pluies entrouvrent alors les fosses, les eaux filtrent \u00e0 travers les murs du cimeti\u00e8re et se r\u00e9pandent dans les rues et chemins v\u00e9ritables bourbiers et cloaques. L\u2019\u00e9t\u00e9, pendant les chaleurs, les exhalaisons r\u00e9pandent dans le bourg une odeur infectante d\u2019autant plus que les fosses sont ouvertes et referm\u00e9es fr\u00e9quemment. L\u2019attitude, l\u2019irresponsabilit\u00e9, l\u2019inconscience des paroissiens multiplient les foyers infectieux : habitations, \u00e9glises, cimeti\u00e8re, chemins, contribuent \u00e0 diffuser des affections plus ou moins meurtri\u00e8res dans des campagnes au r\u00e9gime sanitaire lamentable.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la difficult\u00e9 de la t\u00e2che une <strong>carte de la propagation de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie<\/strong> a pu \u00eatre dress\u00e9e pour les paroisses de Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h et de Plouguerneau. Les indications domiciliaires sont not\u00e9es \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h par le recteur mais \u00e0 Plouguerneau elles le sont \u00e9pisodiquement. Les pr\u00eatres d\u00e9bord\u00e9s par le nombre de d\u00e9funts sont all\u00e9s au plus press\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jphirrien\/mort\/carte.jpg\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le point de d\u00e9part de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie se situe, fin juillet\/d\u00e9but ao\u00fbt, dans le secteur des hameaux de Kelerdut et du Run. Puis, elle descend vers Perros en touchant au passage Kervelt, Tr\u00e9guestan. Parall\u00e8lement, elle glisse vers l\u2019est : K\u00e9ruzal Vian, Kergoff, Mogueran, Kergadavarn sont \u00e9galement contamin\u00e9s. En septembre, elle se d\u00e9cale vers le sud en longeant l\u2019aber et aborde le Grouaneg et ses environs. Curieusement le bourg et ses alentours ne sont pas concern\u00e9s. En octobre, les zones de d\u00e9part sont plus rarement signal\u00e9es et l\u2019\u00e9pid\u00e9mie se localise au centre du territoire paroissial et dans un rayon assez proche du bourg. En fait, le mal est surtout actif dans la partie nord-ouest des paroisses et se r\u00e9pand inexorablement dans les lieux les plus dens\u00e9ment peupl\u00e9s. Ainsi le nord-est, \u00e0 plus faibles concentrations humaines, est partiellement \u00e9pargn\u00e9. Les hameaux les premiers touch\u00e9s ne sont pas \u00e0 l\u2019abri du retour de la maladie comme le montre la multiplication des foyers secondaires en septembre et en octobre, l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 elle avait d\u00e9but\u00e9e. En trois mois, les deux\u00a0 paroisses sont contamin\u00e9es ce qui t\u00e9moigne de la rapidit\u00e9 du fl\u00e9au \u00e0 s\u2019\u00e9tendre un peu partout en longeant routes et chemins.<\/p>\n<p>Les paroissiens par ignorance ou r\u00e9signation participent assez modestement \u00e0 <strong>l&rsquo;\u00e9radication du mal<\/strong>. Leur comportement lors de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie surprend : on se marie et on con\u00e7oit les enfants comme \u00e0 l&rsquo;accoutum\u00e9e. A d\u00e9faut de t\u00e9moignages directs qui \u00e9voqueraient les sentiments des paroissiens devant de telles calamit\u00e9s, l&rsquo;analyse de E. Herpin nous \u00e9claire sur le fort int\u00e9rieur du Bas-Breton\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Il n&rsquo;est pas exempt de chagrin, mais il est dou\u00e9 d&rsquo;un \u00e9trange esprit de r\u00e9signation, d&rsquo;une grande dose de philosophie, d&rsquo;un caract\u00e8re concentr\u00e9 et m\u00e9lancolique, ainsi que d&rsquo;une foi tr\u00e8s ardente, ne manifeste sans doute pas alors sa douleur par de grands \u00e9clats ou de bruyantes explosions de larmes. Son chagrin est contenu, renferm\u00e9 mais il n&rsquo;en est pas moins vif\u00a0\u00bb<\/em>(16)<em>.<\/em><\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s ne restent pas inactives : l\u2019ordonnance royale du 15 mai 1776 prescrit le transport du cimeti\u00e8re hors des villages. Elle ne semble pas appliqu\u00e9e \u00e0 Plouguerneau car la <em>\u00ab\u00a0cour enjoint, en 1781, de convoquer une assembl\u00e9e extraordinaire du g\u00e9n\u00e9ral* et du propri\u00e9taire de la dite paroisse, lesquels seront tenus de choisir et d\u2019acqu\u00e9rir incessamment un lieu convenable et spacieux qui leur sera indiqu\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral, pour l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un nouveau cimeti\u00e8re, \u00e9loign\u00e9 de toutes les inhumations : ordonne que le nouveau cimeti\u00e8re sera enclos de murs, \u00e0 la hauteur de 4 pieds au moins, et que tous les arbres fruitiers et autres en seront extraits et d\u00e9racin\u00e9s de jour \u00e0 autre\u00a0\u00bb<\/em>(17). Cette ordonnance met en \u00e9vidence la volont\u00e9 des autorit\u00e9s d\u2019\u00e9loigner le cimeti\u00e8re et de l\u2019isoler pour circonscrire l\u2019\u00e9pid\u00e9mie et mettre en quarantaine l\u2019un des foyers infectieux principaux de la paroisse. Les autorit\u00e9s sont conditionn\u00e9es par la th\u00e9orie de l\u2019a\u00e9risme \u00e9mise par la tr\u00e8s officielle Soci\u00e9t\u00e9 Royale de m\u00e9decine qui recherche les liens pouvant unir les \u00e9pid\u00e9mies aux \u00e9v\u00e9nements climatologiques et qui \u00e9tablit un lien de cause \u00e0 effet entre les maladies et l\u2019air. Ainsi, s\u2019expliquent les r\u00e8glements concernant les conditions dans lesquelles les inhumations s\u2019effectuent et les lieux qui s\u2019y rattachent. Elles pr\u00e9conisent la m\u00e9thode th\u00e9rapeutique rafra\u00eechissante, \u00e0 base de bains et de breuvages froids, de clyst\u00e8res, des saign\u00e9es, sans n\u00e9gliger la quarantaine, seule mesure efficace, et les soins habituels de propret\u00e9.<\/p>\n<p>Les <strong>notables<\/strong>, seigneurs, religieux, riches paysans, au nom de la solidarit\u00e9 locale, tentent de r\u00e9agir. <em>\u00ab\u00a0Les recteurs, gentilshommes et principaux habitants des paroisses de Lannilis, Land\u00e9da, Plouguerneau et Kernilis, dioc\u00e8se de L\u00e9on, supplient humblement Mgr l\u2019intendant de<\/em> <em>Bretagne de concourir \u00e0 fixer un chirurgien \u00e0 Lannilis\u00a0\u00bb <\/em>(18). En 1786, leur requ\u00eate est exauc\u00e9e : le sieur Tilleux se voit confier la charge de chirurgien des \u00e9pid\u00e9mies dans la subd\u00e9l\u00e9gation de Lesneven. Ils r\u00e9clament des secours aux pouvoirs publics qui ont pris conscience de leur responsabilit\u00e9 dans le domaine \u00e9pid\u00e9mique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jphirrien\/mort\/nomination.jpeg\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le m\u00e9decin en chef Guyot de la Bjardrouy\u00e8re est <em>\u00ab\u00a0charg\u00e9 du traitement des \u00e9pid\u00e9mies en Bretagne\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>L\u2019Intendance envoie aux pauvres malades nourriture, argent, m\u00e9decins, chirurgiens et bo\u00eetes de rem\u00e8des du roi.<\/p>\n<p>Les recteurs recensent les malades \u00e0 visiter, puis guident les praticiens qui sont pay\u00e9s \u00e0 la journ\u00e9e. Les pr\u00eatres d\u00e9livrent des attestations tandis que les m\u00e9decins et chirurgiens dressent l\u2019\u00e9tat de leurs frais pour paiement de leurs honoraires. En cas de situation dramatique l\u2019Intendance fait appel aux services du personnel m\u00e9dical de la Marine ou du personnel m\u00e9dical civil d\u2019autres provinces (en 1757-59 et en 1778-79).<\/p>\n<p>Les bo\u00eetes de rem\u00e8des du roi (ou d\u2019Helv\u00e9tius) contiennent \u00ab\u00a0350 prises\u00a0\u00bb ou m\u00e9dicaments susceptibles de lutter contre les diverses maladies avec le mode d\u2019emploi joint. Les notables les r\u00e9clament en g\u00e9n\u00e9ral au mois de mai ou juin pour l\u2019ann\u00e9e en cours et administrent eux-m\u00eames les rem\u00e8des. Les demandes ne signifient pas qu\u2019il existe une \u00e9pid\u00e9mie particuli\u00e8re mais indiquent la crainte de la maladie et la volont\u00e9 d\u2019assistance aux plus d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s. Le probl\u00e8me r\u00e9side dans le co\u00fbt et le nombre limit\u00e9 de ces bo\u00eetes.<\/p>\n<p>Aussi beaucoup consid\u00e8rent que le meilleur rem\u00e8de passe avant tout par une nourriture convenable compos\u00e9e de pain et de viande.<\/p>\n<p>Cette action des pouvoirs publics, malgr\u00e9 la m\u00e9fiance des paysans et leur r\u00e9ticence \u00e0 suivre les conseils des praticiens, a contribu\u00e9 \u00e0 contrecarrer, en partie, la surmortalit\u00e9 bretonne surtout apr\u00e8s 1770.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>5 &#8211; LA MORTALIT\u00c9 SUIVANT LES AGES .<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>Le martyr des plus petits.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A Plouguerneau et \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h plus d\u2019un jeune, de 0 \u00e0 20 ans, sur deux n\u2019atteint pas l\u2019\u00e2ge adulte.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jphirrien\/mort\/La_mortal_neonatale.jpeg\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La mortalit\u00e9 des plus petits avant un an <\/strong>est terrifiante.<\/p>\n<p>De 1747 \u00e0 1790, elle touche pr\u00e8s d\u2019un d\u00e9c\u00e8s sur trois \u00e0 Plouguerneau et \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h.<\/p>\n<p>Le taux de mortalit\u00e9 infantile est astronomique : 273\u2030. Proche de la moyenne fran\u00e7aise, il est sup\u00e9rieur \u00e0 la Bretagne \u2013 Anjou (254\u2030).<\/p>\n<p>On peut distinguer la mortalit\u00e9 n\u00e9onatale, de 0 \u00e0 un mois, et la mortalit\u00e9 infantile, de un mois \u00e0 un an.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re est le r\u00e9sultat de tares h\u00e9r\u00e9ditaires, de malformations cong\u00e9nitales li\u00e9es \u00e0 la relative fr\u00e9quence des mariages consanguins ou de l\u00e9sions au cours de l\u2019accouchement.<\/p>\n<p>L\u2019issue de l\u2019accouchement d\u00e9pend de l\u2019\u00e9tat physique de la parturiente*. Les conditions satisfaisantes ne sont pas toujours r\u00e9unies car \u00e0 la campagne les femmes travaillent pendant leur grossesse et jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re minute. La fatigue, la sous-alimentation, et le fr\u00e9quent rachitisme du bassin f\u00e9minin ont des cons\u00e9quences redoutables lors des enfantements.<\/p>\n<p>L\u2019accouchement a lieu \u00e0 domicile et il est souvent long et p\u00e9rilleux. Suivi par une assistance f\u00e9minine et nombreuse il constitue une v\u00e9ritable \u00e9preuve. Il est synonyme d\u2019angoisses et de souffrances pour la femme et ses proches.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0auxiliaires m\u00e9dicaux\u00a0\u00bb qui pratiquent dans les paroisses sont les sages-femmes, le chirurgien et les matrones.<\/p>\n<p>Les registres des s\u00e9pultures indiquent la pr\u00e9sence de sages-femmes \u00e0 Plouguerneau\u00a0: en 1758, Anne Le Roux, en d\u00e9cembre 1791, Marie-Jeanne Perrot.<\/p>\n<p>En Bretagne, les <strong>sages-femmes<\/strong> qualifi\u00e9es sont 213, soit 43,3% du total (492). Elles se divisent en 4 cat\u00e9gories : re\u00e7ues par un chirurgien ou une communaut\u00e9 de chirurgiens, autoris\u00e9es par le corps m\u00e9dical sans lettre de r\u00e9ception, mais exer\u00e7ant leur droit officiellement, jur\u00e9es comme Marie-Jeanne Perrot, et instruites c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019elles ont suivi un ou plusieurs cours d\u2019accouchements aupr\u00e8s d\u2019un chirurgien d\u00e9monstrateur qui leur permet de recevoir un certificat.<\/p>\n<p>Dans l\u2019ensemble le niveau reste faible car les conditions d\u2019acc\u00e8s, devant un \u00ab\u00a0jury\u00a0\u00bb, \u00e0 la profession sont peu difficiles. Les honoraires r\u00e9duits, du fait d\u2019une client\u00e8le qui ne consent pas de gros sacrifices financiers pour assurer la survie d\u2019un enfant vite remplac\u00e9, ne pousse gu\u00e8re \u00e0 la recherche de qualification. Le paysan\u00a0 consid\u00e8re comme naturel l\u2019accouchement et sans rapport avec l\u2019argent. D\u2019ailleurs, ces sages-femmes qualifi\u00e9es r\u00e9sident le plus souvent en ville ce qui limite leur intervention dans les campagnes.<\/p>\n<p>Le chirurgien Tilleux, r\u00e9sidant \u00e0 Lannilis, est mandat\u00e9\u00a0 dans la subd\u00e9l\u00e9gation de Lesneven par les autorit\u00e9s royales pour proc\u00e9der aux accouchements des pauvres femmes et cela gratuitement. Il intervient \u00e0 titre on\u00e9reux pour les plus fortun\u00e9es. Le fait d\u2019\u00eatre un homme est un handicap dans le monde rural o\u00f9 l\u2019accouchement est une affaire de femme. En avril 1790, il se rend \u00e0 Plouguerneau, chez Marie-Jeanne Bourhis, dont <em>\u00ab\u00a0l\u2019accouchement est laborieux\u00a0\u00bb,<\/em> puis chez Isabelle Morvant pour un <em>\u00ab\u00a0accouchement tr\u00e8s difficile\u00a0\u00bb.<\/em> Il r\u00e9clame 18 livres au district de Lesneven pour chaque acte.<\/p>\n<p>Mais g\u00e9n\u00e9ralement en Bretagne l\u2019accouchement est l\u2019affaire de la <strong>matrone<\/strong> ou ann ami\u00e9gez. Elles dominent dans les campagnes : sur 492 sages-femmes bretonnes, selon une enqu\u00eate de l\u2019intendance de 1786, elles sont 279. Chiffre \u00f4 combien insuffisant eu \u00e9gard aux besoins d\u2019une population de 1 500 000 personnes qui r\u00e9side majoritairement \u00e0 la campagne.<\/p>\n<p>Comment devient-on matrone ? Elle est agr\u00e9e par le cur\u00e9 qui a l\u2019obligation de nommer une sage-femme. Elle doit \u00eatre irr\u00e9prochable sur le plan des moeurs et de la religion. Elle pr\u00eate serment et s\u2019engage \u00e0 assister ses compagnes dans leurs couches, \u00e0 faire appel au chirurgien en cas de besoin, \u00e0 proscrire tout recours \u00e0 la sorcellerie et \u00e0 la superstition.<\/p>\n<p>Leur responsabilit\u00e9 est essentielle si l\u2019enfant est en danger de mort. Elles l\u2019ondoient selon un rituel \u00e9tabli : <em>\u00ab\u00a0enfant je te baptise au<\/em> <em>nom du p\u00e8re et du fils et du Saint-Esprit\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Le profil de la matrone n\u2019est gu\u00e8re encourageant. G\u00e9n\u00e9ralement elles appartiennent aux plus basses couches de la soci\u00e9t\u00e9 : journali\u00e8res ou femmes d\u2019artisans. Elles sont d\u00e9crites comme analphab\u00e8tes et ignares. Plut\u00f4t \u00e2g\u00e9es, elles doivent \u00eatre disponibles de jour comme de nuit. Marie Perrot, sage-femme de Kerlouan, a 50 ans au d\u00e9but de la R\u00e9volution (19) ; Mauricette Le Gaignon de Landerneau a 73 ans et exerce depuis 59 ans ! Semi- b\u00e9n\u00e9voles, remerci\u00e9es par un bol de soupe ou quelques sous, elles recherchent assez peu l\u2019effort de qualification. Une lettre du 11 f\u00e9vrier 1791 des administrateurs du district de Lesneven relate <em>\u00ab\u00a0l\u2019ineptie,<\/em> <em>l\u2019ignorance des matrones qui se disent accoucheuses\u00a0\u00bb<\/em> et r\u00e9clament une <em>\u00ab\u00a0matrone instruite et habile pour le bien de l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Leurs connaissances h\u00e9rit\u00e9es d\u2019une grand-m\u00e8re ou d\u2019une m\u00e8re sont empiriques. L\u2019exp\u00e9rience est acquise sur leur propre personne, sur les animaux, et par une pratique r\u00e9guli\u00e8re sur le terrain. Mais l\u2019absence de formation, le d\u00e9faut de connaissances anatomiques v\u00e9ritables, l\u2019impossibilit\u00e9 de pratiquer des c\u00e9sariennes, d\u2019utiliser le forceps confrontent les matrones \u00e0 des difficult\u00e9s qui mettent en p\u00e9ril le b\u00e9b\u00e9 et la maman.<\/p>\n<p>A d\u00e9faut de r\u00e9elle qualification elles apparaissent d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es, d\u00e9vou\u00e9es, inspirent confiance et procurent r\u00e9confort aux parturientes. Aidant de leur mieux leurs compagnes angoiss\u00e9es, elles repr\u00e9sentent un moindre mal et pr\u00e9servent un nombre appr\u00e9ciable de vies. A Au XIXe si\u00e8cle, \u00e0 Plouguerneau, elles jouissent, selon J. Simier, d\u2019une certaine r\u00e9putation et <em>\u00ab\u00a0lors du grand pardon de la paroisse, elles portaient Notre-Dame-De-La-D\u00e9livrance, avec leurs robes rouges brod\u00e9es et leurs canettes et attiraient les regards des curieux\u00a0\u00bb <\/em>(20).<\/p>\n<p>Les suites de l&rsquo;accouchement peuvent \u00eatre tragiques pour la femme et l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p>Par d\u00e9faut d&rsquo;hygi\u00e8ne, la matrone ne se lavant pas les mains, la maman risque l&rsquo;infection. La maladresse de l&rsquo;accoucheuse qui provoque le d\u00e9chirement de l&rsquo;orifice de la matrice, du vagin, lors de mauvaises manoeuvres ou la non expulsion de d\u00e9bris des couches renforcent les dangers d&rsquo;inflammation, de fi\u00e8vres puerp\u00e9rales. Si l&rsquo;on rajoute l&rsquo;absence de repos convenable, la malheureuse se vide de son sang, d\u00e9lire et agonise dans d&rsquo;insupportables douleurs abdominales pendant des jours et des jours. Les pratiques superstitieuses comme celles de ne changer les draps et la chemise de l&rsquo;accouch\u00e9e que le cinqui\u00e8me ou septi\u00e8me jour, pour \u00ab\u00a0\u00e9viter\u00a0\u00bb l&rsquo;h\u00e9morragie, engendrent de nouveaux foyers infectieux.<\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences sont dramatiques pour l&rsquo;enfant comme pour la m\u00e8re : d\u00e9c\u00e8s et mutilations accompagnent de nombreux accouchements.<\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne touche sans distinction sociale toutes les familles. Le 14 f\u00e9vrier 1762, Monsieur Louis de Poulpiquet de Brescanvel et Dame Marie Perrine C\u00e9cile Denis de Lesmel assistent impuissants au d\u00e9c\u00e8s de leur petit <em>\u00ab\u00a0ondoy\u00e9 \u00e0 la<\/em> <em>maison\u00a0\u00bb<\/em>. Marie Roudaut de Mogueran, \u00e9pouse de J. Balcon, accouche d&rsquo;un enfant qui meurt aussit\u00f4t le 30 Juin 1786. Quelques jours plus tard, le 7 Juin, la maman prenait le m\u00eame chemin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jphirrien\/mort\/Ankou.jpg\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em> <strong><br \/>\n<em>Illustration : L\u2019Ankou (la mort) emporte l\u2019enfant.<\/em><\/strong> Le haut niveau de la motalit\u00e9 infantile et juv\u00e9nile (55,6% \u00e0 Plouguerneau et 59,3 \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h) est une hantise et une implacable r\u00e9alit\u00e9 partag\u00e9e par tous les milieux sociaux.<br \/>\n(Bois grav\u00e9 du XVI\u00e8me si\u00e8cle, Paris biblioth\u00e8que des arts d\u00e9coratifs) <\/em><\/p>\n<p>Dans quelles proportions les femmes en couche meurent-elles ? Le ma\u00eetre J. Dubois, chirurgien en Bretagne, \u00e9voque,\u00a0 chaque ann\u00e9e, les d\u00e9c\u00e8s de dix b\u00e9b\u00e9s et mamans par paroisse en Bretagne !<\/p>\n<p>Tout contribue \u00e0 fragiliser les b\u00e9b\u00e9s et en particulier le d\u00e9c\u00e8s de la m\u00e8re lors de l&rsquo;accouchement. Les trois quarts ne survivront pas : outre les questions d&rsquo;affectivit\u00e9, se pose le grave probl\u00e8me de l&rsquo;allaitement de l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p>Enfin une derni\u00e8re cat\u00e9gorie de nourrissons a une existence br\u00e8ve de quelques heures \u00e0 quelques jours : les <strong>jumeaux ou tripl\u00e9s<\/strong>. Le 30 mars 1784, Anne Mingam, \u00e9pouse de Yves Bergot, perd ses jumeaux\u00a0: Anne-Fran\u00e7oise et Fran\u00e7ois. Elle-m\u00eame dispara\u00eet le 6 avril.<\/p>\n<p>Les menaces qui planent sur cette cat\u00e9gorie tiennent aux difficult\u00e9s accrues des accouchements et \u00e0 la fragilit\u00e9 des nouveau-n\u00e9s, g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00e9matur\u00e9s. Le huiti\u00e8me jour ne survit que la moiti\u00e9 des jumeaux, les plus chanceux et les plus solides.<\/p>\n<p>Les <strong>mort-n\u00e9s sont ondoy\u00e9s<\/strong> conform\u00e9ment aux habitudes de l&rsquo;\u00e9poque. En 1746-60, \u00e0 Plouguerneau, ils sont 3,8 par an, mais 5,9 entre 1782 et 1790. En 1781-90, \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h c\u2019est pire, les ondoiements concernent 9,8 nouveau-n\u00e9s sur 100. Ces chiffres t\u00e9moignent du grand nombre d&rsquo;accouchements difficiles et tragiques. Passer le cap d&rsquo;un mois devient une performance.<\/p>\n<p>Accoucher dans la seconde moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle n&rsquo;est pas une mince affaire et le panorama de l&rsquo;obst\u00e9trique est d\u00e9solant. Les femmes en ont bien conscience et pour se pr\u00e9munir des accidents les plus funestes, elles portent qui, colliers magiques (\u00e0 pierres rouges pour pr\u00e9venir l&rsquo;h\u00e9morragie) qui, m\u00e9daillon de protection ou ceinture d&rsquo;accouchement de rubans b\u00e9nis. Elles invoquent sainte Anne protectrice des accouchements ou Notre-Dame-de-la-D\u00e9livrance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A Plouguerneau, <strong>la mortalit\u00e9 infantile <\/strong>(de un mois \u00e0 un an) s\u2019\u00e9tablit \u00e0 125 pour 1000 naissances. Maigre consolation, mais c\u2019est moins que dans le reste de la Bretagne (157\u00b0\/\u00b0\u00b0).<\/p>\n<p>Elle r\u00e9sulte des maladies ou des accidents domestiques qui touchent davantage les gar\u00e7ons que les filles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019hiver et une partie du printemps les enfants sont \u00e0 la merci des <strong>maladies respiratoires<\/strong>, d\u2019esquinancies ou des autres affections catarrhales qui profitent de l&rsquo;humidit\u00e9 ambiante et de la faible chaleur des habitations paysannes.<\/p>\n<p>Ces pouss\u00e9es proviennent \u00e9galement d&rsquo;un nombre plus cons\u00e9quent de naissances \u00e0 ces moments de l&rsquo;ann\u00e9e et de la pratique ultra rapide du bapt\u00eame des nouveau-n\u00e9s. Sans consid\u00e9ration climatique aucune, les b\u00e9b\u00e9s sont achemin\u00e9s le lendemain vers l&rsquo;\u00e9glise pour se mettre en r\u00e8gle avec Dieu. Cette habitude ne peut que fragiliser le b\u00e9b\u00e9 et m\u00eame d\u00e9boucher sur une issue fatale.<\/p>\n<p>L<strong>&lsquo;<\/strong>\u00e9t\u00e9, les d\u00e9c\u00e8s gardent un certain niveau surtout \u00e0 Plouguerneau.<\/p>\n<p>C\u2019est la saison des gastro-ent\u00e9rites, r\u00e9sultant de l&rsquo;alt\u00e9ration du lait de la m\u00e8re ou de la nourrice peinant aux durs travaux de la moisson. Les m\u00e8res s\u00e8vrent plus rapidement leurs enfants et les mettent sans transition aux bouillies. Cette nourriture mal pr\u00e9par\u00e9e alli\u00e9e \u00e0 une certaine d\u00e9shydratation pendant les quelques jours de fortes chaleurs cause flux de ventre, ent\u00e9rites et diarrh\u00e9es intestinales tant redout\u00e9es par les mamans.<\/p>\n<p>Le d\u00e9but de l\u2019automne correspond \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des dysenteries, des troubles gastro-intestinaux en lien avec l\u2019infection des eaux consomm\u00e9es.<\/p>\n<p>Si les saisons jouent un r\u00f4le non n\u00e9gligeable dans la mortalit\u00e9 infantile, il n\u2019en est pas moins vrai que d\u2019autres consid\u00e9rations peuvent \u00eatre prises en compte.<\/p>\n<p>La <strong>surcharge familiale<\/strong> p\u00e8se sur le destin des petits. Les moins \u00e2g\u00e9s, nourris au lait maternel, ont pr\u00e8s de deux fois plus de chances d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la mort que les plus \u00e2g\u00e9s, sevr\u00e9s pr\u00e9cocement.<\/p>\n<p>Cette surcharge associ\u00e9e au travail de la maman et \u00e0 <em>\u00abla coutume de laisser les pourceaux aller et venir librement dans toutes les parties de l\u2019habitation est aussi le malheur d\u2019une autre esp\u00e8ce. Quelquefois on a vu d\u00e9vorer les mains, la figure m\u00eame, la t\u00eate enti\u00e8re de nouveau-n\u00e9s, sans que ces accidents horribles aient provoqu\u00e9 une plus grande surveillance<\/em> <em>et ferm\u00e9 l\u2019entr\u00e9e des maisons \u00e0 ces animaux d\u2019une si dangereuse volont\u00e9\u00bb<\/em> (21).<\/p>\n<p class=\"Retraitcorpsdetexte31\">Enfin, il est un autre usage qui p\u00e9nalise le petit L\u00e9onard : <strong>l\u2019emmaillotement<\/strong>. D\u00e8s sa naissance le nouveau-n\u00e9 est emmaillot\u00e9, op\u00e9ration complexe qui exige une layette assez cons\u00e9quente et une grande dext\u00e9rit\u00e9. Affubl\u00e9 d\u2019une chemise de toile, d\u2019une camisole, de langes, le petit ressemble \u00e0 une momie. Cet accoutrement a sa raison d\u2019\u00eatre : il doit achever le fa\u00e7onnement du corps de l\u2019enfant commenc\u00e9 par la matrone \u00e0 la naissance, maintenir tranquille le tout-petit et bien le tenir au chaud. Cal\u00e9 dans ses bandelettes il devrait \u00e9viter la boiterie si r\u00e9pandue et redout\u00e9e dans nos campagnes.<\/p>\n<p class=\"Retraitcorpsdetexte31\">Le compliqu\u00e9 de l\u2019op\u00e9ration entretient la paresse de la m\u00e8re qui ne change le bambin qu\u2019une fois ou deux par jour. Aussi les enfants souffrent fr\u00e9quemment d\u2019inflammations de la peau. De m\u00eame, gales, \u00ab\u00a0cro\u00fbtes de lait\u00a0\u00bb, sont tr\u00e8s r\u00e9pandues voire entretenues : la couche de crasse ou chapeau, est destin\u00e9e \u00e0 pr\u00e9server la fontanelle et \u00e0 embellir les cheveux. Les mamans croient \u00e9galement aux vertus plut\u00f4t bienfaisantes et protectrices de l\u2019urine pour les fesses du nourrisson; c\u2019est pourquoi elles se contentent de faire s\u00e9cher les couches souill\u00e9es d\u2019urine sans les laver. Quant aux poux, on \u00e9vite leur prolif\u00e9ration gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9pouillage mais on en laisse toujours un ou deux car ils mangent le mauvais sang !<\/p>\n<p>Na\u00eetre au XVIIIe si\u00e8cle est ind\u00e9niablement \u00e0 risques. Mais, pour autant, le petit plouguern\u00e9en, pass\u00e9 cette \u00e9tape, n\u2019en est pas quitte avec l\u2019Ankou.<\/p>\n<p>En effet, la<strong> mortalit\u00e9 juv\u00e9nile (de un \u00e0 20 ans<\/strong>) concerne un quart du total des d\u00e9c\u00e8s \u00e0 Plouguerneau.<\/p>\n<p>Elle s\u00e9vit avant tout entre un et cinq ans car \u00e0 l\u2019\u00e9poque les maladies de l\u2019enfance comme la rougeole, la varicelle, la coqueluche, les oreillons, la rub\u00e9ole, la scarlatine, sont souvent mortelles. A celles-ci s\u2019ajoutent la dysenterie, la typho\u00efde, la variole, les attaques d\u2019animaux sauvages ou domestiques, la rage&#8230;<\/p>\n<p>Au total, la mortalit\u00e9 des plus jeunes emp\u00eache l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la maturit\u00e9 d\u2019au moins un jeune sur deux Plouguern\u00e9ens.<\/p>\n<p>Une mortalit\u00e9 impitoyable qui s\u00e9vit d\u00e8s la naissance qui s\u2019\u00e9panouit entre un mois et 5 ans avant d\u2019amorcer son reflux au-del\u00e0 de cet \u00e2ge.<\/p>\n<p>Ce qui est inqui\u00e9tant c\u2019est de constater que les mortalit\u00e9s infantile et juv\u00e9nile se d\u00e9t\u00e9riorent tout au long du demi si\u00e8cle. Les chiffres sont accablants\u00a0: les plus jeunes meurent davantage en fin de XVIIIe si\u00e8cle qu\u2019au milieu du m\u00eame si\u00e8cle.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><strong>On peut s\u2019interroger sur les comportements des adultes face au d\u00e9c\u00e8s de leurs enfants<\/strong>.<\/p>\n<p>De l\u2019effroyable mortalit\u00e9 de la petite enfance faut-il en conclure \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence des parents ou m\u00eame \u00e0 une volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de se d\u00e9barrasser d\u2019un fardeau g\u00eanant ? C\u2019est l\u2019opinion de P. Ari\u00e8s : <em>\u00ab\u00a0Le fait d\u2019aider la nature \u00e0 faire dispara\u00eetre des sujets aussi peu dou\u00e9s d\u2019un \u00eatre suffisant n\u2019\u00e9tait pas avou\u00e9 mais n\u2019\u00e9tait pas non plus consid\u00e9r\u00e9 avec honte<\/em>\u00a0<em>\u00bb <\/em>(22). A la diff\u00e9rence des morts d\u2019adultes, celles des enfants n\u2019ont pas d\u2019implications importantes dans le transfert des biens, des h\u00e9ritages, ce qui explique \u00e9galement leur d\u00e9tachement ou leur r\u00e9signation. On signalera simplement que seulement 28% des p\u00e8res et 11% des m\u00e8res sont pr\u00e9sents lors de l\u2019inhumation de leur petit plac\u00e9 en nourrice \u00e0 Plouguerneau (23). Mais il ne faudrait pas g\u00e9n\u00e9raliser, la r\u00e9alit\u00e9 doit \u00eatre nuanc\u00e9e : certains parents ont d\u00fb r\u00e9ellement souffrir de la disparition de leur enfant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0 La mort des adultes<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>On meurt moins entre 20 et 40 ans.<\/p>\n<p>Pass\u00e9es les affres de l\u2019enfance et de l\u2019adolescence, le Plouguern\u00e9en sort de ces \u00e9preuves, suffisamment solide pour vivre assez vieux. Apr\u00e8s 50 ans la nature reprend ses droits et les paroissiens meurent plus : surtout entre 50 et 80 ans.<\/p>\n<p>Ce qui ne manque pas de surprendre c\u2019est le pourcentage appr\u00e9ciable de d\u00e9c\u00e8s survenus \u00e0 ces \u00e2ges, parfois avanc\u00e9s, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019esp\u00e9rance de vie est faible.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00e0 Tr\u00e9m\u00e9nac\u2019h, le nombre de paroissiens de plus de 60 ans qui sont inhum\u00e9s est \u00e9quivalent \u00e0 celui des 20-60 ans.<\/p>\n<p>Comme de nos jours, <strong>l\u2019esp\u00e9rance<\/strong> <strong>de vie appara\u00eet plus favorable aux femmes<\/strong>.<\/p>\n<p>Pourtant, entre 20 et 39 ans, les femmes sont plus fortement confront\u00e9es \u00e0 la mort par le fait que nombre d\u2019entre elles meurent en couches.<\/p>\n<p>Mais lorsque l\u2019on analyse la pr\u00e9sence ou l\u2019absence des parents lors des mariages : dans 42% des cas le p\u00e8re de l\u2019un des \u00e9poux est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 alors que \u00ab\u00a0seulement\u00a0\u00bb\u00a0 dans 32% des mariages la m\u00e8re d\u2019un des conjoints est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e.<\/p>\n<p>De m\u00eame, on rappellera que les religieuses qui meurent \u00e0 Plouguerneau ont un \u00e2ge moyen de 61,6 ans alors que celui des pr\u00eatres est de 59 ans.<\/p>\n<p>Cette disparit\u00e9 entre les sexes pour a une explication biologique mais s\u2019enracine \u00e9galement dans la vie de tous les jours et en particulier dans la plus forte d\u00e9pense d\u2019\u00e9nergie du travail de la terre.<\/p>\n<p><strong>Les temps de la mort <\/strong>n\u2019ont rien d\u2019originaux. En temps normal, on meurt moins \u00e0 la fin du printemps et une partie de l\u2019\u00e9t\u00e9, et plus en hiver.<\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re saison voit les Plouguern\u00e9ens en proie \u00e0 la grippe, aux angines et affections des voies respiratoires. Mais \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 et \u00e9galement en automne, les gros travaux agricoles fatiguent et fragilisent les paroissiens qui offrent une plus grande perm\u00e9abilit\u00e9 au typhus, \u00e0 la typho\u00efde, et aux dysenteries<\/p>\n<p>Cependant, en pr\u00e9sence d\u2019\u00e9pid\u00e9mies les temps de la mort changent\u00a0: on passe d\u2019une mortalit\u00e9 de saison froide \u00e0 une mortalit\u00e9 de saison chaude.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>6 &#8211; LA LUTTE CONTRE LA MORT ET LA MIS\u00c8RE HUMAINE.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>Les insuffisances du personnel m\u00e9dical : chirurgiens et m\u00e9decins.<\/strong><\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle, la Bretagne totalise en temps normal, selon l\u2019enqu\u00eate de l\u2019Intendance de 1786, un peu plus de 600 patriciens. En tenant compte des lacunes possibles et du personnel de la Marine mobilis\u00e9 en cas d\u2019\u00e9pid\u00e9mies on atteint environ 770 m\u00e9decins ou chirurgiens.<\/p>\n<p>La densit\u00e9 m\u00e9dicale est comprise entre 2,4 et 3 pour 10 000 personnes. Aujourd\u2019hui, les Fran\u00e7ais re\u00e7oivent les services de 32 m\u00e9decins pour 10 000 personnes. Le personnel m\u00e9dical se r\u00e9v\u00e8le num\u00e9riquement insuffisant et lointain pour la majorit\u00e9 des paroissiens. En effet, la plus grande partie des m\u00e9decins et chirurgiens r\u00e9sident dans les villes ou bourgs du L\u00e9on.<\/p>\n<p>Lesneven a un m\u00e9decin, Saint-Pol-de-L\u00e9on\u00a0 deux, Brest six, Le Folgo\u00ebt un.<\/p>\n<p>Les chirurgiens sont plus nombreux : deux \u00e0 Lesneven (24), un \u00e0 Lannilis, trois au Folgo\u00ebt, seize \u00e0 l\u2019h\u00f4pital royal de la Marine de Brest sans compter ceux embarqu\u00e9s sur les bateaux, ceux du service du port, les \u00e9l\u00e8ves chirurgiens&#8230;<\/p>\n<p>Ces chiffres confirment que la m\u00e9decine officielle est presque totalement absente des campagnes. Le manque de praticiens provient des droits exorbitants de la facult\u00e9 de m\u00e9decine de Nantes, des frais importants pour suivre de longues et co\u00fbteuses \u00e9tudes de chirurgie \u00e0 Rennes et \u00e0 Nantes, sans compter les sommes dues pour la r\u00e9ception dans les grandes villes.<\/p>\n<p>M\u00e9decine et chirurgie sont officiellement de niveau et de valeur comparable, mais en fait les deux arts sont in\u00e9galement consid\u00e9r\u00e9s, enseign\u00e9s et exerc\u00e9s. Les m\u00e9decins se placent au-dessus des chirurgiens dans l\u2019\u00e9chelle sociale. Les premiers pratiquent le diagnostic sans auscultation souvent \u00e0 partir d\u2019urines et limitent leur th\u00e9rapeutique \u00e0 la saign\u00e9e ou \u00e0 la purge et aux m\u00e9dicaments. Les seconds op\u00e8rent (amputations, tr\u00e9panations, extractions de calculs) soignent les plaies, placent des ventouses&#8230; Souvent issus de la Marine, l\u2019\u00e9lite correspond aux chirurgiens de grande exp\u00e9rience, les autres de valeur in\u00e9gale sont chirurgiens de petite exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9gion de Plouguerneau officie le chirurgien Tilleux qui prend en charge les \u00e9pid\u00e9mies de la subd\u00e9l\u00e9gation de Lesneven. Depuis 1786, il est officiellement <em>\u00ab\u00a0charg\u00e9 des m\u00e9dicaments, des pansements, des op\u00e9rations, des<\/em> <em>accouchements, gratuitement \u00e0 diff\u00e9rents pauvres des paroisses \u00ab\u00a0<\/em> (25).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jphirrien\/mort\/Prescriptions.jpg\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les m\u00e9dicaments administr\u00e9s aux patients restent empiriques : du digestif anim\u00e9, du vin miell\u00e9, de la quinquina, divers onguents dont un de la mer, de l&rsquo;eau de vie camphr\u00e9e.<\/p>\n<p>Il soigne \u00e9galement par vomitifs, purgatifs, lavements, saign\u00e9es. Il r\u00e9duit une fracture <em>\u00ab\u00a0complette<\/em> <em>et compliqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;avant bras\u00a0\u00bb<\/em> \u00e0 Christophe Prigent du Diouris. Il op\u00e8re le fils de C. Abiven d&rsquo;un \u00ab\u00a0<em>phimoris<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En 1787, on le retrouve avec son coll\u00e8gue J. Louis Floch de Lesneven, comme chirurgien jur\u00e9 aux rapports pour l&rsquo;Amiraut\u00e9 de Brest, soignant un certain L\u00e9ost qui a une <em>\u00ab\u00a0playe oblique situ\u00e9e \u00e0 la partie inf\u00e9rieure et ant\u00e9rieure de l&rsquo;os pari\u00e9tal du c\u00f4t\u00e9 droit de longueur de deux<\/em> <em>pouces\u00a0\u00bb<\/em>. Il prescrit repos, vuln\u00e9raires (m\u00e9dicaments \u00e0 base d&rsquo;infusions et de tisanes) et saign\u00e9es.<\/p>\n<p>Cambry, quant \u00e0 lui, \u00e9voque les laxatifs et les purgatifs \u00e0 doses plus ou moins fortes. Plus de 350 substances, parmi lesquelles on recense manne, tamarin, casse, sel de glauber, tartre stibi\u00e9 ou \u00e9m\u00e9tique, th\u00e9riaque, oeillet rouge et coquelicot, entrent dans leurs compositions.<\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, les praticiens modulent leurs appointements selon le degr\u00e9 de richesse des malades\u00a0: de une livre \u00e0 quelques sous. Les d\u00e9placements qui peuvent prendre la journ\u00e9e, \u00e0 cheval, sont plus on\u00e9reux\u00a0: jusqu\u2019\u00e0 12 livres.<\/p>\n<p>Entre mars 1790 et ao\u00fbt 1791, le chirurgien Tilleux soigne treize Plougern\u00e9ens et \u00e0 ce titre, demande, au district de Lesneven, 303 livres pour les honoraires, m\u00e9dicaments inclus. La moyenne est de 23 livres par patient. Mais pour traiter un galeux il ne re\u00e7oit que 7 livres. Le chirurgien Souffl\u00e9s de Lesneven \u00e9value \u00e0 sept livres \u00e9galement le prix de revient de chaque malade pendant l\u2019\u00e9pid\u00e9mie d\u2019avril 1791 \u00e0 ao\u00fbt 1792 et sollicite 1284 livres de la part de la ville de Lesneven, puis du d\u00e9partement. Devant le d\u00e9faut de paiement, il exprime dans un courrier son d\u00e9sarroi et son d\u00e9nuement et d\u00e9clare ne pouvoir honorer ses imp\u00f4ts pour 1791 et 1792. La profession ne semble gu\u00e8re assurer de confort financier \u00e0 ce chirurgien qui <em>\u00ab\u00a0travaille pour \u00eatre utile et non pour le profit\u00a0\u00bb<\/em> (26)<\/p>\n<p>La faiblesse de l\u2019encadrement m\u00e9dical est bien r\u00e9elle. Mais les habitudes ancestrales font que les paysans se montrent m\u00e9fiants vis \u00e0 vis du m\u00e9decin ou chirurgien \u00ab\u00a0homme de la ville\u00a0\u00bb qui pratique des tarifs consid\u00e9r\u00e9s comme prohibitifs. Cambry exprime avec humour le manque de discernement et la pingrerie du paysan \u00e0 ce sujet. <em>\u00ab\u00a0Si le cheval et la femme d\u2019un L\u00e9onard tombent malades en m\u00eame temps, il a recours au mar\u00e9chal et laisse op\u00e9rer la nature pour sa moiti\u00e9 qui souffre sans se plaindre\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Enfin, les r\u00e9ticences \u00e0 appeler le patricien peuvent \u00e9galement trouver leur ultime explication dans les difficult\u00e9s de communications dans les campagnes du XVIIIe si\u00e8cle. Le 23 mars 1783, Fran\u00e7ois Leroy, gouverneur, se plaint que le chemin du bourg de Plouguerneau \u00e0 Lannilis soit en mauvais \u00e9tat. Il demande au procureur fiscal d\u2019obliger les riverains \u00e0 r\u00e9parer le chemin qui est impraticable (27).<\/p>\n<p><strong>Une prise de conscience des carences de l\u2019obst\u00e9trique. <\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9norme mortalit\u00e9 des enfants et des m\u00e8res lors des accouchements en Bretagne aboutit \u00e0 une prise de conscience des autorit\u00e9s royales, dans le cadre de l\u2019Intendance et des Etats de Bretagne*, suscit\u00e9e par le mouvement philanthropique des ann\u00e9es 1760 \u2013 1790, des carences de l\u2019obst\u00e9trique.<\/p>\n<p>Le chirurgien Dubois de Concarneau avait soulign\u00e9 le probl\u00e8me en estimant que, dans les 1500 paroisses bretonnes, 15.000 b\u00e9b\u00e9s et mamans d\u00e9c\u00e9daient en un an \u00e0 cause de l\u2019ignorance des matrones.<\/p>\n<p>En 1775 \u2013 1776, des cours d\u2019accouchement sont dispens\u00e9s \u00e0 Rennes par Mme Du Coudray, ma\u00eetresse sage-femme de Paris, pour les sages-femmes et les chirurgiens. Elle utilise un mannequin correspondant au bassin de la parturiente et un petit enfant reli\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re par le cordon ombilical. Cette machine ou fant\u00f4me est achet\u00e9e par les villes de Brest et de Saint-Pol-de-L\u00e9on. Lesneven en refuse l\u2019acquisition.<\/p>\n<p>Dans le L\u00e9on, le m\u00e9decin morlaisien Bou\u00eastard la Touche qui s\u2019exprime en Breton et fait traduire dans la m\u00eame langue l\u2019ouvrage de Raulin <em>\u00ab\u00a0instructions succintes sur les accouchements \u00e0 l\u2019usage des sages-femmes des provinces\u00a0\u00bb<\/em>, enseigne l\u2019art d\u2019accoucher pour les matrones des campagnes. Mais les handicaps pour former convenablement les matrones existent et sont parfois difficiles \u00e0 surmonter. Le chirurgien Dubois en est conscient : <em>\u00ab\u00a0ne viennent que celles qui n\u2019ont que deux ou trois lieues \u00e0 faire\u00a0\u00bb<\/em> et il ajoute <em>\u00ab\u00a0il y a certaines le\u00e7ons que les femmes auraient de la peine \u00e0 entendre d\u2019un homme, aussi le suppliant a mis son \u00e9pouse \u00e0 m\u00eame de les leur faire\u00a0\u00bb.<\/em> En mai 1785, Dubois gagne Saint-Pol-de-L\u00e9on. Il est ensuite envoy\u00e9 dans la r\u00e9gion de Brest et donne des cours d\u2019accouchement \u00e0 Gouesnou.<\/p>\n<p>A Saint-Pol, quelques ann\u00e9es auparavant, en 1768, le chirurgien J-B Louis, envoy\u00e9 \u00e0 Paris pour suivre des cours, avait re\u00e7u des stagiaires pour une dur\u00e9e de six mois. Peut-\u00eatre a-t-il enseign\u00e9 son art \u00e0 Marie Perrot, de Kerlouan, <em>\u00ab\u00a0qui fut choisit pour suivre le m\u00e9tier de sage-femme \u00e0 Saint-Paul par le \u00e7i-devant recteur avec promesse de pension\u00a0\u00bb?<\/em><\/p>\n<p>Quel bilan tirer ce cet enseignement ? Nul doute qu\u2019il a apport\u00e9 quelques am\u00e9liorations : selon l\u2019enqu\u00eate de 1786, sur les 213 sages-femmes qualifi\u00e9es en Bretagne, 123 ont suivi des stages qui n\u2019ont pu \u00eatre que b\u00e9n\u00e9fiques. Mais l\u2019optimisme reste cependant relatif si l\u2019on analyse les statistiques du chirurgien Tilleux : sur 36 accouchements pratiqu\u00e9s, 12 se soldent par le d\u00e9c\u00e8s de l\u2019enfant \u00e0 un jour, soit le tiers !<\/p>\n<p>Au milieu du XIXe si\u00e8cle, Plouguerneau, lors du recensement de 1851, n\u2019enregistre toujours<\/p>\n<p>qu\u2019une seule sage-femme officielle et deux en 1911!<\/p>\n<p><strong>La lutte contre la pauvret\u00e9\u00a0: le sens de la solidarit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>Pauvret\u00e9 et maladies sont ind\u00e9niablement reli\u00e9es. Les \u00e9lites locales ou r\u00e9gionales s\u2019en rendent compte et s\u2019engagent \u00e0 soulager des populations en d\u00e9sh\u00e9rence.<\/p>\n<p>Le recteur de Plouguerneau dispose d\u2019un fonds de 60 livres en 1774 qu\u2019il r\u00e9partit entre les indigents. En 1776, Claude Guiavarch, marchand, et sa femme Jeanne Breton du Hellez font un don de 3750 livres qui assure une rente de 150 livres par an pour les pauvres en attendant la construction d\u2019un h\u00f4pital.<\/p>\n<p>Celui-ci est r\u00e9clam\u00e9 depuis longtemps par le recteur de Lesmel. A ce <em>titre \u00ab\u00a0deux particuliers font de gracieuses offres \u00e0 ce sujet. Le premier, cur\u00e9 de la paroisse, veut bien c\u00e9der pour cet objet un b\u00e9n\u00e9fice* simple dont il est titulaire d\u2019environ 150 livres. Un autre offre d\u2019attacher \u00e0 cet \u00e9tablissement un fonds de 200 livres de rente annuelle. Moi-m\u00eame, recteur, je consens qu\u2019il soit lev\u00e9 sur le gros de mon b\u00e9n\u00e9fice une somme annuelle de 200 livres pour l\u2019objet en question et d\u2019hypoth\u00e9quer sur mon patrimoine une somme annuelle de 100 livres<\/em> (28).<\/p>\n<p>L\u2019h\u00f4pital est un \u00e9tablissement de charit\u00e9 car il n\u2019y a pas de v\u00e9ritable distinction entre hospice et h\u00f4pital. Celui-ci ne vit pas le jour.<\/p>\n<p>Quant aux autorit\u00e9s officielles, elles adoptent certaines dispositions pour les plus d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s.<\/p>\n<p>En mars 1786, le Parlement de Bretagne, conscient des difficult\u00e9s de beaucoup, apr\u00e8s la s\u00e9cheresse de 1785, rend un arr\u00eat pour organiser l\u2019assistance dans les paroisses et autoriser le pr\u00e9l\u00e8vement de fonds dans le coffre des fabriques, les qu\u00eates et le lancement d\u2019emprunts pour soulager <em>\u00ab\u00a0les malheureux qui p\u00e9rissent de mis\u00e8re et de faim\u00a0\u00bb.<\/em> Ces d\u00e9penses doivent servir \u00e0 l\u2019achat <em>\u00ab\u00a0de bleds, pain, riz ou autres comestibles\u00a0\u00bb<\/em> pour les pauvres originaires de la paroisse (29).<\/p>\n<p><strong>Le recours aux pratiques parall\u00e8les et \u00e0 la religion.<\/strong><\/p>\n<p>La m\u00e9fiance vis \u00e0 vis des professionnels m\u00e9dicaux, m\u00e9decins ou chirurgiens, leur \u00e9loignement, leur co\u00fbt, am\u00e8nent les paysans \u00e0 recourir \u00e0 d\u2019autres pratiques. Ils se tournent vers la m\u00e9decine plus ou moins magique ou vers la religion.<\/p>\n<p>Cambry dans son p\u00e9riple finist\u00e9rien rencontre <em>\u00ab\u00a0magiciens, jongleurs, charlatans\u00a0\u00bb<\/em>. Il discute longuement avec un gu\u00e9risseur de Ploun\u00e9vez-du-Faou qui lui livre quelques secrets : les maux des yeux sont soign\u00e9s par la ch\u00e9lidoine, les chancres \u00e0 la bouche par le cochl\u00e9aria, les <em>\u00ab\u00a0vents et<\/em> <em>maux de c\u00f4t\u00e9<\/em>\u00a0<em>\u00bb<\/em> par le cerfeuil anis\u00e9 bouilli dans du lait, la dysenterie par des grappes de sureau, la r\u00e9tention d\u2019urine par la reine des pr\u00e9s et l\u2019enflure par le jus de racine de gen\u00eat. La dent malade, quant \u00e0 elle, re\u00e7oit l\u2019application d\u2019une noix br\u00fblante.<\/p>\n<p>A Lesneven l\u2019\u00e9pouse du citoyen Legall <em>\u00ab\u00a0lui donne la recette d\u2019un rem\u00e8de contre la morsure des chiens enrag\u00e9s qui produit d\u2019\u00e9tonnantes gu\u00e9risons\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>L\u2019on prendra :<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0 I \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 1\u00b0 Une poign\u00e9e de feuilles de sabine ;<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 2\u00b0 Idem de rue ;<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 3\u00b0 Idem de sauge ;<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 4\u00b0 Idem de feuilles de val\u00e9rienne ;<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 5\u00b0 Idem de pimprenelle ;<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 6\u00b0 Idem de lierre terrestre ;<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 7\u00b0 Idem de menthe sauvage ou des pr\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>II\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une poign\u00e9e de feuilles et racines :<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 1\u00b0 De marguerite sauvage ;<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 2\u00b0 De corne de cerf ;<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 3\u00b0 De camomille.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>III\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une poign\u00e9e de racine de polipode de ch\u00eane.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>IV\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une ou deux gousses d\u2019ail.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>V\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une poign\u00e9e de gros sel.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>VI\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Trois douzaines d\u2019\u00e9cailles d\u2019hu\u00eetres pulv\u00e9ris\u00e9es.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le tout bien pil\u00e9 dans un mortier, se met dans un pot de terre ; on verse dessus une chopine de vin blanc, qu\u2019on laisse infuser au moins pendant douze heures. Quand on prend le rem\u00e8de, on en exprime le jus, que l\u2019on passe : on le prend \u00e0 jeun, pendant trois jours cons\u00e9cutifs. La dose est d\u2019environ une demi chopine ; d\u00e8s qu\u2019on l\u2019a bue on fait beaucoup d\u2019exercice, pendant environ une heure ; puis on change, on se l\u00e8ve, on mange, et l\u2019on peut vaquer \u00e0 ses occupations, le reste de la journ\u00e9e : on aura soin de ne pas user de laitage, ni d\u2019aucuns mets o\u00f9 il entre du lait, pendant ces jours, ni m\u00eame pendant les trois jours suivants. On ne se fera pas non plus saigner pendant l\u2019ann\u00e9e ; l\u2019exc\u00e8s du vin est aussi pernicieux, pendant le m\u00eame intervalle de temps. Pour la gu\u00e9rison de la plaie, on emploie le marc des simples, et pas autre chose : on la fait rouvrir au premier pansement, s\u2019il est n\u00e9cessaire.<\/em><\/p>\n<p><em>On la pense tous les jours, jusqu\u2019\u00e0 parfaite gu\u00e9rison\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>A Plouguerneau, le m\u00eame Cambry parle des feux de Saint-Jean et de Saint-Pierre dont les cendres soignent les maladies des yeux si fr\u00e9quentes \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Plus tard, Jean Simier \u00e9voque <em>\u00ab\u00a0les plantes de Saint-Jean et de Saint-Pierre qui se trouvaient dans toutes les maisons : on les<\/em> <em>chauffait puis on en frottait les yeux pour en \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em>. Il signale la pr\u00e9sence d\u2019un gu\u00e9risseur de Saint-S\u00e9gal qui confectionne, au milieu du XIXe si\u00e8cle, un breuvage \u00e0 base de plantes. Celui-ci m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 quelques gouttes de sang de deux enfants r\u00e9ussit \u00e0 les sauver de la rage bien avant la d\u00e9couverte du vaccin de Pasteur !<\/p>\n<p>Les <strong>auxiliaires m\u00e9dicaux<\/strong>, ou pr\u00e9tendus tels, sont l\u00e9gion dans les campagnes : les rebouteux raccommodent bras et jambes cass\u00e9s, les huloux gu\u00e9rissent les hules (paralysies, rhumatismes), les m\u00e9gioux ont la profession de \u00ab\u00a0m\u00e9gier\u00a0\u00bb ou masser, les mar\u00e9chaux soignent les plaies et prescrivent les drogues. Dans une soci\u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment croyante, les sorciers sont beaucoup plus inqui\u00e9tants parce qu\u2019ils s\u2019appuient sur des forces diaboliques et myst\u00e9rieuses. Ils ont la sp\u00e9cialit\u00e9 de jeter des sorts aux \u00eatres humains et aux animaux. Ils utilisent breuvages, drogues, onguents, pommades miraculeuses.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jphirrien\/mort\/Le_barbier.jpeg\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le recours aux th\u00e9rapeutes populaires, m\u00eame s\u2019il est g\u00e9n\u00e9ral, s\u2019av\u00e8re trop souvent inefficace, aussi le paroissien n\u2019h\u00e9site-t-il pas \u00e0 utiliser certains subterfuges. Toutes les paroisses ont leurs <strong>saints gu\u00e9risseurs<\/strong>, leurs fontaines de d\u00e9votion qui soulagent les malheureux ou pr\u00e9servent de certains maux. Au Grouaneg, saint Roch, dont la statue est accompagn\u00e9e d\u2019un chien et d\u2019un ange est invoqu\u00e9 pour pr\u00e9venir les \u00e9pid\u00e9mies nombreuses dans la seconde moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle. Sainte Barbe, avec sa tour, veille sur la grossesse des futures mamans et d\u00e9tourne la foudre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jphirrien\/mort\/St_roch.jpg\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Document\u00a0: photo de saint Roch (Grouaneg).<\/strong> Il est invoqu\u00e9 lors des \u00e9pid\u00e9mies. V\u00eatu comme un p\u00e8lerin, il est accompagn\u00e9 d\u2019un chien qui lui apporte chaque matin un pain. Un ange tend le bras et le gu\u00e9rit de son bubon de peste.<\/p>\n<p>Saint Antoine, ermite, est implor\u00e9 contre le mal des ardents provoqu\u00e9 par l\u2019ergot de seigle et les maladies de peau. A la Martyr, saint Laurent gu\u00e9rit les br\u00fblures. Chaque saint a sa sp\u00e9cialit\u00e9 th\u00e9rapeutique et certains en ont plusieurs. Il en r\u00e9sulte que toute peine, toute souffrance physique ou morale trouve sur place l\u2019imm\u00e9diate intercession du saint concern\u00e9.<\/p>\n<p>Les <strong>fontaines<\/strong> plac\u00e9es r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 proximit\u00e9 des chapelles ont dans la tradition populaire des valeurs curatives. La population vit la maladie comme une mal\u00e9diction divine et surnaturelle et elle tente de s\u2019en d\u00e9livrer par des moyens ancestraux. A Plouguerneau, les fontaines de d\u00e9votion s\u2019inscrivent naturellement sur le territoire paroissial : \u00e0 Saint-Michel, dans la chapelle et sur la gr\u00e8ve voisine (aotig-ar-feunten), au Grouaneg (feunten-ar-gwealleat), au Traon, \u00e0 Saint-Laurent&#8230;\u00a0 Elles ont chacune leur sp\u00e9cialit\u00e9 : gu\u00e9rir ici les boiteux, estropi\u00e9s, paralytiques des membres inf\u00e9rieurs, permettre l\u00e0, aux enfants de marcher ou tout simplement de vivre. Les p\u00e8lerins se frottent les parties malades avec l\u2019eau. On trempe le petit ou son linge dans la source en esp\u00e9rant l\u2019intervention de Dieu ou de la divinit\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>Documents\u00a0: photos des fontaines du Grouaneg.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jphirrien\/mort\/Fontaine_grouanec.jpg\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong><br \/>\nLe Grouaneg (enclos paroissial). <\/strong> <em>Ouvrage de ma\u00e7onnerie triangulaire. Voussures en fa\u00e7ade sur arc. Quelques marches permettent l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la margelle et, par extension, \u00e0 la fontaine. Dans le fond, sur un socle, belle vierge \u00e0 l\u2019enfant J\u00e9sus avec un globe. <\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.plouguerneau.net\/IMG\/jphirrien\/mort\/kerdidreun.jpg\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><em> <strong>Le Grouaneg<\/strong> : Feunteun ar Gwelleat ou fontaine de la gu\u00e9rison. \u00e0 300 m\u00e8tres de la chapelle du Grouanec . Lorsqu\u2019un enfant est malade on y plonge sa chemise et si l\u2019encolure surnage l\u2019enfant est cens\u00e9 devoir gu\u00e9rir. Il ne s\u2019agit pas de la seule vertu que l\u2019on pr\u00eate \u00e0 cette fontaine. En effet il est dit que l\u2019eau ferait dispara\u00eetre les verrues&#8230;<br \/>\nUn massif en belle ma\u00e7onnerie forme le corps de la fontaine ; il est surmont\u00e9 de volutes. Un fragment de calvaire rajout\u00e9 domine le tout. Le Christ et d\u2019autres fragments gisent maintenant pr\u00e8s de la fontaine. A la base du massif, \u00e0 hauteur d\u2019appui court une forte tablette en grande partie ruin\u00e9e. Dans la niche, au centre, se trouve une statue tr\u00e8s fruste de N.-D. de la Clart\u00e9. Sur le flanc gauche une inscription permet de dater la fontaine : 1604.<\/em><\/p>\n<p>Documents\u00a0: photos des fontaines du Grouaneg.<\/p>\n<p>En outre, la paroisse de Plouguerneau a, cas d\u2019\u00e9pid\u00e9mie, la possibilit\u00e9 d\u2019implorer le secours de l\u2019Esprit-Saint par l\u2019intercession des petits saints hiss\u00e9s au sommet de hampes que l\u2019on prom\u00e8ne en procession votive. La tradition locale attribue l\u2019origine des trois processions, le jour de l\u2019Ascension, le dimanche qui suit et le lundi de Pentec\u00f4te, \u00e0 un voeu fait par la population, vers 1640, \u00e0 la suite de la cessation miraculeuse d\u2019une \u00e9pid\u00e9mie de peste (30).<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>7 &#8211; LES LIEUX D\u2019INHUMATION A PLOUGUERNEAU.<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le cimeti\u00e8re est \u00e9voqu\u00e9 dans les d\u00e9lib\u00e9rations des comptes de la fabrique (en 1719, 1731 et 1742). Il jouxte le presbyt\u00e8re et l&rsquo;\u00e9glise. <em>\u00ab\u00a0Lorsqu&rsquo;une partie de la dite paroisse est oblig\u00e9e de rester hors l&rsquo;\u00e9glise, les fid\u00e8les s&rsquo;y pressent pendant le service divin<\/em>\u00a0\u00bb (31).<\/p>\n<p>L&rsquo;entretien laisse \u00e0 d\u00e9sirer et il faut relever les pierres tombales et consolider le mur.<\/p>\n<p>Les registres paroissiaux de 1747 \u00e0 1758 ne signalent pas de cimeti\u00e8re.<\/p>\n<p>Mais le 6 mai 1758, Jean Leroux y est enterr\u00e9. Cette r\u00e9surrection est s\u00fbrement \u00e0 mettre en relation avec l&rsquo;action des pouvoirs publics qui d\u00e9sirent interdire les inhumations dans l&rsquo;\u00e9glise, v\u00e9ritable succursale du cimeti\u00e8re. Cette pratique, tant souhait\u00e9e par les L\u00e9onards, pose de nombreux probl\u00e8mes : \u00e9manations naus\u00e9abondes, d\u00e9gradations du pavage ou du dallage. Les risques de contagion s&rsquo;en trouvent accrus et la vie religieuse g\u00ean\u00e9e.<\/p>\n<p>Le Parlement de Rennes limite et proscrit la mise en terre dans les \u00e9glises (sauf pour les droits et enfeux) en 1719, 1741, 1754, 1755 et 1758. La multiplicit\u00e9 des arr\u00eats t\u00e9moigne des r\u00e9ticences des Bas-Bretons \u00e0 suivre ces directives. Il fallut menacer d&rsquo;amendes (10 livres en 1754), et obliger les juges des lieux \u00e0 veiller \u00e0 l&rsquo;application des arr\u00eats pour que les cimeti\u00e8res commencent \u00e0 se g\u00e9n\u00e9raliser.<\/p>\n<p>Pour autant, si l&rsquo;\u00e9glise n&rsquo;est plus l&rsquo;unique lieu des inhumations, elle n&rsquo;en demeure pas moins un espace toujours appr\u00e9ci\u00e9 des paroissiens. Apr\u00e8s 1758, le c\u00e9l\u00e9brant indique sur les registres soit le cimeti\u00e8re soit l&rsquo;\u00e9glise. Elle semble quelque peu d\u00e9laiss\u00e9e par la suite, sauf pour les enfeux. Ce sont des concessions de tombes renouvelables, en principe tous les trois ans, et achet\u00e9es \u00e0 prix d&rsquo;argent. Le tarif est fix\u00e9 par le Parlement. Une redevance annuelle payable \u00e0 la fabrique* s&rsquo;y ajoute. Ces concessions deviennent perp\u00e9tuelles.<\/p>\n<p>Les nobles, pr\u00eatres, mais aussi les paysans en acqui\u00e8rent. Les plus connues sont celles de la famille Denis du manoir de Lesmel, les tombes Duch\u00e2tel, les enfeux de Coatqu\u00e9nan, de Ranorgat, de Lanvaon, de Kosern&#8230;<\/p>\n<p>On ne sait pourquoi Guillaume le Maout, simple piqueur de pierre, dispose d&rsquo;une tombe, en 1750, pour un sol six deniers !<\/p>\n<p>La distribution des enfeux dans l&rsquo;\u00e9glise fait appara\u00eetre clairement la hi\u00e9rarchie sociale de l&rsquo;\u00e9poque. Il existe des places de premier et second ordre.<\/p>\n<p>Les plus fortun\u00e9s recherchent comme marqueur social les emplacements les plus prestigieux, de pr\u00e9f\u00e9rence dans le ch\u0153ur ou certaines chapelles attenantes.<\/p>\n<p>Ainsi, la famille Denis a trois tombes dans le choeur (ici le tarif est doubl\u00e9) et six dans la nef, le tout pour sept livres et dix sols.<\/p>\n<p>Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h, dont l&rsquo;\u00e9glise est abandonn\u00e9e en 1729 et transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 Saint-Laurent, a son cimeti\u00e8re (ar vered) \u00e0 proximit\u00e9 de la chapelle.<\/p>\n<p>Au Grouaneg, on enterre dans l&rsquo;\u00e9glise, <em>\u00ab\u00a0la chapelle, le portique\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Cet enclos dispose d\u2019un ossuaire ou reliquaire qui re\u00e7oit les ossements extraits des fosses de l&rsquo;\u00e9glise, quand la place commence \u00e0 manquer. Par la suite, une fosse commune prend le relais lorsque l&rsquo;ossuaire se r\u00e9v\u00e8le trop petit. Un c\u00e9r\u00e9monial sp\u00e9cial des paroissiens en procession accompagne l&rsquo;enterrement des os, rite collectif d&rsquo;exaltation macabre.<\/p>\n<p>Si tout un chacun pouvait disposer d&rsquo;une fosse ou d&rsquo;une pierre tombale dans le cimeti\u00e8re, les \u00e9trangers et \u00e0 plus forte raison les protestants se contentent de la terre commune, non b\u00e9nie.<\/p>\n<p>Le capitaine du navire le <strong><em>Jougste<\/em><\/strong> d&rsquo;Ostende, noy\u00e9 pr\u00e8s de Stagadon, y est conduit le 22 janvier 1782.<\/p>\n<p>L&rsquo;enfant mort sans le sacrement du bapt\u00eame, comme celui de Nicolas Merdy et de Marie-Anne Pronost de Kergadavarn est inhum\u00e9, le 11 novembre 1779, \u00a0dans le <em>\u00ab\u00a0lieu destin\u00e9<\/em> \u00e0 de <em>pareilles s\u00e9pultures\u00a0\u00bb<\/em> : un coin du cimeti\u00e8re.<\/p>\n<p>A Tr\u00e9m\u00e9nac&rsquo;h, un endroit du m\u00eame type existe. Le 18 avril 1784, <em>\u00ab\u00a0deux enfants posthumes de feu Fran\u00e7ois Balcon et Anne Gourvennoc, n\u00e9s et morts sans bapt\u00eame, ont \u00e9t\u00e9 inhum\u00e9s le lendemain dans l&rsquo;endroit du cimeti\u00e8re r\u00e9serv\u00e9 pour.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">\u00a0<\/span><\/strong><\/p>\n<p>En conclusion, on meurt beaucoup et trop \u00e0 Plouguerneau. La mort ne cesse de traquer les familles, elle veille sur les berceaux, accompagne en permanence l\u2019adulte, brise de nombreux couples.<\/p>\n<p>Elle est une compagne famili\u00e8re, accept\u00e9e dans une sorte d\u2019indiff\u00e9rence et per\u00e7ue comme un ch\u00e2timent divin. La banalit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne trouve ses racines dans un monde ancien o\u00f9 l\u2019environnement est n\u00e9glig\u00e9, o\u00f9 le corps ne re\u00e7oit pas toute l\u2019attention qu\u2019on lui doit. Cette mortalit\u00e9 ordinaire est amplifi\u00e9e par la mis\u00e8re, la conjoncture \u00e9conomique, les possibles crises frumentaires et les maladies. Celles-ci deviennent redoutables quand les \u00e9pid\u00e9mies s\u2019abattent sur la paroisse et fauchent des centaines d\u2019individus. Mais la mort est s\u00e9lective, a ses pr\u00e9f\u00e9rences envers les plus petits, se joue des saisons. Dans une situation de drames permanents, les parades se limitent au recours \u00e0 un corps m\u00e9dical peu consistant, d\u00e9vou\u00e9 mais lointain, et dont les th\u00e9rapeutiques s\u2019av\u00e8rent trop souvent insignifiantes et inefficaces. D\u2019autres exutoires existent, comme les m\u00e9decines parall\u00e8les ou la supplication \u00e0 Dieu et aux saints gu\u00e9risseurs, mais leur usage est tout aussi al\u00e9atoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>On compl\u00e8tera le sujet en allant sur le m\u00eame site d\u00e9couvrir l\u2019article \u00e9voquant <strong>une \u00e9pid\u00e9mie en Pays Pagan en 1775-76. La mendicit\u00e9 en L\u00e9on, sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, <\/strong>a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 par Fanch Roudaut dans \u00ab\u00a01774\u00a0: Les recteurs parlent de la mis\u00e8re\u00a0\u00bb, SAF.<\/p>\n<p><strong>NOTES<\/strong><\/p>\n<p>(1) Cambry\u00a0: Voyage dans le Finist\u00e8re en 1794-95 (Coop. Breizh).<\/p>\n<p>(2)\u00a0 ADF 10 L 161 : Sant\u00e9 publique et salubrit\u00e9 1792 &#8211; an IX.<\/p>\n<p>(3)\u00a0 Le mal de Saint-M\u00e9en, ou gale, aurait \u00e9t\u00e9 gu\u00e9ri par ce saint dans la localit\u00e9 du m\u00eame nom gr\u00e2ce \u00e0 une source d&rsquo;eau miraculeuse.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la l\u00e8pre, elle est attest\u00e9e dans le L\u00e9on au XVIIe si\u00e8cle. Elle pourrait s&rsquo;inscrire dans la toponymie plouguern\u00e9enne sous les appellations de Kroaz Ruz et mez-alored qui signifie champ des pestif\u00e9r\u00e9s et par extension correspondraient \u00e0 l\u00e9preux &#8230; Les deux \u00a0paroisses conna\u00eetraient ce mal et peut-\u00eatre des communaut\u00e9s de Kakous. Ce sont des communaut\u00e9s de l\u00e9preux ou pr\u00e9tendues telles et leurs descendants. Leur mise au ban de la communaut\u00e9 villageoise rendait obligatoire la pratique h\u00e9r\u00e9ditaire de mariages consanguins.<\/p>\n<p>(4) ADF 14 L 40 : Exemptions et dispenses 1792 &#8211; an VIII.<\/p>\n<p>ADF 14 L 41 : Certificats d&rsquo;invalidit\u00e9 1793 &#8211; an VIII.<\/p>\n<p>(5)\u00a0 ADF 25 L 90 : Auxiliaires, services de sant\u00e9, cong\u00e9s, exemptions 1791 &#8211; an III.<\/p>\n<p>(6) OGEE : Dictionnaire historique et g\u00e9ographique de la province de Bretagne.<\/p>\n<p>(7)\u00a0 ADF 6 B 430 : inventaires apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s 1701 \u2013 1788.<\/p>\n<p>(8) ADF : 25 L 53 : population et statistiques 1790 &#8211; an II.<\/p>\n<p>10 L 164 : statistiques g\u00e9n\u00e9rales 1790 &#8211; an III.<\/p>\n<p>(9) P. TANGUY\u00a0: Etude \u00e9conomique, sociale et d\u00e9mographique de la r\u00e9gion de Lesneven au XVIIIe si\u00e8cle (Ma\u00eetrise 1970).<\/p>\n<p>(10) ADF : 25 L 53 population et statistiques 1790 &#8211; an III.<\/p>\n<p>(11) ADF : 25 L 54 chirurgiens et sages-femmes 1791 &#8211; an III.<\/p>\n<p>(12) ADF : 25 L 90 auxiliaires, service de sant\u00e9 &#8211; cong\u00e9s et exemptions 1791 &#8211; an III.<\/p>\n<p>(13) J.J. BERNARD : La vie paroissiale \u00e0 Plouguerneau d\u2019apr\u00e8s les comptes de fabrique (fin XVII-XVIIIe si\u00e8cles (ma\u00eetrise).<\/p>\n<p>(14) J.P. GOUBERT : Le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9pid\u00e9mique en Bretagne \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle (annales ESC n\u00b06).<\/p>\n<p>Malades et m\u00e9decins en Bretagne &#8211; 1779-90 (Paris, 1975).<\/p>\n<p>GOUBERT J.P., J. MEYER, E. LEROY-LADURIE : Le personnel m\u00e9dical en Bretagne \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle dans \u00ab\u00a0M\u00e9decins, climats et \u00e9pid\u00e9mies \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>(15) J.J.BERNARD op. Cit\u00e9.<\/p>\n<p>(16) E. HERPIN: Noces et bapt\u00eames en Bretagne.<\/p>\n<p>(17) J.J. BERNARD op. Cit\u00e9<\/p>\n<p>(18) J.P. GOUBERT op. Cit\u00e9.<\/p>\n<p>(19) ADF 10 L 163 : sages-femmes 1791 &#8211; an VII.<\/p>\n<p>(20) SIMIER J. : Mon bagne volontaire \u00e0 B\u00e9niguet.<\/p>\n<p>(21) A. BOUET : La vie des Bretons de l\u2019Armorique.<\/p>\n<p>(22) ARIES Ph. : L\u2019homme devant la mort &#8211; 1977 &#8211; Paris \u2013 Seuil.<\/p>\n<p>(23) Voir l\u2019article La pratique de la mise en nourrice \u00e0 Plouguerneau, sur le site de Plouguerneau d\u2019Hier et d\u2019Aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>(24) ADF 6B 37 : chirurgiens et pharmaciens (1690 &#8211; 1787). Il s\u2019agit de J.L. Floch, chirurgien jur\u00e9 aux rapports pour l\u2019Amiraut\u00e9 de L\u00e9on \u00e0 Brest, ma\u00eetre en chirurgie de la cour royale de L\u00e9on \u00e0 Lesneven et du chirurgien Souffl\u00e9s, chirurgien aux rapports \u00e9galement.<\/p>\n<p>(25) ADF 10 L 162 : m\u00e9decins, chirurgiens et officiers de sant\u00e9 1790 &#8211; an VIII.<\/p>\n<p>(26) ADF 10 L 161 : sant\u00e9 publique et salubrit\u00e9 1792 \u2013 an IX.<\/p>\n<p>(27) J.J. BERNARD op. Cit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(28) PERENNES : Une paroisse entre Manche et Oc\u00e9an.<\/p>\n<p>(29) GUICHOUX H. Vivre en L\u00e9on au XVIIIe si\u00e8cle \u2013 Plouescat.<\/p>\n<p>(30) Bulletin paroissial num\u00e9ro sp\u00e9cial \u00e9t\u00e9 1996. Mouez Dom Mika\u00ebl, aimablement communiqu\u00e9 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 par Mr le Recteur Chapalain.<\/p>\n<p>(31) J.J. BERNARD op. Cit\u00e9<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 GLOSSAIRE<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Amiraut\u00e9 : juridiction charg\u00e9e des affaires maritimes. La s\u00e9n\u00e9chauss\u00e9e de Lesneven d\u00e9pend \u00a0\u00a0 de l\u2019Amiraut\u00e9 de L\u00e9on dont le si\u00e8ge est \u00e0 Brest. Les naufrages, les d\u00e9couvertes \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 de cadavres sur le littoral sont de son ressort.<\/p>\n<p>&#8211; B\u00e9n\u00e9fice eccl\u00e9siastique : revenu attach\u00e9 \u00e0 une fonction eccl\u00e9siastique et tir\u00e9 des biens d\u2019Eglise (D\u00eemes, rentes, &#8230;).<\/p>\n<p>&#8211; Boisseau : unit\u00e9 de mesure pour les c\u00e9r\u00e9ales. Il est variable : rase, comble &#8230; Le Boisseau de \u00a0\u00a0\u00a0 Lesneven vaut 37,5 kg.<\/p>\n<p>&#8211; Capitation : imp\u00f4t de classe cr\u00e9e en 1695. Les contribuables sont r\u00e9partis en 22 classes selon \u00a0\u00a0 leur profession et situation sociale. Les Etats de Bretagne se sont abonn\u00e9s et \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 versent au roi une somme forfaitaire. En fait, le tiers \u00e9tat\u00a0 est surimpos\u00e9 par \u00a0\u00a0 rapport \u00e0 la noblesse. Des droits annexes se sont ajout\u00e9s \u00e0 la capitation : la \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 milice, le casernement.<\/p>\n<p>-D\u00eeme : part des r\u00e9coltes devant revenir \u00e0 l\u2019\u00e9glise pour l\u2019entretien des pr\u00eatres, des b\u00e2timents et les oeuvres d\u2019assistance. Son taux est fr\u00e9quemment proche de 1\/30 dans la \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 s\u00e9n\u00e9chauss\u00e9e de Lesneven. Les c\u00e9r\u00e9ales sont touch\u00e9es mais pas les l\u00e9gumes, ce qui\u00a0 aurait contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019essor des cultures mara\u00eech\u00e8res dans la ceinture dor\u00e9e l\u00e9onarde.<\/p>\n<p>&#8211; Douet \/ Douetalin : lavoir servant aux usages agricoles.<\/p>\n<p>&#8211; Etats de Bretagne : la Bretagne est une province poss\u00e9dant des Etats provinciaux. Ils \u00a0 rassemblent les repr\u00e9sentants du clerg\u00e9, de la noblesse et du tiers \u00e9tat. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ils sont charg\u00e9s de consentir les imp\u00f4ts.<\/p>\n<p>&#8211; Fabrique (la) : ensemble des biens d\u2019une paroisse (le temporel), mais ne sont pas ceux du \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 cur\u00e9. C\u2019est \u00e9galement l\u2019organisme charg\u00e9 de les g\u00e9rer. Certaines fabriques \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 sont riches des biens accumul\u00e9s aux si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents (exploitations \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 agricoles, terres, rentes) \u00e0 partir de donations ou fondations.<\/p>\n<p>&#8211; Fermage : mode de faire-valoir d\u2019une exploitation agricole ou d\u2019une parcelle de terrain dans \u00a0\u00a0 lequel l\u2019exploitant n\u2019ayant pas la propri\u00e9t\u00e9 du sol, verse un loyer au propri\u00e9taire \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 en argent et en nature. A Plouguerneau le paiement s\u2019effectue \u00e0 la Saint-Michel.<\/p>\n<p>&#8211; Fouages : imp\u00f4t direct per\u00e7u sur les roturiers possesseurs de biens roturiers. C\u2019est l\u2019\u00e9quivalent de la taille fran\u00e7aise. Il est per\u00e7u par feu, l\u2019unit\u00e9 fiscale qui autrefois \u00a0 correspondait \u00e0 une famille. Il est per\u00e7u par une administration royale. Les \u00c9tats de Bretagne ont ajout\u00e9 des fouages extraordinaires pour financer leur \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 fonctionnement.<\/p>\n<p>&#8211; G\u00e9n\u00e9ral : ensemble des chefs de famille d\u2019une paroisse. Le corps politique l\u2019a \u00a0\u00a0 progressivement supplant\u00e9 au XVIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>&#8211; Journalier : ouvrier agricole.<\/p>\n<p>&#8211; M\u00e9tayage : formule de location de terres qui implique le partage de la r\u00e9colte entre le \u00a0\u00a0 bailleur et le preneur.<\/p>\n<p>&#8211; Mistillon : m\u00e9lange de c\u00e9r\u00e9ales : seigle additionn\u00e9 de froment. A Plouguerneau le seigle est \u00e9galement m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 l\u2019orge.<\/p>\n<p>&#8211; Mouteaux : les paysans sont assujettis \u00e0 suivre un moulin d\u00e9sign\u00e9 par le seigneur. Le taux de pr\u00e9l\u00e8vement sur la farine est fix\u00e9 \u00e0 1\/16.<\/p>\n<p>&#8211; Ondoiement\u00a0: lorsqu\u2019un enfant est en danger de mort \u00e0 sa naissance, la sage-femme peut le baptiser.<\/p>\n<p>&#8211; Parturiente : femme qui accouche.<\/p>\n<p>&#8211; Pied : unit\u00e9 de mesure valant environ 0,32 m.<\/p>\n<p>&#8211; Routoirs\u00a0: point d\u2019eau dans lequel on rouit les fibres du lin.<\/p>\n<p>&#8211; Seigneur : propri\u00e9taire d\u2019une seigneurie qui n\u2019est pas obligatoirement noble. Il peut \u00eatre un religieux ou un bourgeois. La seigneurie lui donne de nombreux droits sur ses \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 vassaux, dont celui de les juger.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MOURIR A PLOUGUERNEAU ET A TREMENAC\u2019H DANS LA SECONDE MOITIE DU XVIIIe SIECLE. Aujourd\u2019hui on consid\u00e8re trop souvent la mort comme injuste et le monde des vivants essaye de l\u2019exorciser [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":1757,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","template":"","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"_EventAllDay":false,"_EventTimezone":"","_EventStartDate":"","_EventEndDate":"","_EventStartDateUTC":"","_EventEndDateUTC":"","_EventShowMap":false,"_EventShowMapLink":false,"_EventURL":"","_EventCost":"","_EventCostDescription":"","_EventCurrencySymbol":"","_EventCurrencyCode":"","_EventCurrencyPosition":"","_EventDateTimeSeparator":"","_EventTimeRangeSeparator":"","_EventOrganizerID":[],"_EventVenueID":[],"_OrganizerEmail":"","_OrganizerPhone":"","_OrganizerWebsite":"","_VenueAddress":"","_VenueCity":"","_VenueCountry":"","_VenueProvince":"","_VenueState":"","_VenueZip":"","_VenuePhone":"","_VenueURL":"","_VenueStateProvince":"","_VenueLat":"","_VenueLng":"","_VenueShowMap":false,"_VenueShowMapLink":false,"footnotes":""},"categories":[253],"tags":[],"class_list":["post-718","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category-18-19-analyse-population"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/718","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=718"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/718\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1757"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=718"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=718"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/appriou.bzh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=718"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}